Par António Guterres*

C’est avec fierté que je me suis tenu aux côtés du Premier ministre du Japon, Fumio Kishida, et des habitants d’Hiroshima en souvenir d’une catastrophe sans précédent.

Il y a 77 ans, des armes nucléaires étaient lâchées sur les habitants d’Hiroshima et de Nagasaki.

Des dizaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes ont péri en un instant, incinérés dans un incendie cauchemardesque. Les bâtiments ont été réduits en poussière. Les magnifiques cours d’eau de ces villes sont devenus sang.

Celles et ceux qui ont survécu ont été livrés aux séquelles de la radioactivité, en butte à des problèmes de santé et stigmatisés à vie à cause des bombardements nucléaires.

J’ai eu le grand honneur de rencontrer un groupe de ces survivants – les hibakusha, dont le nombre diminue chaque année. Ils m’ont raconté avec une vaillance inentamée ce dont ils ont été témoins en cette terrifiante journée de 1945.

Il est temps que les dirigeantes et dirigeants du monde entier soient aussi lucides que les hibakusha et voient les armes nucléaires pour ce qu’elles sont. Les armes nucléaires sont une absurdité. Elles ne peuvent garantir ni la sûreté, ni la protection, ni la sécurité. Elles ont été créées avec pour seul dessein la mort et la destruction.

Trois quarts de siècle se sont écoulés depuis que les champignons atomiques se sont élevés au-dessus d’Hiroshima et de Nagasaki. Depuis, l’humanité a connu une guerre froide, des décennies d’une absurde politique de la corde raide et plusieurs situations dans lesquelles l’humanité était à deux doigts de son anéantissement.

Mais même au plus fort de la guerre froide, les puissances nucléaires ont procédé à des réductions importantes de leurs arsenaux nucléaires. Les principes s’opposant à l’utilisation, à la prolifération et aux essais d’armes nucléaires étaient largement acceptés.

Aujourd’hui, nous risquons d’oublier les leçons de 1945.

Une nouvelle course aux armements commence à prendre de la vitesse, certains États dépensant des centaines de milliards de dollars pour moderniser leurs stocks d’armes nucléaires. Près de 13 000 de ces armes se trouvent actuellement dans les arsenaux du monde entier. Les crises géopolitiques aux forts relents nucléaires se propagent rapidement, du Moyen-Orient à la péninsule coréenne, ou dans le cas de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Une fois de plus, l’humanité est en train de jouer avec un pistolet chargé. Nous sommes à une erreur, un malentendu, un mauvais calcul de la fin du monde.

Les dirigeantes et dirigeants doivent cesser de frapper à la porte de l’Apocalypse et balayer une fois pour toutes l’option nucléaire.

Il est inacceptable que les États dotés d’armes nucléaires souscrivent à la possibilité d’une guerre nucléaire, qui signerait la fin de l’humanité.

Pour cette raison même, ces pays doivent s’engager à ne pas recourir à l’arme nucléaire en premier. Ils doivent également garantir aux États non dotés d’armes nucléaires qu’ils n’emploieront pas, ni ne menaceront d’employer, de telles armes contre eux, et faire preuve de transparence à chaque instant. Les démonstrations de force nucléaire doivent cesser.

En fin de compte, il n’y a qu’une seule solution à la menace nucléaire : ne pas avoir d’armes nucléaires du tout. Cela signifie qu’il faut ouvrir toutes les voies du dialogue, de la diplomatie et de la négociation pour apaiser les tensions et éliminer ces armes de destruction massive meurtrières.

Nous voyons poindre des signes d’espoir à New York, où le monde s’est réuni pour la dixième Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Le Traité est l’une des principales raisons pour lesquelles les armes nucléaires n’ont pas été utilisées depuis 1945. Les parties au Traité ayant pris des engagements juridiquement contraignants en vue d’un désarmement nucléaire, il peut aussi être un puissant catalyseur du désarmement, qui est la condition sine qua non pour éliminer ces armes effroyables une bonne fois pour toutes.

En juin, les parties au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires s’étaient réunies pour la première fois afin d’élaborer un plan de marche vers un monde exempt de ces armes de l’Apocalypse.

Nous ne pouvons plus accepter la présence d’armes qui pèsent si lourdement sur l’avenir de l’humanité.

Il est temps que le message intemporel des hibakusha soit entendu : «Plus jamais Hiroshima ! Plus jamais Nagasaki !»

Il est temps que ce soit la paix qui prolifère.

Ensemble, pas à pas, balayons ces armes de la surface de la terre.

A.G.

*Secrétaire  général de l’ONU

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