Ayant reconnu que le système financier tunisien n’est pas affecté par le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, le Gafi a décidé de retirer la Tunisie de la liste noire en octobre prochain
«C’est officiel et définitif : la Tunisie sortira en octobre 2019 de la liste noire des pays fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme».

C’est ce qu’a annoncé, hier, Marwane Abbassi, gouverneur de la Banque centrale, lors d’un point de presse consacré aux résultats issus de la réunion du Groupe d’action financière internationale tenue jeudi 20 juin à New York.

La réunion a constaté, en effet, que la Tunisie «a accompli son plan d’action visant à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme», a notamment précisé Marwane Abbassi, ajoutant que le Gafi effectuera vers la mi-septembre prochain une mission en Tunisie pour s’assurer de la mise en œuvre de ce plan.

De son côté, Youssef  Chahed, chef du gouvernement, a indiqué dans un statut publié sur Twitter que la réunion générale du Groupe d’action financière (Gafi) a reconnu que le système financier tunisien n’est pas affecté par le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ce qui permettrait au Gafi de faire sortir la Tunisie de la liste noire avant la fin de cette année. A noter que la réunion du Gafi a été consacrée à l’évaluation des efforts déployés par la Tunisie en vue d’appliquer l’ensemble des réformes législatives et structurelles. Notre pays avait été classé dans la liste noire qui regroupe les pays caractérisés par une faiblesse du système de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, et ce, depuis le mois de février 2018. Cette liste a été mise à  jour en février 2019.

Plusieurs contraintes ont été constatées, qui ont obligé le Gafi à placer la Tunisie dans cette liste noire. C’est que plusieurs métiers peuvent être affectés par le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme comme ceux des experts-comptables, de l’immobilier, des avocats, de la joaillerie et autres. L’Etat avait d’ailleurs exigé de lever le secret professionnel pour certains métiers comme celui des avocats et des experts-comptables, ce qui a levé un tollé. L’objectif étant de connaître, d’une façon précise, la provenance de l’argent. Les banques ont été tenues également d’effectuer une traçabilité de l’argent transféré de l’étranger pour s’assurer que leur source est saine.

Des réformes à faire

Mais entre la théorie et la réalité, un profond fossé est constaté. Certaines entreprises relevant des secteurs à risque ne veulent pas encore divulguer leur secret professionnel. C’est que certains clients qui confient leurs dossiers aux avocats ne veulent pas que leurs données soient mises à la disposition des autorités publiques ou autres. C’est le même cas pour d’autres secteurs dont celui des experts-comptables. Dans ce cas, l’Etat peut se trouver dans une situation embarrassante vis-à-vis du Gafi. Ce qui est important et pris en compte par le Groupe d’action financière, c’est la volonté des pouvoirs publics tunisiens de lutter contre le blanchiment d’argent du financement du terrorisme, mais des contraintes corporatistes se dressent devant cette volonté.

La Tunisie est également favorable à effectuer les réformes nécessaires au niveau de la législation, et ce, pour obliger tous les professionnels à relever le secret professionnel en matière de financement. Le terrorisme étant devenu, de nos jours, un phénomène universel, tous les Etats sont appelés à prendre les mesures nécessaires pour contrecarrer son invasion et son développement. L’un des moyens de lutte contre le terrorisme est incontestablement celui de l’argent qui circule de différentes manières. Les terroristes utilisent, en effet, des moyens contournés et des astuces en vue de faire parvenir l’argent aux malfaiteurs pour l’acquisition des armes et des effets personnels.

L’Etat doit empêcher la circulation de l’argent de source inconnue ou des personnes qui font l’objet de recherche suite à des crimes ou actes illégaux. D’où la nécessité de faire preuve de prudence au niveau de certains secteurs, y compris celui des banques, où plusieurs personnes y ont recours pour placer leurs économies. La traçabilité demeure une technique nécessaire pour connaître la provenance de l’argent.

L’espoir est permis

Certaines personnes malintentionnées n’hésitent pas à placer leur argent provenant de sources douteuses dans le bâtiment en achetant des biens immobiliers, qui seront vendus par la suite ou loués. Le but de cette opération est de blanchir l’argent qui a été obtenu de façon illégale grâce à la vente de drogue, par exemple. Les promoteurs immobiliers sont tenus, eux aussi, de faire preuve de prudence et de vigilance lors des opérations d’achat de biens immobiliers qui exigent des sommes faramineuses. Le secteur de la joaillerie peut être également affecté par le blanchiment d’argent, puisque plusieurs blanchisseurs choisissent de placer leurs économies dans ce secteur en achetant de grandes quantités d’objets en or. A ce niveau, les artisans et les maîtres joailliers  ont un devoir de s’informer sur la personne pourvoyeuse d’argent et de sa traçabilité.

C’est le cas également des autres métiers susceptibles d’être infectés par l’argent sale. D’où l’importance des réformes engagées qui obligent les professionnels des différents secteurs à prendre les mesures nécessaires en vue de s’informer sur les personnes détentrices de fonds ainsi que sur les sources de l’argent. C’est un travail de longue haleine qui exige sérieux et application. En cas de doute, les professionnels peuvent informer les pouvoirs compétents pour approfondir l’enquête et s’assurer que l’argent reçu n’est pas destiné au blanchiment.

En tout cas, l’espoir de voir la Tunisie sortir de la liste noire demeure permis vu les efforts déployés par notre pays dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme dans le cadre de réformes engagées et réalisées au niveau du secteur financier. La balle est maintenant dans le camp des professionnels relevant des secteurs à haut risque qui sont appelés à s’assurer de l’origine de l’argent tout en alertant en cas de doute ou de suspicion les autorités compétentes afin qu’elles mènent leur enquête.  A noter que tous les pays du monde sont menacés par le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, mais certains Etats sont plus vulnérables que d’autres, car ils n’ont pas pris assez de mesures législatives et dissuasives à l’encontre des personnes qui ont l’intention de blanchir l’argent ou de financer le terrorisme.

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