D’habitude, pendant les anciennes journées de scrutins post-révolution, les abords de l’école primaire Bilel, à El Menzh 6, sont encombrés de voitures. Or, hier matin vers 9h30, peu de véhicules stationnaient aux alentours de l’établissement scolaire transformé à l’occasion en centre de vote. Signe d’une mobilisation minimale des électeurs pour dire oui ou non au projet de Constitution de Kaïs Saïed publié sur le Journal Officiel le 30 juin. Au même moment Mourakiboun annonçait un taux de participation de près 9%.

La plupart des participants sont âgés entre 50 et 70 ans. Le temps des jeunes viendra l’après-midi en cette journée caniculaire et fériée, d’autant plus que les bureaux de vote restent ouverts jusqu’à 22 heures.

«Il est temps de changer les choses !»

Aucune file d’attente n’est visible devant les bureaux de vote, qui reçoivent les électeurs au compte-gouttes. Cela arrange bien Nacira, 66 ans, enseignante, qui reçoit des invités ce soir et a mille et une courses à effectuer avant le dîner, mais en même temps la remplit d’amertume : «Les abstentionnistes me révulsent. Comment ne pas se sentir concerné par l’avenir de son pays ?», s’interroge la dame aux cheveux gris et à la silhouette gracile.

Mohamed, 72 ans, arbore fièrement son doigt trempé du bleu indélébile de l’Isie. Homme d’affaires, il évoque tout de suite son choix : «Oui ! Bien sûr !».

Sa motivation ? «Il est temps que les choses changent. En plus de dix ans, un système politique à trois têtes n’a entraîné que désordre et chaos. Je vote pour un régime présidentiel assumé».

Jamal, lui, a 55 ans, après avoir voté, il monte au bord d’une grosse cylindrée.  L’entrepreneur avoue ne s’être jamais déplacé de sa vie pour une élection et confie avoir travaillé avec les Trabelsi dans les années 90 et 2000.

«Mais la belle-famille de Ben Ali n’a jamais porté tort aux zawali, les gagne-petit, comme cette bande de malfrats venue après la révolution. Je suis là pour contrecarrer le mouvement Ennahdha, qui a rendu infernale la vie de tous les Tunisiens. Je viens de payer une facture d’électricité dont le montant s’élève à 400 dinars. Du jamais vu, ajouté à l’inflation galopante des prix. Où allons-nous à ce rythme de fous ? », s’alarme Jamal.

«Il nous revient de militer…»

Amel, retraitée depuis deux années, dit avoir pris part à la grande manifestation du 14 janvier 2011 sur l’avenue Bourguiba. Ses attentes ont été à la mesure de cette marée humaine qui a investi le centre-ville de Tunis. Ses frustrations et déceptions ont été aussi larges au cours des années qui ont suivi cet événement révolutionnaire. Plus aucun parti n’est crédible à ses yeux, c’est pour cette raison qu’elle a choisi d’adhérer à la Constitution du Président, même si certaines de ses dispositions l’inquiètent, tel l’article 5 qui évoque les «finalités de l’islam».

«Il nous revient de militer, nous citoyens et citoyennes, pour pousser Kaïs Saïed à rectifier quelques-uns des articles de sa loi fondamentale. Le travail de la société civile commence dès cet instant !», affirme Amel, l’espoir à fleur de sourire.

Dans les propos des électeurs, «l’honnêteté» du Président, sa volonté de «nettoyer» le pays des corrompus et son inimitié avec Ennahdha soulèvent beaucoup plus l’approbation des électeurs que le contenu de son texte fondamental.

Si jusqu’à près de midi, le oui semble le remporter à travers nos interviews, le taux de participation n’évolue point.

Les abstentionnistes seraient-ils devenus comme lors de la dernière présidentielle en France le plus fort parti de l’opposition ? De toute façon cette problématique soulève une autre interrogation : la légitimité d’un référendum n’est-elle pas remise en question si le taux d’acceptation du texte proposé par le Président s’avère faible et non représentatif du poids réel des électeurs ?

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