Rached Ghannouchi et ses alliés poursuivent leurs pressions sur la justice en affirmant que le président nahdhaoui sera arrêté à l’issue de son audition
• Riadh Chaibi, conseiller de Ghannouchi, accuse le Palais de Carthage d’intervenir dans l’affaire  «Namaâ»

Aujourd’hui, mardi 19 juillet, est une journée particulière dans l’histoire de la justice tunisienne, dans le sens que la magistrature, en la personne  du juge d’instruction près le pôle antiterroriste qui aura à auditionner Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha et président du parlement dissous, soupçonné de blanchiment d’argent et de financement d’activités terroristes dans l’affaire de l’association «Namaa» pendante auprès du pôle, sera devant la grande épreuve de montrer à l’opinion publique nationale et internationale qu’elle a réussi son opération migration définitive (comme l’espèrent beaucoup de Tunisiens) vers l’indépendance ou, si au contraire, le magistrat en charge de l’affaire va céder aux pressions de plus en plus étouffantes dont il est l’objet depuis quelques semaines de la part d’Ennahdha, ses alliés, ses satellites et aussi — il faut avoir le courage de le dire — de la part de plusieurs associations de la société civile qui s’interrogent sur la marge d’indépendance et de liberté dont peuvent se prévaloir, aujourd’hui, les magistrats qui exercent leur mission en voyant l’épée de Damoclès suspendue sur leur tête, consistant en la possibilité de voir leurs noms figurer dans la ou les prochaines listes des juges qui seront révoqués dans les jours ou les semaines à venir.

Et pour être plus clair, l’on s’interroge : comment le juge d’instruction qui va entendre aujourd’hui Rached Ghannouchi en tant que suspect dans l’affaire «Namaa» va-t-il se comporter, en sachant peut-être qu’il joue son avenir dans la profession ?

L’interrogation puise sa légitimité et aussi son actualité aussi brûlante soit-elle dans le climat particulier dans lequel intervient l’audition de Rached Ghannouchi.

Est-il encore besoin de rappeler que Rached Ghannouchi et ses principaux alliés, dont en particulier Néjib Chebbi, coordinateur général du Front de salut national opposé à Kaïs Saïed et à son projet d’édification de «la nouvelle République» fondée essentiellement sur la nouvelle Constitution que les Tunisiens et les Tunisiennes auront à adopter ou à rejeter au cours du référendum populaire programmé pour le lundi 25 juillet 2022, multiplient les déclarations médiatiques selon lesquelles le président du parti nahdhaoui sera arrêté aujourd’hui, mardi 19 juillet, à la suite de son audition par le juge d’instruction près le pôle antiterroriste. Et Rached Ghannouchi vient de le répéter, pas plus tard qu’hier, lundi 18 juillet, en déclarant à l’agence Reuters que les ordres ont été donnés pour qu’il soit emprisonné. Plus encore et dans le même sillage, Riadh Chaibi, l’un des principaux conseillers de Rached Ghannouchi, parle, dans un post sur Facebook, des tentatives opérées du côté du palais de Carthage auprès du ministère de la Justice afin qu’il intervienne auprès du parquet pour que la décision de libération conditionnelle des suspects dans l’affaire «Namaa» soit révisée.

Ghannouchi va-t-il être arrêté ?

Et Riadh Chaibi d’affirmer (sur sa propre responsabilité) qu’il détient des informations selon lesquelles le Président Kaïs Saïed «n’a pas accepté que la chambre d’accusation récuse l’appel introduit par le parquet contre la décision de laisser en liberté provisoire Hamadi Jebali et les autres accusés dans l’affaire».

La déclaration de Riadh Chaibi, conjuguée aux révélations faites par les avocats de la défense dans  l’affaire «Namaa» indiquant que Ghannouchi, Jebali et aussi Rafik Abdessalem y sont poursuivis pour des raisons politique, constitue-t-elle une des formes de pression ou d’intervention dans l’instruction conduite par le juge près le pôle antiterroriste dans l’objectif de le pousser à prendre, aujourd’hui, une décision qui serait favorable au président d’Ennahdha ?

On se pose aussi la question de savoir si les nahdhaouis vont refaire le grand spectacle qu’ils ont organisé quand leur président a été entendu, il y a quelques semaines, dans l’affaire dite de l’appareil secret d’Ennahdha. Audition à la suite de laquelle il a été laissé en liberté.

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