• Le président d’Ennahdha répand un discours complètement coupé des réalités imposées par le processus du 25 juillet.
• «Les propos de Ghannouchi obéissent à une stratégie fondée sur le mensonge, l’intox et la manipulation», estiment beaucoup d’observateurs

Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha et président du parlement dissous, est-il conscient que la dynamique du 25 juillet 2021 et le référendum du 25 juillet 2022 sur la nouvelle Constitution ont introduit une métamorphose, à plusieurs dimensions, sur le paysage politique national, ont ouvert la voie à un nouveau discours politique qui a rompu totalement avec «les constantes et les certitudes dites révolutionnaires» de la période d’avant-25 juillet et ont amené les Tunisiens, y compris les partisans les plus fervents du parti de Montplaisir, à adopter un nouveau comportement à l’égard de la classe politique, plus particulièrement celle qui a dirigé le pays durant les années considérées comme la décennie noire ? Un comportement et une attitude qui se résument, le plus simplement du monde, en le refus catégorique et énergique de voir les politiciens et aussi les politiciennes de l’époque fin 2011 jusqu’au 25 juillet 2021 réintégrer la vie politique nationale, retrouver l’arène où ils officiaient auparavant et reproduire les discours qu’ils ont professés durant plus de dix ans, lesquels discours et approches ont sécrété les catastrophes et les crises sans fin dans laquelle la Tunisie se morfond depuis des années.

On se pose la question le plus légitimement du monde et on attend une réponse qui ne viendra sûrement jamais, à la lumière des dernières apparitions médiatiques, sur des supports étrangers, du président d’Ennahdha qui donne l’impression, voire justifie la thèse selon laquelle on affirme dans plusieurs milieux qu’il vit, depuis le 25 juillet 2021, en dehors de l’histoire et qu’il n’a pas réussi à saisir les nouvelles réalités imposées par le processus du 25 juillet.

Un discours destiné à l’étranger

C’est ainsi que les observateurs et les analystes des déclarations de Ghannouchi — qu’ils considèrent destinées principalement à l’étranger — n’hésitent pas à affirmer que le président d’Ennahdha cultive un véritable déni de la vérité quand il prétend et s’octroie le droit de parler au nom des Tunisiens et prétendre que «ces derniers espèrent revivre une seule journée des années où Ennahdha dirigeait le pays ou participait au pouvoir».

Ghannouchi développe, en effet, le discours rituel soutenu par les opposants au processus du 25 juillet 2021, estimant que les multiples mesures exceptionnelles prises par le Président Kaïs Saïed et couronnées par le référendum du 25 juillet 2022 sur la nouvelle Constitution, en attendant les législatives anticipées prévues le 17 décembre prochain, n’ont eu pour effet que de baliser la voie à «l’établissement d’une dictature naissante et à la réinstauration de la répression des voix libres comme à l’époque révolue du parti unique».

Ce discours professé sur la chaîne France 24 face à un intervieweur paraissant hautement informé de ce qui se passe en Tunisie et n’hésitant pas à contrecarrer les fausses déclarations de Ghannouchi, habitué à des interlocuteurs complaisants et avalant aveuglément ses propos, a-t-il encore la possibilité de convaincre les Tunisiens qui savent, désormais, que la stratégie nahdhaouie est fondée essentiellement sur le mensonge, la manipulation, les fausses informations présentés comme des réalités absolues et la recherche du soutien du public étranger n’ayant pas accès aux vérités.

Pour revenir «aux vérités distillées» par Rached Ghannouchi au public qu’il croit acquis à ses thèses dans la mesure où ce même public ne suit pas régulièrement le développement des événements en Tunisie, ou séduit par ce que proposent les chaînes TV pro-Ennahdha qui font tout pour diaboliser «le régime putshiste qui ne croit ni au pluralisme ni à la démocratie», comme le souligne le président nahdhaoui, l’on peut dire qu’il prêche dans le désert dans la mesure où ceux qui critiquent en Europe et aux Etats-Unis la démarche suivie par le Président Kaïs Saïed appellent effectivement à la réinstauration d’une vie démocratique ordinaire. Toutefois, ils n’ont jamais exigé le retour de l’ancien parlement dont ils ont, maintes fois, dénoncé les  dépassements et les dérives qui ont ouvert largement la voie à l’avènement du processus du 25 juillet.

Ghannouchi a beau crier que son parti a confiance en la justice, qu’Ennahdha «n’a rien à voir avec les opérations terroristes et les assassinats politiques» et que «le parti est habité par de réelles craintes d’être disssous» pour être privé de participer aux élections anticipées du 17 décembre prochain, ses propos et ses affirmations qu’il prend pour des vérités absolues ne semblent pas convaincre encore beaucoup de Tunisiens, y compris parmi les adhérents au parti qui expriment, de jour en jour, leur désaprobation des choix de leur président, de plus en plus, lui aussi isolé à Montplaisir même si certains caciques sont encore là mais sélectionnent les moments pour s’exprimer.

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