Pendant ces dernières années, la pression migratoire, qui touche des secteurs vitaux comme l’éducation, la santé, le numérique…, a augmenté en Tunisie et dans plusieurs autres pays arabes et devrait s’intensifier encore à cause d’une conjoncture économique morose et difficile où les jeunes diplômés peinent à trouver un emploi. 

Selon la dernière enquête réalisée dans la plupart des pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena) par Arab Barometer, un réseau de recherche non partisan qui donne un aperçu des attitudes et des valeurs sociales, politiques et économiques des citoyens ordinaires à travers le monde arabe, près de la moitié des Tunisiens envisagent d’émigrer.

La Jordanie et le Soudan viennent en tête de liste avec respectivement 48  et 46%, puis la Tunisie en troisième position avec 45%, suivie du Liban (38%), l’Irak (35%), le Maroc (34%), la Palestine (25%), La Libye (20%), la Mauritanie (18%) et l’Égypte (13%). Les raisons les plus couramment citées sont de nature économique et sociale, étant donné que la région Mena a été confrontée à une série de crises socioéconomiques et politiques, marquée par une augmentation spectaculaire des taux de chômage en raison de la pandémie de Covid-19. Viennent ensuite les problèmes de sécurité, les opportunités d’éducation, la corruption et les causes politiques. Notons que, selon les chiffres publiés, le taux de chômage moyen des jeunes dans la région Mena a atteint le chiffre stupéfiant de 28 %, alors que dans des pays comme la Tunisie ou la Jordanie, il a atteint des taux alarmants de 35 % et plus de 40 % respectivement.

65% des jeunes Tunisiens envisagent d’émigrer

En ce qui concerne les catégories de personnes qui envisagent d’émigrer, l’enquête révèle clairement que les jeunes de la région Mena sont plus intéressés par l’émigration que les personnes âgées. Dans tous les pays cités dans cette enquête, ce sont les jeunes âgés entre 18 et 29 ans qui ont exprimé leur grande volonté et leur fort désir d’émigrer, avec une marge d’au moins de 6% de plus par rapport à la catégorie d’âge de 30 ans et plus. En Tunisie et en Jordanie, par exemple, environ les deux tiers de jeunes (65  et 63% respectivement) envisagent d’émigrer.

Notons que ceux qui ont une formation universitaire ou un diplôme d’enseignement supérieur sont d’ailleurs les plus susceptibles d’envisager d’émigrer, ce qui présente un problème sérieux de fuite des cerveaux dans la région, ajoute l’enquête. Parmi les diplômés du supérieur, plus de la moitié au Soudan (soit 60 %), en Jordanie (soit 56 %) et en Tunisie (soit 56 %) envisagent de quitter leur pays. Des taux qui restent élevés et inquiétants par rapport à ceux qui ont un faible niveau d’éducation (respectivement 34, 43  et 42%).

S’agissant des pays les plus convoités, l’Amérique du Nord est la destination la plus préférée pour ceux qui souhaitent émigrer de la région Mena, suivie de l’Europe et les pays du Golfe. Mais les proportions diffèrent d’un pays à l’autre. Alors que 34% des Jordaniens et 33% des Mauritaniens préfèrent l’Amérique du Nord, seulement 4% des Tunisiens et 8% des Egyptiens s’intéressent à l’émigration vers cette partie du monde.

Par contre, 3 sur 10 Tunisiens (soit 32%) préfèrent émigrer en France, qui reste la première destination de la région de l’Afrique du Nord. Idem pour la Mauritanie (30%), le Liban (26%) et le Maroc (20%). Notons aussi que pendant ces dernières années, l’Allemagne est devenue l’un des pays préférés pour l’émigration des jeunes, surtout ceux qui recherchent de nouvelles opportunités d’emploi et d’éducation pour améliorer leur niveau de vie d’une manière générale. Viennent ensuite l’Italie et le Canada avec une moyenne de 12%. Pour les pays du Golfe, 3% seulement des Tunisiens ont choisi l’Arabie saoudite contre 2% pour les Emirats arabes unis.

Charger plus d'articles
Charger plus par Meriem KHDIMALLAH
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire