La consistance de la dépense publique dans le financement des besoins de l’économie nationale, les déficits budgétaires successifs et la contraction des ressources du pays sont parmi les facteurs à l’origine de la montée en cadence de la dette publique de la Tunisie au cours de ces dernières années. Mais la question qui se pose est de savoir si, dans sa proportion actuelle, la Tunisie, qui est prise dans la spirale de la dette, est capable d’honorer ses engagements et de rembourser dans les délais impartis ce qu’elle doit ?

Il est à rappeler que l’encours de la dette publique a atteint 105,7 milliards de dinars, à fin mars 2022, en hausse de 8,6% par rapport à la même période de 2021, c’est ce qui ressort du document «Résultats provisoires du budget de l’Etat 2022», publié au mois de juin 2022 par le ministère des Finances.

S’agissant du service de la dette publique, il a crû de 45%, à fin mars 2022, pour se situer à 3,8 milliards de dinars. La dette intérieure qui représente 68% de l’ensemble du service de la dette s’élève à 2,6 milliards de dinars.

Selon la Banque américaine d’investissement Morgan Stanley, «la Tunisie, avec son déficit budgétaire de près de 10%, se dirige vers un défaut de paiement de sa dette». Dans ce cas, «l’Etat ne serait plus en mesure de payer, dans les délais, ce qu’il doit à ses créanciers, qu’il s’agisse du capital emprunté ou des intérêts», précise la banque.

L’impératif accord avec le FMI

Selon la même source, «les spreads des obligations tunisiennes, c’est-à-dire la prime que les investisseurs exigent pour acheter la dette plutôt que les obligations américaines, ont augmenté à plus de 2.800 points de base et, avec l’Ukraine et le Salvador, la Tunisie figure sur la liste des trois principaux défaillants probables».

L’institution financière estime que, dans ces conditions,  «l’accord avec le FMI est impératif». Dans son dernier rapport, la banque indique  que la Tunisie se dirigerait vers un défaut de paiement,si la détérioration actuelle de ses finances se poursuivait. «Dans un scénario où le taux actuel de détérioration budgétaire se poursuit, il est probable que la Tunisie fasse défaut sur sa dette, l’année prochaine, à moins qu’elle n’obtienne un programme rapide avec le FMI et ne procède à d’importantes réductions des dépenses».

Dans le même contexte, l’agence de notation de crédit «Fitch Ratings», qui avait également abaissé la note souveraine de la Tunisie de «B-» à «CCC», estime qu’un déficit public de 8,5 % du PIB cette année augmentera son ratio dette-PIB à 84 %. Notons que  des négociations officielles autour d’un nouveau programme de financement ont démarré, début juillet, entre la Tunisie et le FMI. A fin juin, au terme des discussions techniques de plusieurs mois avec les autorités tunisiennes, «le FMI s’était dit prêt à entamer des négociations portant sur la mise en place d’un programme de financement, à condition que le pays mette en place un certain nombre de réformes et mesures». En effet, l’institution a appelé la Tunisie à remédier de toute urgence aux déséquilibres de ses finances publiques en limitant la croissance de la  masse salariale de la fonction publique, en remplaçant les subventions généralisées par des transferts destinés aux plus pauvres, en réformant les entreprises publiques en difficultés, en ouvrant l’économie aux investissements du secteur privé…

De même, la direction du Trésor français indique dans sa note conjoncturelle du mois d’avril 2022 sur la Tunisie que «la trajectoire d’endettement de la Tunisie est désormais insoutenable sans réformes. La dette publique est passée de 74,2% du PIB en 2019 à 89,7% en 2020, pour atteindre 90,2% en 2021. La dégradation sociale a accentué la crise économique, avec un taux de chômage atteignant 18,4% de la population active, le plus haut taux observé depuis 2011».

Charger plus d'articles
Charger plus par Najoua Hizaoui
Charger plus dans Economie

Laisser un commentaire