Le comité du dialogue sociétal (DS) sur les politiques, les stratégies et les plans nationaux de santé a finalisé le 20 juin 2019 à Hammamet ses dernières recommandations sur la réforme du système de santé. Lors d’un point de presse tenu à cette fin, Ahlem Gzara Zargouni, coordinatrice de l’Unité de gestion administrative du dialogue sociétal sur le secteur de la santé, annonce que cette initiative vise à motiver toutes les parties prenantes à une réflexion de fond sur l’avenir du système de santé en Tunisie, la façon de le réformer et les moyens d’y parvenir.

Le Dialogue sociétal…
un processus
Dans une déclaration accordée à La Presse, Mme Gzara indique que le dialogue sociétal est tout un processus qui se déroule en trois phases. La première, qui a démarré en septembre 2012, est dédiée à l’état des lieux et aux orientations de la réforme de politique nationale de santé. «Le vrai travail a commencé en avril 2013 et s’est achevé en octobre 2014 avec l’élaboration d’un livre blanc “Pour une meilleure santé en Tunisie, faisons le chemin ensemble”… Cette première phase consistait, entre autres, à construire une compréhension commune des enjeux majeurs pour le développement du système de santé et avancer vers un consensus entre toutes les parties prenantes sur les orientations de la réforme», souligne-t-elle.
Pour la deuxième phase (avril 2017-juin 2019), elle est dédiée à l’accompagnement dans l’élaboration et l’adoption de la politique nationale de santé à long terme (vision 2030). Pendant cette phase, le travail s’est articulé autour de huit axes essentiels, à savoir : les soins de proximité et le citoyen au centre du système, agir sur les déterminants de la santé et promouvoir l’action intersectorielle, le financement de la santé, les médicaments et dispositifs médicaux, la recherche en santé, la santé numérique, la gouvernance du secteur de la santé et décentralisation, ressources humaines et carte sanitaire.
Cette phase a enregistré la participation des jury-citoyens, des citoyens qui représentent la population générale et qui suivent chaque étape du processus, en contribuant et enrichissant les discussions et les propositions. Cette mesure a permis d’enrichir les options stratégiques des projets de note d’orientation par la perception et les attentes respectivement des citoyens et des professionnels de santé des régions. «Pour enrichir nos propositions, des jury-citoyens ont participé à ces travaux qui ont été marqués par l’organisation de quatre rencontres interrégionales (soit 6 gouvernorats par rencontre) où on a présenté les notes d’orientation… L’objectif de ces rencontres interrégionales était d’enrichir les notes d’orientation par la perspective citoyenne et professionnelle…», précise Mme Gzara.
Elle a ajouté que la politique nationale de santé, qui se traduit par un engagement politique, regroupe cinq choix stratégiques prioritaires, basés sur une vision claire et partagée. Il s’agit de la santé familiale et de proximité, pivot du système de santé, un paquet de services essentiels pour tous, un régime de base unifié pour tous, la protection de la santé du citoyen, un secteur public d’excellence assumant son rôle pour l’équité, la formation et la recherche. Ces axes sont accompagnés de trois clés de réussite, à savoir la transparence et la lutte contre la corruption, le citoyen acteur et partenaire pour la santé, la régulation dans le cadre du pilotage d’un système de santé de plus en plus complexe. «Ces choix sont fortement liés l’un à l’autre… La réalisation de l’un est une condition de réussite pour l’autre et vice-versa», souligne-t-elle.
Cette deuxième phase s’achèvera le 27 juin 2019 avec la présentation de la nouvelle politique nationale sur la réforme de la santé à l’horizon 2030 au chef du gouvernement, lors de la Conférence nationale sur la santé. «Cet événement, tant attendu, permettra de proposer aux instances gouvernementales les orientations de la réforme du secteur de la santé en Tunisie… Il sera marqué par la déclaration solennelle pour cette politique», affirme-t-elle.
Pour la troisième phase (2019 à 2030), elle consiste à assurer le suivi de la mise en œuvre et l’évaluation de la nouvelle politique/stratégie nationale de santé. «Cette phase sera destinée à la mise en place de cette nouvelle politique qui va se décliner en plan stratégique et opérationnel. Ainsi, elle sera marquée par un vrai suivi et des évaluations périodiques (en 2024 et 2028) pour voir les avancées de cette mise en place et les modalités possibles», précise-t-elle.

Un engagement politique
Mme Gzara précise que les parties prenantes soutiennent cette initiative qui implique déjà les ministères du Commerce, de l’Environnement, de l’Education… et bien évidement celui de la Santé. C’est un consensus national engageant les acteurs politiques, économiques, sociaux ainsi que la population. «Ces différents départements ministériels sont, bel et bien, membres du Comité du pilotage et sont au courant de l’avancement de cette politique… Par ailleurs, la déclaration solennelle de la part du chef du gouvernement vient nous donner un coup de pouce pour avancer sur notre projet, ce qui va nous aider à mettre en place tous les moyens nécessaires pour appliquer cette politique au niveau des différents ministères… et de créer par la suite un organe directeur au niveau de la présidence du gouvernement qui va piloter tout cela car la santé n’est pas uniquement l’affaire du ministère de la Santé… Il y a un grand travail à faire en amont et qui dépend des autres ministères», souligne-t-elle.
Pour conclure, Mme Gzara a affirmé que la Conférence nationale du 27 juin 2019 validera la stratégie de santé à l’horizon 2030. «Notre volonté est d’initier un dialogue sociétal authentique, transparent et efficace pour assurer la rénovation et la relance du secteur de la santé en Tunisie… Cette déclaration solennelle du gouvernement va mener à l’élaboration de nouvelles lois favorisant la refonte du système de santé et le développement des plans stratégiques, un exemple de démocratie sanitaire qui peut inspirer les autres pays».

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