Le Japon entend fortement soutenir un développement mené par les Africains eux-mêmes, lit-on sur le site du ministère des Affaires étrangères. Un soutien qui vient comme une réponse à la concurrence américaine, européenne et chinoise sur le continent.

Le pays du Soleil levant espère instaurer un vrai partenariat avec l’Afrique pour un développement mené par les Africains, lors de son sommet triennal avec le continent à Tunis. Un partenariat qui doit concurrencer la forte présence des Chinois dans la région.

D’abord, la présence américaine sur le continent africain ne date pas d’aujourd’hui. L’administration Biden a publié un document «Stratégie américaine envers l’Afrique subsaharienne» redéfinissant l’approche des Etats-Unis dans la région, en favorisant les sociétés ouvertes et démocratiques, la sécurité, le développement économique et la transition énergétique. Le texte cible en particulier les influences jugées néfastes de Moscou et Pékin. Un sommet américano-africain est prévu le 13 décembre à Washington.

L’Afrique est le continent de toutes les attentions. Cette nouvelle stratégie reconnaît au passage l’importance démographique croissante de l’Afrique, son poids à l’ONU, tout comme ses immenses ressources naturelles et opportunités.

Une voie à sens unique

«Les Etats-Unis ont tout intérêt à s’assurer que la région reste ouverte et accessible à tous, et que les gouvernements et les populations peuvent faire leurs propres choix politiques (…). Des sociétés ouvertes sont généralement plus enclines à travailler de concert avec les Etats-Unis, attirent plus de commerce et d’investissement américain (…), et contrent les activités nuisibles de la République populaire de Chine, de la Russie et d’autres acteurs étrangers», souligne le nouveau document d’orientation divulgué récemment.

Pour ce qui est des relations entre la Chine et l’Afrique, elles ne sont pas récentes. En 2000, la Chine n’était la première source d’importation que de quelques pays africains : le Soudan, la Gambie, le Bénin et Djibouti. À cette époque, la France occupait encore une position privilégiée sur le continent, en particulier dans les pays francophones et au Maghreb. Mais, vingt ans plus tard, la superpuissance asiatique s’est imposée comme le premier fournisseur de marchandises de plus de 30 nations africaines. Dans le même temps, face à la concurrence chinoise, les parts de marché à l’exportation de la France sur le continent n’ont cessé de diminuer, passant de 11 % en moyenne en 2000 à moins de 6 % en 2017.

Au-delà d’une simple relation commerciale

Selon plusieurs sources, les liens entre la Chine et l’Afrique se sont intensifiés de manière considérable au cours des deux dernières décennies. Ainsi, la valeur des exportations chinoises vers les pays africains a bondi de 5 milliards de dollars en 2000 à plus de 110 milliards de nos jours. La jeune population d’Afrique, encouragée par le développement du marché de la consommation sur le continent, a stimulé l’exportation des marchandises chinoises. Mais il ne s’agit pas que d’une voie à sens unique. Les exportations africaines vers la Chine ont également augmenté, mais à un rythme plus lent. En 2019, la valeur totale des exportations vers la Chine a atteint près de 80 milliards de dollars. La demande chinoise croissante en matières premières a trouvé un fournisseur solide en Afrique, avec des exportations évaluées à environ 17,5 milliards de dollars en 2019.

Bien au-delà d’une simple relation commerciale, la Chine est également depuis plusieurs années le premier investisseur étranger en Afrique. Le géant asiatique a été à l’origine de 25 % des financements d’infrastructures sur le continent en 2018.

Le continent de toutes les convoitises

Les Japonais ne sont pas les seuls à lorgner le continent africain. Ces quinze dernières années, le commerce entre l’Inde et l’Afrique a explosé, faisant de New Delhi le quatrième partenaire commercial de l’Afrique. Un changement de stratégie menant vers une plus grande ouverture a permis cet essor.

Car traditionnellement, les investissements indiens étaient limités à l’Afrique anglophone, notamment par la présence, importante, de membres de la diaspora indienne sur place.

Depuis quelques années, les Indiens ont aussi décidé d’accroître leur influence dans la zone africaine francophone. La méfiance grandissante envers Pékin et l’essor de nouveaux acteurs qui proposent des solutions alternatives pourraient donc amener, à terme, le Japon, mais aussi l’Inde, à s’imposer comme de sérieux concurrents face à la Chine sur le continent africain, nouvel eldorado pour l’Asie.

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