Dans le but de résoudre les problèmes des ressources gaspillées auparavant, l’Observatoire tunisien de l’eau appelle à la nécessité d’organiser un dialogue national sur la bonne gouvernance des ressources en eau et à la mise en place d’une stratégie nationale pour garantir les besoins futurs en eau.


Depuis des décennies, la Tunisie fait face aux risques les plus importants de déficit en eau. Ce constat n’est pas nouveau, mais il ne cesse de s’aggraver d’une année à l’autre avec la surexploitation de cette ressource rare, le gaspillage, la pollution à un rythme sans précédent… Aujourd’hui, notre pays est classé à la 30e position, sur les 164 pays les plus exposés à un stress hydrique « élevé », à l’heure où de nouveaux défis tels que la sécheresse qui accompagne le réchauffement climatique se profilent.

Face à cette situation alarmante, l’Observatoire tunisien de l’eau, un projet associatif qui a vu le jour en 2016 par l’association Nomade 08, qui s’intéresse aux différents types de problématiques liées à l’accès à l’eau en Tunisie, a tiré, encore une fois, la sonnette d’alarme et appelle à la mise en place d’une stratégie nationale pour la gestion de l’eau afin d’améliorer les conditions d’accès des communautés rurales et urbaines aux services d’eau et d’assainissement, mais aussi à l’organisation d’un dialogue national sur la bonne gouvernance des ressources en eau, un secteur qui souffre d’une véritable crise structurelle, provoquée notamment par l’échec des politiques et des orientations du secteur de l’eau, adoptées par l’Etat depuis plus d’une soixantaine d’années.

Un site pour alerter

Radhia Essamin, chercheure, assistante de projet à l’Observatoire tunisien de l’eau, a indiqué qu’avec l’approche de la saison estivale, il est important de mettre le doigt sur ce qui n’allait pas et sur ce qui dérange. En effet, depuis des années, la Tunisie vit au rythme de l’intensification des coupures d’eau, et ceci est encore vrai pendant la saison estivale, une période où la consommation de l’eau connaît un accroissement exponentiel. Mais ces coupures d’eau sont aussi d’importants déclencheurs de mouvements sociaux. Pour essayer de maîtriser en partie cette situation, l’Observatoire vient de lancer le site des alertes ‘’WatchWater.tn’’, sur lequel on reçoit des alertes quotidiennes, en cas de coupure d’eau, de fuite au niveau du réseau, de pollution d’eau de robinet…, et même de protestations dans les rues suite à des problèmes d’eau potable dans toutes les régions.

«En cette période estivale, les coupures d’eau deviennent de plus en plus fréquentes. C’est une réalité qu’on voit sur le terrain et qu’on ne peut nier. Mais malgré ce problème récurrent, il n’existe pas une région bien déterminée touchée en particulier par ces coupures d’eau. Chaque mois, on a une nouvelle carte, car ceci varie d’une région à une autre. Tous les jours, on reçoit les alertes de toutes les régions sans exception… Parlons chiffres, durant le mois d’avril dernier par exemple, on a enregistré 164 alertes sur la disponibilité de l’eau, contre 30 alertes sur les protestations, 11 alertes sur les fuites sur les canalisations d’eau et 116 alertes sur les coupures d’eau potable. A nos jours, et selon les chiffres qui sont déjà disponibles sur notre plateforme, pas moins de 971 problèmes d’eau ont été signalés sur le territoire tunisien depuis le début de cette année. Et entre 2020 et 2021, le nombre d’alertes a doublé, passant de 1.345 à 2.633 alertes. C’est un chiffre effrayant mais qui reflète la souffrance quotidienne du citoyen », a-t-elle encore précisé, lors de son passage sur les ondes d’une radio nationale.

A quand une stratégie

nationale ?

Evoquant les causes derrière de ces problèmes, Mme Essamin a souligné que l’absence d’une stratégie nationale pour la gestion de l’eau ne peut qu’aggraver cette situation. Cet élément stratégique et indispensable devrait être capable de répondre simultanément aux défis de ce secteur à travers une gestion dynamique de la demande pour être en mesure d’assurer un approvisionnement régulier en cette ressource vitale. C’est pourquoi la nouvelle stratégie devrait être articulée autour de quelques axes majeurs à l’instar de la hiérarchisation des priorités, l’amélioration de la gouvernance, le renforcement de l’économie d’eau, avoir une vision et une stratégie…

«Malgré l’importance du sujet, on ne cesse de faire recours à des solutions qui sont très limitées. A titre d’exemple, on a toujours recours aux coupures sur les canalisations lorsqu’on fait face à cette pression surtout en été où il y a une demande accrue dans toutes les régions. Donc, en l’état actuel des choses, la solution la plus facile et la plus adaptée est de couper l’eau pour quelques heures, et parfois pour quelques jours, pour s’adapter à la situation hydrique et à ce stress particulier. Ce qui est en contradiction avec les textes réglementaires, étant donné que le droit à l’eau est un droit constitutionnel, garanti pour tous les Tunisiens. Et pourtant, les violations au droit d’accès à l’eau se poursuivent », a-t-elle regretté.

S’inquiéter de l’avenir…

Pour faire face à cette situation, l’Observatoire n’a cessé d’appeler, depuis un bon moment, à un dialogue national sur l’eau, sur la maîtrise de la consommation, sur les problèmes majeurs… Dans ce cadre, des workshops et des ateliers ont été organisés dans les quatre coins du pays, durant lesquels des propositions ont été avancées et puis proposées au gouvernement pour mieux organiser la situation juridique du secteur, que ce soit au niveau institutionnel ou bien au niveau des GTA. La proposition ici consiste à mettre en place une société et/ou une agence nationale de distribution de l’eau en milieu rural, intégrant tous les GDA d’eau potable, étant donné qu’il n’existe actuellement aucune structure juridique claire qui organise le travail de ces organisations. « Mais jusqu’à aujourd’hui, on n’a pas une initiative claire ou une volonté affichée de la part de l’Etat pour trouver une solution réelle et applicable sur champ», a-t-elle indiqué.

Pour conclure, Mme Essamin a affirmé que, à l’avenir, le risque sera doublé à cause notamment du changement climatique. Selon les estimations, on va avoir une baisse en ressource suite à l’augmentation de la température où on verra l’évaporation sur les grandes surfaces d’eau, sur les grosses réserves de barrages, ceci outre une pression sur les ressources souterraines au Sud. Donc, on sera dans une situation alarmante. « Au niveau de l’observatoire, son rôle ne se limite pas à l’identification des problèmes, mais il a essayé de proposer des solutions, de contacter les différentes organisations nationales, le gouvernement, la présidence de la République… pour pouvoir mettre en place des actions allant à moyen et à long termes. On a bien organisé les axes sur lesquels on va travailler à moyen terme. Il suffit de passer à l’action », a-t-elle souligné.

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