Pour notre interlocuteur, la sélection nationale puise sa force dans sa personnalité collective. «Nous n’avons pas de grandes individualités, mais si nos joueurs s’y mettent, ils peuvent faire bonne figure au Mondial qatari à condition de préserver le même état d’esprit».

L’équipe de Tunisie vient de remporter le Tournoi Kirin Cup. Que pensez-vous de cette performance ?

C’est une bonne performance en gros. Le tournoi est, certes, amical, mais a regroupé des sparring-partners de qualité. Le Chili reste parmi les meilleures nations du football sur la scène internationale, même s’il n’est pas qualifié pour la phase finale de la prochaine Coupe du monde. Le Japon a beaucoup progressé, ces dernières années, et dispose dans ses rangs des joueurs de qualité. Ce qui est bien, c’est que lors du Tournoi Kirin, nous avons marqué 5 buts et nous n’en avons encaissé aucun. Et ce n’est pas rien quand on sait que le Japon marqué 4 buts dans les filets du Ghana, une nation qualifiée au Mondial qatari.

Durant ce tournoi, nous avons joué sur notre valeur et démontré de belles choses. Mais il ne faut pas oublier le caractère amical de ce tournoi. Jouant sans pression, nos footballeurs se sont régalés sur le terrain. Ils ont joué sur leur niveau. Il n’y a pas, certes, plusieurs grandes individualités, mais collectivement, l’équipe de Tunisie a sorti un bon tournoi. Elle le doit à la bonne ambiance qui règne au sein du groupe. Il y a aussi un bel état d’esprit de groupe, à préserver absolument !

L’impact de cette performance marquera-t-il le début de la campagne du Mondial ?

Une bonne performance est toujours bonne à prendre, amicale soit-elle. Cette performance peut avoir un impact positif sur le début de la campagne du Mondial à condition bien sûr de préserver l’ambiance qui règne actuellement au sein du groupe. C’est primordial. Nous, anciens joueurs, et vous journalistes, devons y contribuer. Il faut mettre moins de pression sur Jalel Kadri. Si un sélectionneur étranger avait remporté la Kirin Cup, on aurait vanté ses mérites à grande échelle. Il faut faire confiance au staff technique national et garder le même système de jeu. Attention quand même de ne pas reproduire les mêmes erreurs de 1994 quand nous avons pris la grosse tête après l’excellente sortie face à la Hollande  en amical. Après, c’était le fiasco à la CAN. A nos joueurs de garder les pieds sur terre et ne pas refaire les mêmes erreurs commises en 1994. Il faut se mettre à l’esprit que nos adversaires nous suivent à la loupe. La France et le Danemark ont envoyé des émissaires au Japon pour suivre nos matches. L’Australie s’y mettra sans doute. Il faut tenir compte de cette donne. Remporter un tournoi majeur a aussi ses conséquences. Nous n’aurons pas de secrets pour nos adversaires qui scrutent le moindre de nos faits et gestes.

Quelle stratégie doit adopter le staff technique national pour tirer profit de cette dynamique en prévision de la préparation du Mondial qatari ?

Le tournoi de Kirin nous a permis de disputer deux très bons matches contre des adversaires solides. Des adversaires que nous avons réussi à mettre en difficulté. La Kirin Cup a été d’un très haut niveau. Et s’il y a une stratégie que le staff technique national doit adopter après le tournoi du Japon, c’est de rester dans ce haut niveau quand il fera le choix des prochains sparring-partners. Affronter de faibles sparring-partners, et remporter de nettes victoires, ne nous aidera pas dans notre préparation en prévision de la prochaine Coupe du monde. Il vaut mieux rester au même niveau de difficulté. Affronter des sparring-partners de qualité, qui nous mettent en difficulté, ne peut être que bénéfique pour notre team national. Et pourquoi pas un autre tournoi majeur.

L’équipe de Tunisie a-elle les moyens humains pour dépasser enfin le cap du premier tour du Mondial ?

Il reste encore six mois avant le Mondial. D’ici là, les choses devront évoluer et le staff technique national est censé évoluer dans ses idées et revoir ses choix de joueurs. A titre d’exemple, Dahmen sera-t-il encore le premier gardien de la sélection nationale au mois de décembre ? Il faudra qu’il soit au meilleur de sa forme.

L’équipe de Tunisie ne dispose pas d’individualités de qualité. Sa force réside dans sa personnalité collective. Nous n’avons pas des individualités qui peuvent faire la différence face aux grandes nations. Par contre, sur le plan collectif, la mayonnaise prend bien et c’est ce qui fait la force de frappe de l’équipe de Tunisie.

Quelles sont les forces de la génération actuelle ?

Sincèrement, la génération actuelle est moins lotie techniquement que les précédentes. Toutefois, c’est une génération qui n’est pas mal sur le plan technique d’un point de vue collectif. En termes d’individualités qui peuvent faire la différence, à même de faire mal aux défenses adverses, seul Youssef Msakni sort du lot. Sauf qu’il ne peut jouer un match entier. Cette génération peut avoir les moyens de ses ambitions si elle continue à jouer sur ses points forts, les transitions notamment, mais aussi sur les erreurs des adversaires. Il faut que nos joueurs sachent gérer la pression d’un tournoi officiel majeur de la trempe d’une Coupe du monde et produire la même qualité de jeu qu’ils ont démontré au Japon. C’est aux joueurs de se mettre en tête qu’ils sont capables de se qualifier au second tour. Il faut qu’ils soient bien préparés mentalement.

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