Rompre avec l’ancien modèle d’investissement qui repose  principalement sur les avantages fiscaux et financiers  et miser, en contrepartie, sur la clusterisation, telle est la solution prônée par Aslan Ben Rejeb pour parvenir à décloisonner les régions de l’intérieur et intégrer les petits artisans et entreprises dans les chaînes de valeur.    

Intervenant lors du panel «Attractivité des régions et opportunités”, Aslan Ben Rejeb, membre du bureau exécutif de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), a mis l’accent sur l’importance du marketing territorial en tant que levier de développement régional. Faisant l’éloge de la loi 72 qui a permis, selon ses dires, de drainer des investissements importants et de créer des emplois, Ben Rejeb a néanmoins indiqué, qu’en somme,  cette loi a commencé à montrer ses limites d’autant qu’elle ne permet plus de faire fleurir les investissements dans les régions intérieures. “ On est là après exactement 50 ans de la publication de la première loi à travers laquelle nous avons  essayé de changer le modèle économique de la Tunisie qui comprend naturellement l’inclusion des régions. Nous avons eu  accès  en 72  à la création des entreprises totalement exportatrices. C’est un modèle qui a fait décoller la Tunisie, qui a absorbé beaucoup de main-d’œuvre qualifiée et moins qualifiée, mais qui a surtout créé un modèle économique qui a permis à la Tunisie d’accrocher des marchés et faire venir des multinationales et des sociétés étrangères qui se sont installées dans les régions côtières, certes, mais également dans des régions intérieures grâce aux  avantages fiscaux et financiers. Est-ce que ce modèle des avantages fiscaux et financiers peut être toujours un modèle sur lequel on peut axer notre développement?”, a-t-il martelé.

La loi 2016 sur l’investissement a-t-elle atteint ses objectifs ?

Le représentant de la Conect a, en ce sens, rappelé  que la promulgation d’une nouvelle loi sur l’investissement en 2016 avait pour objectif  “de faire un peu de remodelage de notre  modèle d’investissement”. La loi était alors basée sur deux piliers, à savoir  la gouvernance de l’investissement (à travers la création des agences propres à l’investissement différentes des agences mises en place  dans les années 70) et l’accès au marché. S’interrogeant sur les résultats obtenus en termes d’investissements et d’accès au marché suite à la publication de cette nouvelle loi, Ben Rejeb voulait  pousser la réflexion sur son efficacité. “Est-ce qu’on est arrivé par ce nouveau code à permettre à nos PME d’accéder au marché? Nos petites structures, qu’elles soient des grandes villes ou des régions intérieures, ont-elles pu prendre la locomotive pour pouvoir concurrencer, un tant soit peu, les entreprises classiques “mastodontes”?”, s’est-il interrogé. Et d’ajouter :  “La Tunisie est un pays de quatre saisons.  Qu’est-ce qui fait que ces quatre saisons ne soient pas aussi allègres et joyeuses?  Qu’est-ce qui permet à la Tunisie de passer d’une strate à une autre? Comment vendre nos produits régionaux et nos régions?”. En réponse à ces questionnements, Ben Rejeb a souligné que le déficit d’imagination en matière de marketing régional est la principale  raison  derrière ce manque de valorisation des atouts dont recèlent les régions intérieures.

La qualité de la vie, un facteur déterminant

“Lorsqu’on parle de produits artisanaux, de ressources naturelles et de positionnement de la Tunisie à ce niveau-là, est-ce qu’on a pu créer de la valeur ajoutée à ces produits-là, ou est-ce qu’on va continuer à les exporter en brut de décoffrage à un client étranger qui n’attend que ça pour les valoriser et pour leur  donner de la valeur ajoutée chez lui dans ses contrées?”, a-t-il précisé.

Par ailleurs, évoquant l’attractivité des villes intérieures,  Ben Rejeb a souligné que la qualité de la vie  est  un facteur déterminant pour attirer les investissements en régions. Ainsi, elle peut être évaluée à travers la disponibilité de trois éléments nécessaires, à savoir  l’eau, l’énergie et le divertissement. “Est-ce que ce trident est présent dans toutes les régions de l’intérieur du pays? On est très loin de ce vœu pieux. On a des atouts régionaux qui ne sont pas mis en valeur et on fait toujours le focus  au niveau des côtes. Lorsqu’on parle de qualité de la vie, on parle aussi d’infrastructures, notamment  routière, ferroviaire et  technologique», a-t-il soutenu.  Pour renforcer l’attractivité des  régions intérieures, l’avocat prône une approche  district “ pas au sens géographique du terme mais au sens de la clusterisation” afin de créer des régions spécialisées dans des activités particulières.

L’objectif, c’est d’abord d’enlever ce cloisonnement parce que les entreprises étrangères installées en Tunisie travaillent dans ce cloisonnement-là dans leurs bulles internes, exportent à l’étranger et n’ont aucune  interaction avec les autorités locales, la société civile, ou les sociétés environnantes. Si on arrive à créer cette interaction, c’est que les petites entreprises et les artisans peuvent s’installer dans les clusters pour participer un tant soit peu à cette chaîne de valeur.  On a de l’ingéniosité, de l’imagination, des jeunes qui veulent accrocher et, malheureusement, cette vision et cette volonté nous manquent. Cessons de penser avantages financiers et fiscaux, pensons à la clusterisation, pensons à la régionalisation des avantages”, a-t-il souligné.

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