Bâtie au fond d’une baie qui s’enfonce dans le massif escarpé et boisé des monts de Kroumirie, au débouché de l’oued Kebir, Tabarka-La Jolie, comme on se plaît à la nommer si justement, est une petite ville du Nord-Ouest qui, en parlant d’elle, nul n’a su le faire sans déraisonner.

Ville-jardin, capitale de la musique, Tabarka a inspiré des poètes, des écrivains, des romanciers, depuis le grand jour jusqu’au dernier des rimailleurs. On ne saurait ici énumérer le nombre d’hommes et de femmes célèbres qui ont foulé son sol ou navigué sur ses eaux. Hadrien, Hanon, Darghouth, Sanson Napollon, Saint Cyprien, Sainte Maxime, La Kahena ou encore Cesaria Evora, Léo Ferré, Louis Aragon, illustres et inconnus se sont tous inclinés devant cette terre de si étonnants contrastes.

Chantée par les poètes, hantée par les légendes, décrite par les croque-notes, Tabarka, mille fois déflorée, reste pure et garde une paix sans égale.

Ravis de humer à peu de frais un parfum d’exotisme et d’aventure, le voyageur qui aura aimé saisir la puissance triomphante du site,  les caresses du soleil, les éclaboussures de couleurs, les effluves de la Méditerranée, les senteurs envoûtantes de mimosas, de romarin, de jasmin, de lavande, se retrouvera conquis par  la grâce exquise d’une caresse dans la fraîcheur incomparable des sous-bois ou de la brise légère des plages.

Est-il  dans la grandeur du décor qui nous environne, rien de plus beau que ces aiguilles qui pointent vers le ciel ou son fort génois qui se dresse avec fierté ? Un univers élevé dans sa pureté première au-dessus des eaux salées qui ont engendré les mondes et auquel la musique des festivals est venue ajouter charme et conviction.

Village noyé dans la futaie des châtaigniers et leurs inextricables maquis où l’œuvre des hommes, encerclé par celle de la nature, perd bien vite ses frontières pour se fondre dans l’harmonie du paysage, une fois visité, on le quitte avec des souvenirs d’amour et l’irrésistible envie d’y revenir.

De rudes morsures de forêt au cœur même de la cité,  des rues cramponnées à la montagne, au milieu de vignes et de jardins dévalant vers les eaux transparentes du port, des maisons basses aux toits rouges accrochés aux flancs du massif qui s’épaulent les unes les autres comme pour mieux résister aux  tempêtes et repousser les conquêtes, la ville de Tabarka, grâce à son  climat réputé pour ses qualités toniques et vivifiantes, pour sa  parfaite salubrité et que la forme d’exposition a mise à l’abri des atteintes trop rudes et du sirocco, offre depuis la nuit des temps à ses visiteurs un magnifique lieu d’hivernage et un superbe endroit de villégiature.

Sa kasbah et son fort, pittoresquement plantés sur le rocher de sa merveilleuses corniche d’où  l’on découvre un paysage admirable, constituent, avec un îlot aride à 400 mètres de la ville, couronné d’un vieux fort  et ruines, des fantômes altiers de la splendeur d’antan et lui confèrent un charme un peu sauvage et très particulier. 

Une autre curiosité naturelle de Tabarka vous attend au premier tournant de sa fameuse promenade des aiguilles où les jeux de la mer sur les rochers sont  aussi attrayants que les fonds marins où le corail, cet animal des mers chaudes, est devenu l’effigie symbolique de Tabarka.

En effet, à 250 mètres du port,  apparaît un promontoire d’aiguilles rocheuses en grès que la mer a sculpté sous forme de dentelles de pierre. La  patiente érosion des eaux a construit là des images inachevées qui rappellent les bas- reliefs rompus à l’antiquité ou  les fresques hindoues.

Merci Monsieur le Président

L’après-midi, l’esplanade, la dernière parcelle  ingénieusement arrachée au lotissement «Montazah Tabarka» et aménagée en terrains de basket-ball, de pétanque, de tennis et en aire de jeux pour enfants, attire des centaines de jeunes et de moins jeunes, de couples et de familles qui se retrouvent autour de quelques activités sportives et ludiques.

Sur notre chemin vers l’aéroport international de Tabarka, les navettes de transfert des touristes se succèdent à un rythme soutenu. Sur le chemin du retour, à l’entrée de la route touristique, une coquette barque de pêche a jeté définitivement l’ancre au premier rond-point. Ce n’est pas le seul monument d’embellissement qu’on rencontrera sur notre chemin car quelques kilomètres plus loin, juste en face de l’hôtel Dar Smaïl, on se retrouve face à un saxophone géant qui reflète l’identité jazz de la ville.

Deux autres monuments, une contre-basse et un corail géant, suscitent une grande polémique quant aux endroits où ils devraient être implantés car, il faut le reconnaître, à chaque quartier de la ville, on réclame son droit à une meilleure visibilité de la mer. 

Concerts de musique

Mais à Tabarka, on y court à ventre plat  pour partager aussi avec un public venu de tous les horizons l’ambiance magique suscitée par des concerts bigarrés que Tabarka, ville en musique, invite les promeneurs d’un soir à découvrir un site magique tout en vibrant aux sons exaltés des musiciens passionnés accueillis le temps d’un été. Convivial, coloré, gai, comme une pomme que l’on croque à pleines dents, c’est un festival où l’on met du cœur, de la passion pour le jazz et les musiques festives et chaloupées. C’est donc une flânerie subtile où l’âme des ancêtres croise sans anicroche les technologies les plus turbulentes. Un métissage où la tradition séculaire s’entrechoque harmonieusement avec la vision futuriste de la musique et où chacun y trouvera ses repères. C’est un festival qui joue dans la cour des grands et qui ambitionne de devenir parmi les grands festivals de jazz dans le monde.

En effet, conçue comme un facteur d’animation d’un bassin de vie, d’embellissement, de structuration des espaces urbains ou régionaux, de requalification des quartiers ou de sites dégradés, les festivals peuvent aussi permettre d’améliorer la qualité et le cadre de vie. Mais étant donné la vocation touristique de la ville de Tabarka, la culture peut également agir pour l’amélioration de l’attractivité d’une ville ou d’une région. Elle peut, à ce titre, représenter un puissant critère d’implantation des entreprises et donc de développement économique. Ainsi, les acteurs locaux ont bien compris qu’en favorisant de nouvelles synergies entre le social, l’économique et la culture, il était possible de parvenir à un développement plus équilibré. Ce qui explique par ailleurs le soutien des pouvoirs publics à ces manifestations, en l’occurrence le ministère du Tourisme et le ministère des Affaires culturelles, le gouvernorat de Jendouba, la mairie de Tabarka et le entreprises privées.

Thermale, forestière et culturelle

Mais le voyageur trop pressé qui négligerait d’inscrire à son itinéraire d’autres cités voisines à Tabarka se priverait d’un rare régal et n’emporterait qu’une vision incomplète de cette terre tunisienne aux si étonnants contrastes dont elle présente un des aspects les moins connus.

En effet, au-delà de Tabarka et jusqu’à Cap Negro, il existe de grandes dunes de sable d’un jaune velouté semblable à l’or liquide qui interpellent déjà l’intérêt d’un investisseur italien qui compte réaliser, grâce à un investissement colossal, un projet touristique de nouvelle génération. Et pour cause, le produit touristique du Nord-Ouest  avec sa composante balnéaire (Tabarka, Zouaraa, Sidi Mechrig), sa composante culturelle (Chemtou, Dougga, Bulla Regia, Le Kef), sa composante thermale (Hammam Bourguiba, Gouaïdia), sa composante lacustre ( Beni Mtir, Bou Hertma, Mellegue) et sa magnifique composante forestière  (Aïn Draham, Kesra, Aïn Soltane, Sakiet, Makthar), constitue une panoplie exceptionnelle de produits à forte valeur ajoutée à même d’offrir au visiteur un séjour de qualité et à très forte charge culturelle.

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