Il a écrit l’histoire des Verts en participant à l’épopée de la coupe de Tunisie 1985 devant le Club Africain en finale. Se distinguant par son élégance et sa sobriété, Khaled Belarbi allait, presque une décennie plus tard, rebondir du côté de Bab Jedid.

«Le foot m’a garanti l’estime des gens, se félicite-t-il. J’ai pu connaître des joueurs des quatre coins du pays. Pour tout dire, le foot demeure un monde enchanteur. C’est un peu Alice au pays des merveilles».

Khaled Belarbi, racontez-nous vos débuts dans le football

Tout en me confrontant à la grande école des parties de quartier, j’ai signé ma première licence en 1975 avec les Ecoles du CSHL. Ma première sortie seniors, je l’ai disputée en 1984 contre le Sfax Railways Sport, à Hammam-Lif (victoire 2-1). Quant à mon dernier match, cela a été en 1994 contre le Club Sportif de Korba en Coupe de Tunisie.

Vos parents vous ont-ils encouragé à pratiquer ce sport ?

Mon père Ezeddine, agent de police, et ma mère Soukeina ne s’étaient vraiment aperçus de ma carrière sportive qu’une fois j’étais Espoir. Ils n’étaient pourtant pas contre, surtout que cela leur apportait la certitude que j’étais au stade. Par ailleurs, la seule condition étant de réussir les études. Lorsque j’ai décroché mon bac Lettres, je comptais suivre des études d’Education physique et sportive, mais cela n’a pu se faire.

Tout jeune, quelles étaient vos idoles ?

Khaled Ben Yahia avec lequel je partage l’élégance du style, Fayçal Jelassi et Khaled Hosni. J’aime chez ce dernier son franc-parler, sa franchise et la pertinence de l’analyse.

Il y eut deux clubs dans votre carrière. Est-ce à dire que votre cœur balançait entre le CSHL et le CA ?

Hammam-Lif, c’est ma ville natale, ma vie, le bercail. Mais j’aime aussi le Club Africain contre lequel, ultime paradoxe, j’ai réussi mes meilleurs matches. Je dois avouer que mon passage au Parc A était intervenu un peu tardivement. Je devais y aller en 1987. En ce temps-là, bien avant l’institution du professionnalisme, le club de Bab Jedid était nettement en avance par rapport aux Verts. Là-bas, vous êtes certain d’être entouré de toute la sollicitude nécessaire. Mon transfert au CA ne se fera qu’en 1992. Et je dois avouer y avoir connu quelques difficultés d’adaptation. Mais si c’était à refaire, je le referai.

Donc, vous ne nourrissez aucun regret ?

Non, je ne suis pas le genre. Certes, si j’avais quitté le CSHL un peu plus tôt, j’aurais eu un meilleur palmarès. Mektoub ! L’essentiel, c’est que je n’ai pas attrapé de blessure grave. Au CA, j’ai connu des gens formidables: Si Hamouda Ben Ammar surtout, quelqu’un de très généreux, mais aussi feu Chérif Bellamine, Hamadi Bousbii… J’ai pu toucher le plus haut niveau. Malheureusement, j’ai disputé le match de coupe d’Afrique contre les Egyptiens d’Al Ismailia, alors que je n’étais pas à cent pour cent. Le CA sortait d’une saison formidable, celle du quadruplé. Mais il n’ y avait plus cet esprit de solidarité et de générosité. C’était comme si le club était repu. Je n’ai pas trouvé la complicité nécessaire de la part de certains joueurs. C’est sans doute l’un de mes plus mauvais souvenirs, à côté de la relégation du CSHL.

Et le meilleur souvenir ?

Bien entendu, notre victoire en finale de coupe de Tunisie 1985 face au Club Africain aux penalties, et notre aventure continentale jusqu’aux demi-finales de la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe.

De qui se composait cette formation hammam-lifoise entrée dans la légende ?

Notre capitaine était Fayçal Jelassi, mais il y avait aussi le gardien Sahbi Sebaï, l’avant-centre feu Mounir Shili, les frères Ryadh et Skander Kasri, Soula, Guizani, Bousnina, Seddik, Tasco, Laghmoud, Khiari… Notre coach était le Yougoslave Dietscha Stefanovic. J’ai également joué avec Hosni,  Derouiche, Cheour, Gharbi, Razgallah, Belhaj, Krech, Fitouri, Baccouchi, Trabelsi, Fassatoui…

Par conséquent, vous restez hammam-lifois avant tout ?

Cela va de soi. A un certain moment, Mongi Bhar et Adel Daâdaâ m’ont sollicité pour renforcer le staff des dirigeants. Toutefois, je ne peux pas travailler dans certaines conditions, le foot a drôlement changé. Les parents interviennent aujourd’hui pour imposer leurs enfants aux entraîneurs, moyennant une petite aide financière au club. Les enfants issus de familles démunies sont sacrifiés, voilà pourquoi le talent se meurt. Les «parachutés» sont retenus, alors que les joueurs  doués sont écartés. Moi, je me sens du côté des enfants pauvres, mais très doués qui ne trouvent plus de place dans les clubs.

Que représentent pour vous le CSHL et la ville d’Hammam-Lif ?

C’est l’oxygène que je respire. Je ne trouve la paix qu’ici, à l’ombre de Boukornine. Je vis toujours à Hammam-Lif, et il ne peut en être autrement. Tout le monde ne peut jouer dans un des quatre grands clubs du pays. Pour faire un monde, il faut un peu de tout. J’aime le sport pour le sport. Hammam-Lif constitue un  excellent terrain pour mettre en pratique une telle devise.

Quels sont à votre avis les meilleurs joueurs tunisiens?

Tarek, Agrebi et Bayari. En plus des qualités techniques, car c’étaient des cracks, ils brillaient par des vertus humaines indiscutables. Mon entraîneur Dietscha me demandait de les marquer de près, et cela m’a permis de mesurer de quelle étoffe ils étaient faits. Malheureusement, de nos jours, personne ne se soucie du spectacle. Les stades se vident, le talent devient une denrée rare.

Quel est le joueur qui vous a causé le plus de soucis au marquage ?

Ah ! Ce diable d’Ayadi Hamrouni. L’Espérantiste était totalement imprévisible. Avec lui, vous ne devinez jamais ce qu’il va vous sortir comme ruse. Pourtant, j’ai marqué Faouzi Rouissi, Jamel Limam… Mais ce numéro de Hamrouni, il était très fort !

Lequel des deux postes dans lesquels vous avez joué vous plaisait le plus ?

J’ai évolué à l’axe défensif, et latéral gauche. Ce dernier rôle me paraît le plus exigeant car vous devez constamment apporter le plus, volet offensif notamment. Et c’est justement pourquoi il m’attirait davantage.

Quelle était votre principale qualité ?

L’anticipation, la récupération de façon très propre, sans commettre de fautes et la relance précise.

Pourquoi une fois les crampons rangés n’avez-vous pas embrassé une carrière d’entraîneur ?

Cela procède de ma nature entière et directe. A mes yeux, tout le monde est kif kif, le talent faisant la différence. Si votre enfant ne mérite pas d’être retenu parmi l’effectif des jeunes, il doit être écarté quand bien même vous aideriez le club en lui procurant gratuitement par exemple du lait, des équipements… Je ne peux passer certaines choses, je n’ai pas deux faces, tout comme Khaled Hosni lorsqu’il traîte des maux du foot national. Il n’y va pas de main-morte. Sa franchise me plaît.

Que vous a donné le sport ?

La santé d’abord, ce qui, avouez-le, n’est pas peu. L’estime des gens aussi. J’ai pu connaître des joueurs des quatre coins du pays. Pour tout dire, le foot demeure un monde prodigieux et enchanteur. C’est un peu Alice au pays des merveilles.

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