Après le retour en force des marchés traditionnels cette année et la fermeture de certains établissements, qui n’ont pas pu résister à l’impact de la crise sanitaire, y a-t-il encore de la place dans nos hôtels pour accueillir la clientèle algérienne au cas où les frontières seraient ouvertes ?

Le constat est sans appel : les professionnels du tourisme sont prêts à accueillir les touristes algériens. Mais avec quels moyens et pour quels résultats ? C’est principalement à cette question que tentent de répondre Dorra Miled et Afif Kchouk, respectivement présidente de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH) et président de l’Union nationale de l’industrie hôtelière (Unih).

Vers la réalisation de 50%  des chiffres de 2019

Parlons chiffres : en 2018, le nombre des entrées touristiques a atteint 2.726.957 contre 2.934.975 en 2019, considérée comme une année de référence pour le secteur. Pour 2020, le nombre a baissé pour atteindre 401.279 touristes algériens, contre 30.385 en 2021 et 36.788 jusqu’au 20 mai 2022.

Pour la présidente de la FTH, les chiffres,  cette année, seront beaucoup plus élevés que l’an dernier, mais plus bas que les résultats observés en 2019, qui était le meilleur été touristique que le pays a connu dans son histoire. Aujourd’hui, après une reprise tant attendue et désirée, les attentes au niveau des chiffres, notamment au niveau du taux d’occupation dans les hôtels, ne dépassent pas les 50% des chiffres enregistrés en 2019.

« Ce n’est pas un secret, depuis l’avènement de la pandémie, certaines unités ont fermé leurs portes, faute de touristes étrangers, ce qui a causé l’effondrement des taux d’occupation. Mais pour un nombre important d’entre elles, l’Algérie demeure le marché le plus important. Et depuis la fermeture des frontières terrestres, ces établissements ont sonné désespérément creux pour finir par mettre les clés sous le paillasson », a-t-elle indiqué.

Mme Miled a ajouté que l’ouverture des frontières intéresse tous les professionnels du secteur dans les quatre coins du pays, mais surtout ceux qui exercent dans la région du Cap Bon. En terme de nuitées, en 2019, on a enregistré un total de 2,4 millions de nuitées avec le marché algérien. Le gouvernorat de Nabeul a accaparé plus d’un million de nuitées en 2019, dont 736 mille à Yasmine Hammamet et 450 mille dans le reste du Cap Bon avec une durée moyenne entre 4 et 5 jours. En 2020, on est tombé à 200 mille nuitées, contre 75 mille en 2021.

« Aujourd’hui, même avec la reprise annoncée, les entrées sont encore faibles. Pour ce faire, il est indispensable de mettre à niveau nos établissements après des mois de fermeture, ce qui est un chantier énorme surtout pour les petits et les moyens établissements qui ont connu des difficultés énormes depuis 2020… Nous sommes tous conscients de cette réalité mais nous ne sommes pas les seuls responsables de cette situation, car, pendant les deux années écoulées, nous n’avons pas eu le soutien nécessaire pour nous préparer à cette reprise comme c’était le cas pour d’autres destinations concurrentes. Donc, le problème se pose et j’espère qu’on pourra trouver ensemble les solutions d’aménagement et de soutien pour qu’on puisse être à la hauteur…», a-t-elle encore ajouté. Au sujet de la hausse des prix, Dorra Miled a fait savoir que les prix obéissent à la règle de l’offre et de la demande et que l’augmentation enregistrée est liée notamment à l’augmentation de l’inflation et les coûts des services (eau, électricité…) et non au retour des touristes étrangers. Dans ce même cadre, elle a mis l’accent sur l’importance de la planification à l’avance des vacances (l’early booking) pour éviter la période de pic de tarifs (15 juillet/25 août), outre les tarifs last minute.

88% des hôtels du Sahel en exploitation

Pour sa part, le président de la Fédération régionale de l’hôtellerie à Monastir, Slim Dimassi, a indiqué qu’il est vrai que l’entretien des hôtels pose un problème après notamment une fermeture qui a perduré plus de deux ans où un grand effort a été mené pour obtenir quelques avantages de la part des banques ou du ministère des Finances, mais en termes  de capacité, ce n’est pas un problème en soi. « Aujourd’hui, le retour du marché algérien est très important pour sauver entre 30 à 40% de la capacité existante. On a encore de la disponibilité dans nos hôtels et même en cas du retour du marché algérien, ça sera un retour progressif. Si l’ouverture ne sera pas programmée pour cette semaine, on aura un report pour le mois de septembre. C’est l’information qu’on a eu du ministère des Affaires étrangères en attendant une confirmation, car c’est une affaire politique qui nous dépasse », a-t-il précisé.

M.Dimassi a ajouté que durant la semaine écoulée, 90% des unités hôtelières dans la région de Sousse, Monastir, Mahdia… étaient ouvertes. « Il y a six hôtels qui ont repris 50 à 60% du taux d’occupation, mais il ne s’agit pas d’une occupation stable. Je pense que d’ici fin juin, on peut enregistrer une amélioration et une augmentation au mois de juillet… Au total, actuellement, 88% des hôtels dans la région sont en exploitation », a-t-il encore souligné.

Repenser le partenariat tuniso-algérien sur de nouvelles bases

Pour sa part, Afif Kchouk a indiqué, qu’on le veuille ou non, il y aura une reprise par rapport à 2020 et 2021. Mais cette dernière sera-t-elle à la hauteur des attentes ? « C’est sûr qu’il y a encore de la disponibilité dans nos hôtels. Mais pour le marché algérien, il faut placer le problème dans son contexte. Malheureusement, durant ces dernières années, on n’a pas accordé une grande importance  ce problème . Même au niveau de l’Algérie, on constate aujourd’hui qu’il y a une remise en cause, car on ne peut pas et il ne faut pas oublier ce qui s’est passé dans le passé et les mésaventures des clients algériens qui gardent toujours de mauvais souvenirs… Nos voisins ont profité de la Covid pour remettre un peu la réflexion sur la destination Tunisie. A mon avis, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il y ait un retour du marché algérien dans les meilleurs délais comme c’était avant. Il est aussi plus que jamais temps de repenser la collaboration avec l’Algérie, qui cherche un véritable partenariat win-win. Il faut aussi mettre en valeur les Tunisiens qui travaillent en Algérie… Pour ce faire, il faut repenser le partenariat tuniso-algérien sur de nouvelles bases », a-t-il souligné.

En ce qui concerne la fermeture des frontières, M.Kchouk a précisé que cette décision n’est pas un acte dirigé contre la Tunisie et que l’Algérie maintient toujours sa position et refuse d’ouvrir ses frontières terrestres à tous les pays pour plusieurs raisons…, une décision qu’on doit respecter. Mais, une fois les frontières rouvertes, il n’y aura pas de reprise, une vraie, avant mi-juillet 2022… Pour ce faire, il faut être clair et dire les choses clairement. Mais malheureusement, on ne dispose d’aucun élément de réponse sur la question à propos d’une éventuelle réouverture des frontières terrestres entre nos deux pays, ni sur le maintien de leur fermeture.

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