• Un précédent : plusieurs participants à la campagne reconnaissent n’avoir connaissance d’aucun article de la nouvelle Constitution !

• Beaucoup de questions sur les raisons qui ont poussé les médias à tourner le dos à la campagne référendaire


La campagne référendaire organisée à travers l’ensemble de la République et censée mobiliser les Tunisiens et les Tunisiennes dans l’objectif de les inciter à prendre part au référendum populaire sur la nouvelle Constitution programmé pour le lundi 25 juillet pour dire oui ou non à la prochaine loi fondamentale qui régira le pays au cours des prochaines années, voire au cours des décennies à venir, aura été insipide, insignifiante, sans aucun effet  sur les électeurs qu’elle  est censée viser et n’aura suscité l’intérêt et le suivi uniquement que de quelque partis, organisations et citoyens qui y ont participé.

La campagne référendaire — à considérer que l’appellation lui corresponde réellement — figurera, comme le soulignent plusieurs observateurs, analystes et politiques suivant régulièrement les échéances électorales vécues par la Tunisie depuis la révolution, dans  les annales de l’histoire politique de la Tunisie post-révolution, y compris en premier lieu dans les annales de l’Instance supérieure indépendante des élections elle-même (instance qui a perdu depuis quelques jours sa qualité d’indépendante pour des raisons que personne ne s’est donné la peine de nous expliquer), comme un moment de confusion, de cacophonie et d’absence de clarté et de transparence.

Un moment marqué essentiellement par un silence assourdissant au niveau des médias nationaux, un déni de débats, d’échanges contradictoires sur le contenu de la Constitution à avaliser ou à rejeter ce lundi 25 juillet.

Cette campagne aura également enregistré une première : des leaders de partis politiques, d’organisations et d’associations ainsi que des citoyens qualifiés de «personnes naturelles», selon le lexique de l’Isie, partisans du oui n’hésitent pas à déclarer publiquement qu’ils n’ont pas lu le texte de la nouvelle Constitution et ne s’empêchent pas de haranguer les foules, les appelant à dire oui à une Constitution dont ils reconnaissent volontiers qu’ils n’ont aucune connaissance des articles ou des chapitres qu’elle renferme, sauf qu’elle a été soumise au peuple par le Président Kaïs Saïed, «le seul et unique gage de sa grandeur» comme ils l’indiquent eux-mêmes quand ils sont interrogés par certains journalistes qui sont surpris de les voir reconnaître, voire dire leur fierté d’ignorer le contenu de la Constitution objet du référendum de la journée de lundi prochain.

Le silence troublant  des médias

Les médias, principalement la TV et la radio nationales, ainsi que les TV et radios privées, ont-ils décidé par leur propre volonté d’observer ce silence troublant, poussant à toutes les interprétations possibles depuis le démarrage de la campagne référendaire ou ont-ils été poussés à ce choix par on ne sait quelles instructions ou conseils venus d’on ne sait quelle partie ?

Personne n’est en mesure pour le moment de répondre clairement à cette interrogation, ce qui n’empêche pas les observateurs de se poser la question: pourquoi ces médias ont-ils décidé de suspendre leurs émissions de débat dès les premiers jours de juillet et d’accorder des congés à leurs journalistes politiques et à leurs chroniqueurs qui, semble-t-il, sont attachés viscéralement ou biologiquement au mois de juillet en tant que leur mois de repos ?

La TV et la radio nationales ont-elles reçu des ordres selon lesquels elles doivent s’interdire de donner la parole à ceux qui sont opposés au référendum et à ceux qui appellent à son boycott ?

Encore une fois, on ne peut répondre à cette question par l’affirmative et on n’est pas également en mesure d’infirmer ce que certains qualifient de «chape de plomb imposée sur l’ensemble du paysage médiatique tunisien menaçant la liberté d’expression en Tunisie».

En tout état de cause, que les médias aient choisi d’eux-même de participer timidement à la campagne référendaire ou qu’ils aient été «amenés» à agir comme ils l’ont fait du 3 au 23 juillet (les 21 jours de la campagne référendaire), c’est le résultat final qui compte : la campagne référendaire a raté l’essentiel, à savoir donner effectivement la parole aux Tunisiens pour qu’ils disent leur mot sur leur prochaine constitution mais aussi s’expriment et exigent des solutions immédiates à leurs problèmes quotidiens.

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