Depuis juin 1924, Tunis est dotée de son premier aérodrome. Aujourd’hui, il fête son 90e anniversaire. Retour sur les dates-clés d’un aéroport aux vies multiples

Seul, entre ciel et mer, porté  par quelques mètres  carrés de toile, luttant contre les traîtrises de l’océan aérien pendant huit heures consécutives, sa vie à la merci d’une défaillance de son moteur, et se fiant uniquement à la frêle aiguille tremblotante d’une boussole, voilà  les conditions dans lesquelles le raid Fréjus-Bizerte a été effectué par Roland Garros le 23 septembre 1913.

A peine a-t-il accompli son merveilleux  exploit qu’il adressa un  télégramme annonçant sa réussite : «Arrivé à Bizerte avec cinq litres d’essence, après huit heures de vol, malgré un vent défavorable. Voyage effectué à 2.500 mètres. J’ai atterri, pour prendre de l’essence et dégripper deux soupapes. J’irai coucher à Tunis, dont je suis à dix minutes de vol. Amitiés. Garros.»

Garros repartait à 18 h 50 de Bizerte et, vingt minutes plus tard, atterrissait sur  le champ de course à Ksar-Saïd à Tunis, où l’accueillit une triomphale ovation.

Depuis, le champ de courses de Ksar Saïd fut, jusqu’en 1924, le premier aérodrome tunisien. «Il a été choisi pour sa tribune qui permettait au public, aux officiers et aux représentants de la presse de suivre les meetings aériens », révèle Habib Soussia, auteur du livre « Histoire de l’aviation en Tunisie », et ce, lors d’une cérémonie dédiée à la célébration du 90e anniversaire de l’aérodrome de Tunis.

L’aérobase de Tunis-El Aouina        

Ce n’est donc qu’en 1924 que le champ de course de Ksar Saïd prendra sa retraite d’aérodrome car un nouvel aérodrome mixte est bâti à Tunis sur une plaine  de 950 sur 950 mètres au bord du Lac. «L’emplacement de l’aéroport, qui se trouve à 9 km de Tunis dans la direction de Carthage, est idéal», ajoute M.Soussia.

Et de poursuivre que «ce terrain d’aviation, nommé base aérienne Roland-Garros, était occupé par le 4e groupe d’aviation d’Afrique. Cette base comprenait une pyramide, proche des hangars militaires, érigée en commémoration du grand aviateur (Roland Garros), des bâtiments pour le logement des sous-officiers et trois hangars qui abritent trente avions. Un bâtiment militaire au nord, des bâtiments civils au sud, une tourelle pour l’amarrage des dirigeables à l’ouest et, en face, le lac de Tunis pour recevoir les hydravions. Cette composition idéale pour un aérodrome permettait à El Aouina d’assumer toute la gamme des transports aériens de l’époque ».                                                           

L’hydrobase de Tunis-Carthage

En effet, au cours des années 30, les hydravions pouvaient traverser la Méditerranée plus facilement que les avions, en volant d’île en île pour se ravitailler ou s’abriter des tempêtes. Ils se posaient sur les lacs ou dans les ports. «Ces appareils sont les premiers moyens de déplacement aérien civil, entre la France et l’Afrique du Nord, pour le transport des voyageurs, le fret et la poste », explique M.Soussia. De ce fait, l’hydrobase de Tunis-Carthage se trouvait à 5 kilomètres de l’aéroport d’El Aouina. « L’aire d’amerrissage, indiquée par deux barques, aux dimensions de 1.000 sur 1.200 mètres, a été draguée jusqu’à une profondeur de 1,10 mètre, alors que la profondeur moyenne du lac n’est que 60 centimètres», souligne notre interlocuteur.

Aérodrome de Tunis-El Aouina

Pendant la campagne de Tunisie, menée par l’aviation alliée, en 1943, les bâtiments du champ d’aviation d’El Aouina à Tunis ont été considérablement endommagés. «A leur arrivée sur le terrain, les Américains construisent la piste 03 – 22. Cette première piste goudronnée en Tunisie est actuellement abandonnée. Le Génie de l’Air français s’emploie à construire les nouveaux bâtiments. Le 16 avril 1945, l’aérogare internationale civile d’El Aouina, pourvue d’une première tour de contrôle, est officiellement inaugurée », révèle M.Soussia.

Tunis-Carthage est né

En 1955, l’ancien aéroport de l’Aouina est devenu Aéroport International de Tunis-Carthage.

Devenue indépendante le 20 mars 1956, la Tunisie disposait alors d’infrastructures aéronautiques assez limitées, avec, à Tunis-Carthage, une piste capable de recevoir au mieux des avions de type DC-4, à Djerba une piste susceptible d’accueillir des DC-3 et diverses pistes militaires sur le territoire. La France conservait sa base de Bizerte, qui comportait un aérodrome de l’aéronavale (Kharouba). Dans les années suivant l’Indépendance, les relations entre la France et le Président Bourguiba furent tendues en raison du soutien de ce dernier aux moujahidines algériens et du bombardement par l’aviation française du village de Sakiet-Sidi Youssef en 1958, en raison également des troubles à Bizerte qui conduisirent la France à l’évacuer en 1963, ainsi que les expropriations en 1964 des colons étrangers.

Les coopérants français furent alors remerciés. La direction du service de l’Aviation civile est assurée dès 1958 par Mohamed Kraïem, qui embauche de jeunes techniciens formés en France. Mohamed Kraïem devient P.-d.g. de Tunisair en 1961 ; il sera plus tard ministre des Transports. La Tunisie se tourne en 1960 vers l’aide américaine pour développer l’aérodrome de Tunis-Carthage, et à partir de 1963, vers l’aide allemande pour développer les aérodromes de Monastir et Djerba.

En avril 1966, une nouvelle tour de contrôle est construite par les Américains en seulement 7 jours, à proximité des deux pistes d’atterrissage.                                                                                                                      

Toutefois, après 1970, sont réalisés par la société Sofreavia un centre de contrôle régional sur l’aéroport de Tunis, ainsi qu’un radar primaire de surveillance pour l’aire terminale de ce même aéroport

L’exploitation de tous les services aéroportuaires assurée jusque-là par Tunisair est cédée  à l’Office des ports aériens  de Tunisie (Opat), créé le 3 juillet 1970.  Le 1er août 1972, le Président Habib Bourguiba inaugure le nouveau bâtiment de l’aéroport Tunis-Carthage. Sa surface couverte est de plus de 57.000 m2.

Des extensions

L’aéroport Tunis-Carthage connaîtra, depuis, plusieurs extensions et aménagements dont les plus importants demeurent l’ajout de l’aile sud de l’aérogare et l’exploitation pour la première fois en Tunisie des satellites et des passerelles télescopiques. Cependant, il faut reconnaître les efforts déployés par l’Oaca pour maintenir en activité une infrastructure aéroportuaire de l’envergure de Tunis-Carthage et pour être à jour et en totale conformité avec les normes et standards internationaux d’exploitation des aéroports. Dans les années 70/74, un autre bâtiment pour le fret a vu le jour. Un deuxième hangar sera créé après celui du fret et réservé aux pèlerins en 86.

Mais c’est lors du Conseil ministériel en date du 7 octobre 2005 qu’il a été décidé de reconvertir cet hangar des pèlerins en un terminal pour vols charters et irréguliers, et ce, afin de réduire la pression sur l’aéroport Tunis-Carthage et de le réserver aux vols réguliers et d’en accroître le trafic dans le cadre des efforts déployés pour faire de Tunis un pôle international de commerce et de services. Le projet consiste alors en la construction d’une aérogare de 5.500 mètres carrés, composée de trois bâtiments, à savoir une zone de départ de 3.000 mètres carrés, une zone d’arrivée de 1.750 mètres carrés et d’un hall d’accueil pour le public de 750 mètres carrés en plus des bureaux des compagnies aériennes, des banques et des autres services nécessaires pour garantir le bon fonctionnement de cette infrastructure.

Nouvel élan

Aujourd’hui, ayant atteint 5 millions de passagers par an, le principal aéroport de Tunis doit faire face à de nouveaux défis.  C’est ainsi que le P.-d.g. de l’Oaca (à partir de juillet 1998, l’appellation de l’Office de l’aviation civile et des aéroports (Oaca) remplace celle de l’Office des Ports Aériens de Tunisie, M.Mohamed Lassâad Mrabet a annoncé qu’à moyen et à long terme, «l’Oaca est très avancé dans les études d’extension de l’ATC pour porter sa capacité dans une première phase à 7,5 millions de passagers par an à l’horizon 2016/2017 et à 10 millions de passagers par an dans la deuxième phase, et ce, afin de lui permettre de répondre à la demande croissante et aux défaillances relevées les années précédentes».

Charger plus d'articles
Charger plus par Chokri Ben Nessir
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire