586 mouvements de protestation ont été suivis tout au long du mois de mai et le nombre de manifestations a dépassé les 100 à Gafsa et Sfax et dépassé les 50 à Tunis et Médenine.


Selon le dernier rapport sur les mouvements sociaux, publié récemment par le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (Ftdes), le mois de mai a connu une légère inflexion du mouvement contestataire où la région Centre-Est (gouvernorats de Sfax, Sousse, Monastir et Mahdia) est arrivée en tête du peloton contestataire avec 171 mouvements contestataires, soit environ 29% du total observé. Elle est suivie de près dans les régions du Sud-Ouest (gouvernorats de Gafsa, Tozeur et Kébili) avec 122 mouvements contestataires. Puis, arrive la Province du Nord-Est (Tunis, Ben Arous, La Manouba, Bizerte et Zaghouan) avec 107 mouvements contestataires.

Une position traditionnelle

En effet, le rapport montre la pole position du gouvernorat de Gafsa dans le mouvement protestataire avec 116 mouvements, une position traditionnelle pour cette région où l’emploi est souvent la première des revendications soulevées, sans que cela ne suscite de réaction des autorités. La situation est telle que les gouvernements précédents et actuels n’ont pas réussi à résoudre le dossier social dans la région et à trouver des solutions alternatives qui fourniraient des emplois et développeraient la région dans divers secteurs, sans se limiter au seul phosphate — originellement une bénédiction pour cette région, mais qui, aujourd’hui, se rapproche davantage de la malédiction.

Le gouvernorat de Sfax est classé deuxième au niveau des zones les plus contestataires tout au long du mois de mai, avec 101 manifestations, suivi du gouvernorat de Tunis avec 90 mouvements, puis de Médenine avec 64 mouvements contestataires.

Le pourcentage de protestations anarchiques s’est élevé à 82,4% du total des protestations relevées, tandis que les protestations organisées s’élevaient à 85,2%, ce qui est un indicateur important sur l’ampleur du changement vécu par l’acteur social. Alors qu’il tendait à organiser ses protestations, il s’oriente désormais de plus en plus vers l’anarchique.

Ce qui frappe dans les quatre premiers gouvernorats, c’est que le taux des mouvements anarchiques a été de 91,3% à Gafsa, 90% à Sfax, 86,6% à Tunis et 96,8% à Médenine. Le taux de manifestations anarchiques dans le gouvernorat de Gafsa a été de l’ordre de 37,5% en mai 2020, il est passé à 85,9% en mai 2021 et à Sfax, le taux de manifestations anarchiques est passé de 11% en mai 2020 à 81% en mai 2021.

Ces chiffres donnent des indications concernant l’état d’esprit du manifestant. En effet, ce dernier intensifie maintenant ses protestations et les déplace vers le blocage des routes et la fermeture des institutions pour faire pression et pour attirer l’attention des médias et des autorités.

La proportion de protestations mixtes entre les deux genres s’est élevée à 89,6% du total des protestations enregistrées, ce qui signifie que les dommages sont communs et que les revendications sont également communes. La proportion des protestations menées par le genre masculin est estimée à 10,2%.

Les enseignants, les acteurs les plus visibles

66% des protestations ont été liées au secteur public, ce qui confirme la profondeur du clivage entre l’acteur social et les institutions étatiques. Ses attentes à l’égard des institutions de l’Etat ont diminué et il est entré dans une phase de désobéissance civile non déclarée en termes de non-interaction avec ces institutions. Il est à noter que 1.4% des protestations de mai ont été liés au secteur de l’éducation, 5% à la situation environnementale et 9% au secteur agricole, suite au déclenchement des protestations des éleveurs de bétail après l’annonce d’une forte augmentation du prix de la tonne d’aliments composés s’élevant à 300 dinars et leurs protestations se sont poursuivies jusqu’à ce que le ministère du Commerce annonce l’abandon de ces augmentations.

Les enseignants ont été les acteurs les plus visibles dans les manifestations de mai, avec un pourcentage de 25%, suivis des chômeurs avec 17%, soit 99 mouvements de protestation. Les diplômés chômeurs ont participé à 98 actions.

Les travailleurs arrivent en troisième position avec 16% du total des manifestants, suivis de la population avec 14%, c’est-à-dire les habitants des villages et des villes qui ont été dans des manifestations pour des revendications liées à la mise à disposition de services et à l’amélioration de leur qualité et pour le droit à l’eau et à la consommation, des infrastructures adéquates et d’autres demandes. Ils sont suivis par les étudiants avec 10%, les agriculteurs avec 9%, soit environ 51 mouvements de protestation, les migrants avec 6%, les employés avec 4%, puis les ouvriers de chantier urbain avec 2%, soit environ 7 mouvements de protestation.

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