L’entraîneur des Sfaxiens, qui a fait un beau tandem avec Karim Delhoum, est le principal artisan du visage new look d’un CSS qui a retrouvé son identité et les vertus habituelles d’un collectif qui séduit et qui gagne…

Accepter de prendre en main les destinées des «Noir et Blanc» qui traversaient une crise sans précédent dans l’histoire du prestigieux club de la capitale du Sud, lors de la première phase du championnat, et qui étaient sur le point de ne pas connaître même la joie et la satisfaction de se qualifier à la deuxième phase, la phase des grands du championnat de cette saison était un pari audacieux et risqué.  Alors que bon nombre de techniciens l’avaient refusé, pensant que les chances de redresser une situation catastrophique étaient quasiment nulles, Nabil Kouki, lui, avec sa mentalité de gagneur qui n’a rien à perdre et tout à gagner, n’a pas hésité une seconde à prendre le train en marche et à se retrousser les manches pour mener une mission des plus impossibles. Sa venue au Stade Taieb Mhiri qui ne lui est pas étranger et sa première séance d’entraînement ont suffi pour être le détonateur et le premier déclic psychologique qui ont redonné de la couleur et de l’espoir aux joueurs,  et leur ont fait retrouver l’essentiel : l’appétit et l’envie de jouer et de revenir au sommet. Les premiers résultats de ce changement à temps n’ont pas été longs à se dessiner et le billet pour la phase du play-off a été arraché sur le fil. Pour une équipe en grève durant des semaines, confrontée à des problèmes financiers énormes qui ont  poussé le comité directeur en exercice à déclarer son incapacité d’honorer ses multiples engagements avant de finir par jeter l’éponge et de laisser place à un comité de direction provisoire et de gestion d’urgence, présidé par Moncef Sellami, c’était plus que décourageant et l’opération sauvetage express pouvait avorter et échouer à tout moment. En remettant rapidement debout une équipe moralement à genoux, Nabil Kouki a gagné la première étape décisive de son pari.

Montée en puissance

Devant cet état des lieux effarant au niveau d’un effectif restreint en qualité de joueurs sur place suite à la sanction couperet qu’est l’interdiction de recrutement infligée depuis plus de trois années, le nouveau coach, appelé à la rescousse, a su composer très vite avec les moyens du bord pour  construire un nouveau groupe solidaire et inventer un autre dispositif de jeu qui repose sur un savant dosage entre une colonne vertébrale composée de joueurs piliers et d’expérience et une ossature de jeunes au talent reconnu qui n’attendaient que l’occasion d’être sollicités et mis en confiance pour confirmer et s’imposer. Soit une alchimie magique qui devait rapidement donner ses fruits. Cette recomposition a été visible dans le système de jeu qui devait être stabilisé avec l’abandon jugé inadéquat du 3-5-2 pour l’option catégorique du 4-4-2 en losange même pour les matches à l’extérieur. Un changement de stratégie qui s’est avéré payant et performant. Ce système repose sur une bonne assise défensive avec une défense à quatre et  une multitude de choix et de solutions de rechange surtout sur les côtés.  Un grand Aymen Dahmen dans les buts qui rassure et une charnière Mohamed Nasraoui- Alâa Ghram, sans doute l’une des meilleures de ce championnat, ont constitué le socle de cette arrière-garde en béton et ce n’est pas une surprise si la défense sfaxienne est la plus solide et la moins perméable de ce play-off.  Et puis, il y avait Mohamed Ben Ali et Houcem Dagdoug sur les deux flancs, deux latéraux modernes qui défendent bien et qui sont aussi d’un grand apport sur le plan offensif avec leurs percées constantes dans les derniers trente mètres  adverses, leurs dernières passes décisives et même avec des buts sur balles arrêtées. Il est vraiment dommage que le CSS n’ait pu garder ces deux latéraux de valeur qui ont déjà choisi de signer avec d’autres clubs après le 30 juin. Même si, en guise de consolation, il y a Ghaith Mâaroufi,  Mahmoud Ghorbel, Nour Ezzamen Zamouri même avec son profil d’axial,  un trio prometteur que Nabil Kouki a eu raison de mettre dans le bain pour prendre le relais.

Jeu en bloc

Premier fait nouveau dans le CSS version Nabil Kouki,  c’est le jeu en bloc avec peu d’espaces à concéder dans un système qui privilégie le jeu ouvert. Il s’articule sur des éléments clés dans la transition rapide avec une paire de demis sentinelles, le vétéran Chadi Hammami et le tout jeune Fares Neji, excellents dans le travail de ratissage et de la récupération et omniprésents en phase de transition offensive et même dans la finition au niveau de la deuxième balle comme en témoignent les deux beaux buts  de Chadi Hammami contre l’USM. Ces deux joueurs qui sécurisent le milieu de terrain ont permis au duo Walid Karoui- Aymen Harzi d’évoluer comme milieux créateurs libres, qui se projettent en permanence vers l’avant en phase d’attaque, et d’afficher leurs qualités de bons tireurs à l’affût et de buteurs qui ne pardonnent pas dans les intervalles et dans les bonnes situations de marquer.  Le milieu à quatre sfaxien,  Hammami- Neji-Karoui- Harzi, est la meilleure formule d’entrejeu compact et complémentaire  que nous a fait découvrir le play-off. L’autre fait nouveau aussi dans ce CSS qui a retrouvé bonne mine, c’est le maintien d’une attaque à deux pointes avec un Ismail Diakité vif, incisif et explosif dans les débordements sur son couloir de prédilection qu’est le côté droit et un Firas Chaouat, toujours dangereux, même en tardant à retrouver la grande forme, comme joueur d’appui, de déviation, de reprise de la tête comme du pied et aussi,  qualité rare chez un finisseur,  bon dernier passeur. Ainsi, Nabil Kouki est parvenu, en quelques mois, non pas à remodeler mais à refaçonner une équipe capable même dans des conditions pas très favorables de relever les grands défis.  Sans ce ratage de quelques points précieux lors des premiers matches dû à un physique qui n’était pas encore au top pour tenir sur un même rythme effréné et qui a été soigné au fur et à mesure que la compétition avance,  le CSS aurait pu prétendre à mieux que cette troisième place et convoiter même le sacre qui a été arraché sur le fil par l’Espérance.  C’est pourquoi les Sfaxiens ont toutes les raisons d’être contents de ce très beau parcours inespéré qui porte la belle empreinte de Nabil Kouki.

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