Tourisme – Marché algérien | Hédi Hamdi-président de l’association «Tourism Labs 24» : «L’ouverture des frontières terrestres, une question de survie »

Après deux saisons touristiques perturbées par la crise sanitaire liée à la Covid-19, les attentes sont grandes pour cette année et la relance du tourisme est au cœur de toutes les convoitises. Mais le contexte de persistance de la fermeture des frontières terrestres avec l’Algérie inquiète les professionnels du secteur et est considéré comme un problème majeur et très destructeur à l’heure où tout le monde se dirige vers la fin de la pandémie. 

Comme plusieurs autres secteurs, le tourisme tunisien a été lourdement impacté par le coronavirus. Malgré la crise sanitaire, rupture qui a perduré plus de deux ans et la fermeture des frontières, la Tunisie veut toujours croire au tourisme et au retour des touristes algériens. Mais ce souhait pourrait rester à l’état de rêve si notre voisin algérien maintient sa position et poursuit la fermeture de ses frontières terrestres.

Pour débattre de ce sujet et démontrer que toute la Tunisie est prête à accueillir dans les meilleures conditions les touristes algériens, cet été, l’association de promotion touristique «Tourism Labs 24», en partenariat avec Destination Tunisie.info, a organisé une conférence-débat sur le thème : «Tourisme algérien sur la Tunisie: quelles perspectives pour la saison 2022 ?». L’événement a été marqué par la présence des représentants de haut niveau de l’Ontt, ainsi que des fédérations professionnelles du tourisme (Fédération tunisienne de l’hôtellerie, Fédération tunisienne des agences de voyages, Union nationale de l’hôtellerie et Fédération interprofessionnelle du tourisme), outre des opérateurs touristiques spécialisés sur le marché algérien.

A quand l’ouverture des frontières ? Sommes-nous prêts à accueillir un nombre important de touristes algériens ? Qu’est-ce qu’on a envisagé pour cette saison touristique ? Que font nos responsables pour débloquer la situation ? Que faut-il attendre après une rupture qui a perduré deux années ? C’est à travers ces questions qu’on a cherché à donner des réponses lors de cette rencontre.

Une fermeture légitime, mais…

Le président de l’association «Tourism Labs 24», Hedi Hamdi, a indiqué que la cause derrière cette fermeture, imposée depuis le mois de mars 2020, était légitime puisque chaque pays cherchait à protéger ses concitoyens de cette pandémie qui a envahi et ravagé la planète.

Mais aujourd’hui, la donne a changé et le coronavirus semble être derrière nous, une bonne nouvelle qui se confirme d’un jour à l’autre par l’OMS et les différents organismes internationaux exerçant dans le domaine de la santé. D’ailleurs, en Europe, de plus en plus de pays sont en train de lever les dernières restrictions où on assiste à un retour progressif à la normale en matière du tourisme et de voyage.   

«Il est, donc, plus que jamais temps pour nous de regarder plus loin dans l’avenir, d’ouvrir le pays et de ramener les touristes. Mais, du côté de notre voisin, l’ouverture des frontières terrestres ne semble pas imminente. Mais là encore, il n’est pas inutile de rappeler que pour l’Algérie, outre le fait que ce soit incontestablement un ami frère, les Algériens aiment la Tunisie et les derniers chiffres enregistrés en sont la meilleure preuve. En effet, en 2019, pas moins de 3 millions de touristes algériens ont visité la Tunisie. 93% d’entre eux sont entrés par voie terrestre alors que 7% seulement sont venus par voie aérienne.

A eux seuls, ces deux indicateurs sont suffisants pour montrer l’importance énorme de l’ouverture de la frontière terrestre avec l’Algérie…  L’absence de nos amis algériens, durant les deux dernières années, a pesé lourd sur tout le pays, notamment sur la région du Cap Bon (notamment Nabeul et Hammamet) et celles de Tabarka, Sousse, Djerba… Mais malgré un constat qui semble rassurant dans son ensemble avec l’approche de la fin de la pandémie, les choses n’ont pas évolué dans le bon sens au niveau de la frontière, pourtant, nous sommes à quelques semaines du pic estival », a souligné notre confrère.

Le logement chez l’habitant, un vrai bon plan pour les Algériens

Contrairement aux autres catégories de touristes, pour les Algériens, il ne s’agit pas uniquement de la notion de séjour dans les hôtels puisque selon les chiffres annoncés, 30% des Algériens seulement séjournent dans les hôtels alors que le reste (soit 70%) privilégie le logement chez l’habitant. Et donc, toute la sphère économique et ses acteurs doivent bénéficier des retombées économiques positives de ce secteur puisque l’argent qui entre est injecté directement dans l’économie locale qui profite aux petits commerces, aux restaurants…, sans oublier aussi la composante du tourisme de santé pour les patients qui viennent pour des raisons de santé et qui sont nombreux. «C’est réciproque pour notre voisin maghrébin, car il s’agit, en réalité, d’un partenariat gagnant/gagnant, étant donné qu’en 2019, pas moins de 1,7 million de Tunisiens ont visité l’Algérie à travers la frontière terrestre…

Aujourd’hui, l’heure a sonné pour ce secteur et les professionnels veulent le dire à haute voix : nous sommes prêts à accueillir, à bras ouverts, les touristes algériens comme il se doit », a-t-il affirmé. Mais de l’autre côté, a encore précisé M.Hamdi, la reprise ne sera pas si facile après notamment une suspension qui a perduré plus des deux ans. Pour ce faire, les professionnels du secteur doivent admettre certaines de leurs faiblesses qui doivent être traitées convenablement à l’instar de l’environnement touristique—qui est loin d’être exemplaire—, la disponibilité dans les hôtels, la qualité des services après deux années de fermeture pour certains, assurer une prestation de qualité sans brader les prix…

«Pour les professionnels du tourisme tunisien, l’ouverture des frontières terrestres avec l’Algérie est une question de survie, car ils ne peuvent pas tenir une troisième année sans ressources. Mais là encore, une mise à jour s’impose pour ne pas rester à la traîne des destinations concurrentes… Si on arrive dans les prochains jours ou semaines à l’ouverture des frontières terrestres, il va falloir être prêt à affronter une saison de last minute par excellence, il faut savoir la gérer convenablement et professionnellement», a-t-il affirmé.

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