• Noureddine Taboubi: «Les prérogatives accordées au Chef de l’Etat par la nouvelle Constitution peuvent lui porter préjudice»
• L’Ugtt appelle à une vraie réconciliation nationale dont ne seront exclus que ceux qui ont porté les armes contre le peuple ou ont pillé ses richesses

• Du côté de l’Ugtt, la porte reste toujours ouverte au dialogue et à la négociation avec le gouvernement

Ceux qui ont affirmé qu’en décidant de ne pas boycotter le référendum du 25 juillet 2022 sur la nouvelle Constitution et qu’en donnant l’opportunité à ses militants et militantes de voter oui ou non sur la base de leurs choix individuels, l’Ugtt aurait donné son aval à la nouvelle Constitution, plus particulièrement aux prérogatives qu’elle accorde au Président de la République, jugées par plusieurs observateurs et  spécialistes comme illimitées et que les syndicalistes, de par leur position neutre, auraient donné carte blanche au Président Kaïs Saïed afin de mener à sa guise, son projet visant l’édification d’une nouvelle République comme il l’a conçue lui-même, sur la base de ses propres approches, devraient revoir leur copie et rectifier leurs analyses.

Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), vient, en effet, de remettre les pendules à l’heure, dans une interview accordée à la TV Acharq News pour dire tout simplement: «La centrale syndicale ouvrière est pour un régime présidentiel garantissant l’équilibre des prérogatives attribuées  aux différents pouvoirs (présidentiel, législatif et judiciaire), un régime présidentiel modéré et non un régime présidentialiste offrant au Chef de l’Etat l’opportunité d’accaparer les trois pouvoirs et de risquer de glisser de gré ou de force vers la dictature et le despotisme».

«Kaïs Saïed n’est qu’un être humain»

Noureddine Taboubi revient aux prérogatives, «sans limites ni garde-fous» accordées par la Constitution du 25 juillet 2022 au Chef de l’Etat, laquelle Constitution a été adoptée massivement à raison de 94,6% des votants lors du référendum et dont les résultats définitifs seront annoncés par l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie) dans les prochains jours dans la mesure où les trois recours intentés à l’encontre de ces mêmes résultats ont été déclarés irrecevables par le Tribunal administratif.

Il reprend une idée qui s’est répandue, aussitôt le texte de la nouvelle Constitution révélé dans le Jort avant même que les électeurs ne disent leur mot lors du référendum.

Et cette  idée défendue même par les partisans les plus fidèles du Président Kaïs Saïed stipule le plus clairement du monde: «Les pouvoirs illimités et les attributions sans précédent accordés par la nouvelle Constitution au Président de la République sont à même de lui porter préjudice».

Le secrétaire général de l’Ugtt est on ne peut plus, clair et précis: «Kaïs Saïed n’est qu’un être humain et tout être humain peut commettre des erreurs», c’est-à-dire l’étendue des pouvoirs dont bénéficie Kaïs Saïed pour le moment (et tout autre président à l’avenir) est propre à ouvrir la voie à tous les dérapages, à toutes les dérives et à tous les dépassements du fait qu’il n’existe, désormais, aucun pouvoir pour s’opposer aux décisions présidentielles dans l’objectif de pousser le Chef de l’Etat à les annuler ou au moins à leur apporter les corrections appropriées.

Noureddine Taboubi ne se contente pas de critiquer ou de dénoncer «ces pouvoirs illimités». Il s’autorise, par contre, de proposer les solutions qu’il considère plausibles aux problèmes posés.

Ainsi, ajoute-t-il, dans la même interview, pour appuyer ses approches et rendre plus consistants et plausibles ses conseils : «Un politicien est tenu à des résultats auxquels on ne peut parvenir que dans le cadre d’une vraie réconciliation nationale dont on ne peut exclure que ceux qui ont levé les armes contre le peuple tunisien et ceux qui ont pillé ses richesses».

Le message de Noureddine Taboubi est clair : l’Ugtt ne se lassera jamais d’appeler à un dialogue national inclusif qui balisera la voie à une véritable réconciliation nationale dont les gouvernements successifs depuis la révolution et même après l’avènement du 25 juillet 2021 et aussi après le référendum du 25 juillet 2022 n’ont pas réussi à jeter les fondements. Certains voient dans les déclarations de Noureddine Taboubi «des tentatives de pression sur le gouvernement ou des conseils-menaces» ayant pour objectifs de pousser le gouvernement à satisfaire les revendications de l’Ugtt et surtout à prendre en considération les lignes rouges à ne jamais franchir lors des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), plus particulièrement pour ce qui est de l’annulation de la compensation et de la privatisation des entreprises publiques.

Les syndicalistes sont d’avis que les entreprises publiques dites sur la voie de la faillite peuvent être sauvées de la perdition, à condition qu’elles soient examinées au cas par cas.

Quant aux «critiques-conseils» formulées par l’Ugtt à l’encontre des prérogatives «considérables» accordées par la Constitution du 25 juillet au Président de la République, elles font partie, selon plusieurs analystes et observateurs, d’une nouvelle stratégie de communication adoptée, ces dernières semaines, par les ténors de la place Mohamed-Ali.

Cette stratégie est fondée, comme on est en mesure de le saisir, sur le principe de faire montre d’une position critique envers l’action entreprise par le Chef de l’Etat et par le gouvernement Najla Bouden tout en laissant la porte ouverte à la négociation, au dialogue et à la concertation.

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