Plus d’une décennie après le chaos post-révolution, le spectacle est toujours le même, avec ces menaces d’assassinat, ces tentatives d’ingérence dans la politique intérieure du pays au nom de la présumée protection des droits humains avec des normes internationales à géométrie variable.

Très active au sein du comité de défense des martyrs Belaïd et Brahmi, Imen Gzara, l’avocate tenace et engagée, fait aujourd’hui l’objet de réelles et sérieuses menaces terroristes. Sa pugnacité et ses fermes positions à l’égard de certains dirigeants islamistes appartenant au parti Ennahdha et son organisation secrète présumée ont fait d’elle l’ennemi juré des extrémistes. La récente tournure qu’a prise le dossier des assassinats politiques sur fond de nouvelles et graves révélations ayant abouti au retrait du bouclier judiciaire dont jouissaient certains dirigeants politiques et hauts responsables sécuritaires a mis un terme à la légitimation d’une impunité qui a fait chanceler la justice. Toutefois, les récentes tentatives d’ingérence étrangère s’apparentent à une bouée de sauvetage pour des commanditaires de ces crimes.

L’ombre du parti islamiste

La prononciation par le premier juge d’instruction au bureau 23 du Pôle judiciaire antiterroriste de plusieurs chefs d’accusation contre plus d’une trentaine de personnes suspectées d’appartenance à une organisation terroriste et blanchiment d’argent dont le président du parti Ennahdha, selon les déclarations de maître Gzara en juin dernier lors d’un point de presse tenu par le comité de défenses des deux martyrs, a confirmé ce que les parties impliquées dans ce dossier craignaient le plus. Le concept de redevabilité revigoré après un certain 25 juillet par le locataire de Carthage ne laisse plus l’ombre d’un doute. Les accusés dans les assassinats politiques, et notamment l’organisation secrète, doivent rendre des comptes.

Les menaces terroristes à l’encontre de Imen Gzara  sont prises très au sérieux  par les services sécuritaires. Les révélations de l’avocate dans le cadre des assassinats politiques  et de l’organisation secrète sont de nature à déranger des parties favorisant l’ingérence étrangère au point que la fuite de Mustapha Khedher, ancien militaire impliqué dans l’affaire de cette organisation, juste après sa libération, reste entourée de mystère.

Ennahdha a toujours réfuté son appartenance au  parti, mais les preuves apportées par les membres du comité ont démontré le contraire. «Pourquoi alors avoir fui le pays ?», se demande  l’avocate Imen Gzara  qui tente de rassembler le puzzle de l’organisation secrète dudit parti et son lien avec les assassinats des deux martyrs. En  dépit du lynchage médiatique sur les réseaux sociaux dont elle a fait l’objet, l’avocate ne cesse  de nous dévoiler certaines vérités bouleversantes, ce qui n’est pas de nature à plaire au parti Ennahdha toujours pointé du doigt dans cette affaire.

Périlleuse mission de reconstruction de la scène des crimes politiques

Certes, la société civile n’est pas restée les bras croisés et a manifesté son total soutien à l’avocate Imen Gzara, mais ce qui est préoccupant, ce sont ces multiples tentatives d’intimidation et de pression de la part de ces groupes d’extrémisme violent visant  les membres du comité de défense des deux martyrs. Des groupes qui se sont dispersés dans la nature et guettent le moment propice pour passer à l’action.

Plusieurs cellules takfiristes ont été démantelées par les forces sécuritaires relevant du district de Carthage dont, tout récemment, une au Kram, composée de huit femmes. Parmi ces femmes arrêtées, six faisaient l’objet d’un mandat de recherche pour suspicion d’appartenance à une organisation terroriste.

Dans certains quartiers populaires des villes, et en dépit des grands efforts déployés par les unités sécuritaires spécialisées dans la lutte antiterroriste, l’extrémisme violent est comme un feu qui couve sous la cendre. Le terroriste Kamel Kadhgadhi, qui a criblé de balles le martyr Chokri Belaïd, était très proche des milieux islamistes. Il a agi à visage découvert et a eu le feu vert pour passer à l’action. Même modus opérandi pour le martyr Mohamed Brahmi. L’exécuteur a été éliminé, emportant avec lui son secret, mais les commanditaires n’ont pas été inquiétés pour autant et ont profité d’une justice à double vitesse et de la complicité avec une partie du pouvoir en place.

Ceux qui ont aidé l’islam politique à prendre les commandes  dans le pays ont laissé faire, et ont été eux aussi pris en étau entre deux choix bien difficiles: continuer à soutenir une Troïka venue d’ailleurs, incapable de sécuriser le pays ou tourner le dos au projet de l’islam politique en Tunisie, en Libye et en Egypte, sous l’égide des Frères musulmans et avec l’appui  de pays étrangers dont l’un aspirant toujours à retrouver son empire et son hégémonie d’antan.

Il s’en est fallu de peu pour que l’ambassade américaine à Tunis ne soit rayée de la carte. Belaid, Brahmi, militaires et sécuritaires ont payé le prix de leur vie depuis 2011.

Imen Gzara est aujourd’hui sous la menace terroriste pour avoir tenté de reconstruire la scène des crimes politiques. Plus d’une décennie après le chaos post-révolution, le spectacle est toujours le même, avec ces menaces d’assassinat, ces tentatives d’ingérence dans la politique intérieure du pays  au nom de la présumée protection des droits humains avec des normes internationales à géométrie variable quand il s’agit des droits des peuples opprimés dont les Palestiniens et les Kurdes.

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