Le Tunisien est à bout de souffle. Il n’est plus capable de soutenir le rythme des dépenses et des augmentations générales des prix. Rien ne semble pouvoir arrêter ce phénomène, ni même le ralentir. C’est, donc, en roue libre que le pouvoir d’achat effectue sa chute.

Les prochaines semaines seront les plus dures, puisque toutes les familles devront affronter les énormes dépenses scolaires. Lorsqu’on fait un simple retour en arrière, on s’aperçoit que la pression sur le budget familial ne fait que s’amplifier. Pas plus loin que le mois d’avril et de mai derniers, il a fallu faire face aux dépenses de Ramadan et de l’Aïd El Fitr. Quelques semaines plus tard, c’était au tour de l’Aïd El Kébir, etc. Si, hypothétiquement, on peut se passer du mouton de l’Aïd, il est impossible de ne pas faire les achats des effets scolaires.

Aujourd’hui, les efforts se concentrent, pour ceux qui en ont les moyens, sur les loisirs d’été et les vacances. On s’offre, ainsi, un petit répit pour oublier le stress d’une longue période qu’on ne souhaite à personne.

Des assurances officielles sans suite

Cela n’empêche pas qu’on se sent de plus en plus proche de la plus grande échéance annuelle, qui touche toutes les familles tunisiennes. À savoir la rentrée scolaire avec tout ce qu’elle entraîne de dépenses et de problèmes. Officiellement, tous les responsables concernés essaient de minimiser les difficultés, en rassurant les gens sur la disponibilité des manuels scolaires et des autres fournitures. Mais les craintes restent intactes et personne ne prend ces assurances pour argent comptant. Car chacun connaît, d’avance, la réalité. Tout le monde sait que personne n’est capable (les expériences passées l’ont prouvé) d’arrêter les pratiques illicites et les augmentations des prix.

Malgré tout ce que l’on dira sur les opérations de contrôle et sur lesdites mesures de «répression», rien n’y fera. Les différents intervenants (vendeurs de fournitures scolaires, de sacs et de cartables, de vêtements, de chaussures…) n’en feront qu’à leur tête et personne ne les en empêchera. Cela a toujours été ainsi et il en sera de même, cette année et les années prochaines. Le système, de ce côté-là, est bien rôdé et ce n’est pas maintenant qu’on va le démanteler. Et, surtout pas, avec des mots ou des annonces.

Certes, les officiels nous rappellent, à n’en plus finir, que les prix des manuels scolaires ne vont pas augmenter. On ne le sait que trop. Mais ils doivent savoir que la rentrée des classes ne se limite pas qu’aux livres. Ils oublient que la part la plus importante consiste dans les autres fournitures qui coûtent, comme on dit, les yeux de la tête. Pour de nombreux commerçants, cette période est une manne, car ils vont faire de gros gains en un temps record. La majorité d’entre eux, d’ailleurs, comptent sur cette période pour compenser les manques à gagner de toute l’année.

Certains profiteurs, même, se convertissent dans ce commerce saisonnier pour se remplir rapidement et facilement les poches. En effet, des locaux se transforment en lieux de vente de fournitures scolaires (cartables, sacs, stylos et autres protège-cahiers et crayons…).

Cela sans parler des vendeurs anarchiques qui envahissent les rues et les artères de nos villes.

Mais quand on revient sur le volet des cahiers subventionnés et non subventionnés, on retombe dans la polémique stérile qui existe autour de l’huile subventionnée. Cette huile, dont on nous dit à la télévision et dans tous les médias, qu’elle existe en quantités suffisantes et qu’elle est disponible partout, est en fait introuvable.

Porte ouverte devant les pratiques mafieuses !

Il en est de même du discours sur le cahier subventionné. Où que l’on aille, les libraires vous répèteront qu’ils ne le vendent pas, qu’il n’est pas disponible. Si, par miracle, on en trouve, il est vendu avec parcimonie et sous condition. Le cahier non subventionné est disponible à l’envi, mais à des prix inabordables. Ses prix dépassent deux fois et plus le prix d’un livre scolaire. Du coup, l’acheteur n’a aucun choix. Il subit le diktat des libraires et de ceux qui sont derrière.

Récemment, la Fédération générale de l’information relevant de l’Ugtt a affirmé que les industriels du cahier non subventionné utilisent le papier subventionné pour sa fabrication qui seront vendus, ensuite, aux prix des cahiers de “luxe”! L’accusation n’est pas gratuite et les prochains jours nous en donneront la preuve.

En tout cas, la question du cahier (subventionné ou pas) doit être tranchée une bonne fois pour toutes, car elle ouvre la voie à toutes les spéculations et à toutes les dérives. Y compris les dérives mafieuses qui ont investi de nombreux circuits économiques dans notre pays.

La rentrée scolaire et tous les rendez-vous, comme les fêtes religieuses, sont devenus l’occasion irremplaçable de se remplir indûment les poches aux dépens des consommateurs démunis et sans défense.

Toutes les pratiques sont permises aux uns et aux autres pour faire le plus de profits possible. Avec ou sans contrôle, la machine fonctionne parfaitement et rapporte gros.

A bien voir, le débat sur les dépenses de la rentrée ne se limitent pas aux livres et aux cahiers. Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est vrai que le budget qui leur sera consacré est très conséquent. Mais les autres articles, à l’instar des stylos (dont les prix ont atteint des sommets, alors qu’ils ne durent que quelques jours), des nécessaires de géométrie (règles, équerres, compas…), des calculatrices (les calculatrices dites “scientifiques” coûtent plus de 100 dinars !) sont carrément hors de portée des bourses moyennes. Il faudra mettre de côté plusieurs centaines de dinars pour affronter cette grande échéance.

Et, ce ne sont pas les discours officiels qui calmeront les jeux. Sans une action effective sur le terrain avec des méthodes plus poussées, le phénomène de l’exploitation de cette période par les nombreux profiteurs ne fera que s’amplifier.

Il faudrait imposer plus de transparence dans les pratiques commerciales, ainsi que des règles de conduite pour les acteurs impliqués dans l’opération. Tous les locaux autorisés à se livrer aux activités commerciales en lien avec la rentrée scolaire doivent se plier au règlement en respectant le minimum de transparence. Et l’une des moindres serait d’afficher les prix.

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