Le 4 août dernier, la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Energie a fait des déclarations assez surprenantes à la Télévision tunisienne. Selon elle, la récupération des fonds destinés aux subventions pourrait permettre à la Tunisie de construire… 8 lignes de chemin de fer rapide ou… l’achat de 4.000 bus électriques ou encore… l’édification de plus de… 50 hôpitaux !

Et si on prenait la ministre au mot. Des formulations pareilles ont été faites à plusieurs reprises par d’autres responsables avant elle. Or, la question qui se pose, c’est de savoir si de tels fonds pourraient, effectivement, être mobilisés. Est-ce que le Tunisien accepterait la levée des subventions et s’il existe, vraiment, une véritable stratégie dans ce sens.

Abstraction faite du simple consommateur, il y a la Centrale syndicale qui se dresse de toutes ses forces pour le maintien inconditionnel des subventions quelles qu’en soient les conséquences. De plus, on n’a jamais eu de gouvernement capable d’appliquer une politique claire et franche dans le sens de la rationalisation des compensations ou le ciblage des catégories concernées. Tout est au stade des théories. La volonté politique est, totalement, absente.

Un moment mal choisi

Sur un autre plan, le moment est mal choisi pour parler d’une levée des subventions, notamment dans ce contexte social, caractérisé par une forte tension et des luttes politiques pour le pouvoir.

Le volet développement, croissance, investissement, création de projets n’est pas dans les agendas des acteurs politiques ou des décideurs. Il y a, plutôt, une lutte pour la survie sur l’échiquier politique. C’est ce qui prime. Le reste n’intéresse personne.

Ainsi, les trois hypothèses émises par la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Energie ne peuvent être classées que dans la case des utopies. Car, avec des “Si” on mettrait Paris en bouteille. Le rôle d’un politicien n’est pas de faire des hypothèses ou des promesses impossibles à réaliser, mais de plancher sur des faits réels et tangibles, tenant compte des situations existantes et des possibilités disponibles. Certes, on peut rêver. C’est légitime. Mais de là à tomber dans le délire et la divagation, il y a loin.

En théorie, on peut tout faire. Toutefois, il ne faut pas mésestimer les contraintes et les obstacles. Il est bon de donner aux uns et aux autres une part de rêve, mais il est important que ce rêve ne se transforme pas en cauchemar au moment du réveil.

On aimerait rappeler, ici, que notre pays est devenu incapable de mener à terme les grands projets.

Des projets concrets restent irréalisables

L’affaiblissement de l’autorité de l’Etat, voire son absence, est l’une des causes de la régression du pays au cours de ces dix dernières années. Tous les grands projets conçus avant 2011 sont encore bloqués ou ralentis. On peut citer le port en eaux profondes prévu à Enfidha, Tunis Sport City du groupe émirati Boukhatir (dont les investissements sont équivalents aux montants récupérables après la rationalisation des subventions), le RFR toujours au point mort, alors que les fonds de près de 3.000 milliards qui lui étaient réservés étaient dans les caisses dès avant 2011 (le lancement du premier tronçon est reporté de façon régulière et mystérieuse). D’autres dizaines de programmes entrant dans les efforts de modernisation et d’amélioration des conditions de vie subissent le même sort depuis au moins dix ans. Ne faudrait-il pas s’attaquer à ces problèmes et débloquer la situation au lieu de lever les yeux vers le ciel dans l’attente d’une manne céleste qui n’arrivera jamais.

On rappellera, par ailleurs, que plusieurs promesses ont été faites pour l’acquisition de nouveaux bus par les sociétés de transport et de 18 rames pour la ligne TGM, ainsi que l’entretien des véhicules existants, qui sont âgés de plus de 35 ans. Ces annonces sont faites par tous les responsables qui étaient à la tête du secteur du transport. Pourquoi ne pas se concentrer sur du concret et veiller à tenir ces promesses au lieu de perdre son temps à croire à l’impossible? On pourrait rétorquer que le mot “impossible” n’est pas tunisien. Oui, vous répondra-t-on, encore faut-il savoir de quel Tunisien on parle !

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