Les rumeurs signalées dans ces mêmes colonnes à propos du report des élections législatives et la présidentielle, prévues en octobre et novembre prochains, se précisent, si bien que des personnalités politiques et publiques se relayent sur l’espace médiatique, qui pour l’affirmer, qui pour le condamner. Il n’échappe à aucun observateur assidu de la scène politique  que les tentatives de report des élections à une date ultérieure se sont multipliées et diversifiées depuis plusieurs mois déjà. Au départ, les responsables désignés étaient les petits partis politiques qui risquaient de disparaître de l’échiquier en raison de la propension de la nouvelle formation politique supposée être celle du chef du gouvernement et qui devint Tahya Tounès, tous deux en tête des sondages d’opinion pendant de nombreux mois. Puis, vint la cabale contre les amendements de la loi électorale proposés par le gouvernement et qui, entre autres nouveautés, portaient (initialement) le seuil électoral à 5%. Ce que les opposants ont traduit, encore, comme une exclusion des petites formations et, par conséquent, un appauvrissement du parlement en termes de représentativité des couleurs politiques. A présent, depuis quelques jours, de déclaration en déclaration, l’éventualité semble se préciser et le report aurait même été fixé au mois de mai 2020. Ce qui suppose que les autorités et les instances officielles concernées se sont réunies, ont discuté et ont convenu  de cette nouvelle échéance. Sans que l’électeur ne soit prévenu.

Si ce n’est pas une nouvelle tentative de manipulation de l’opinion, ce type d’information,  lâché à travers les médias, n’est pas sans conséquence sur le climat politique général dans lequel les partis politiques et les électeurs se préparent aux futures élections, qu’elles soient en 2019 ou 2020. La nouvelle dose de flou et d’incertitude qui vient d’être inoculée au paysage politique ressemble davantage à une tentative de sape du processus démocratique. Car si la classe politique convient que l’intérêt du pays réside dans le report des élections, il convient également que le report soit annoncé officiellement et solennellement, sans entourloupette.

La raison en est que la Tunisie est entrée, depuis plusieurs mois, dans un tourbillon électoral qui grippe les rouages de l’Etat et qui, à travers les tempêtes polémiques, entache l’opération électorale de suspicions, accroît le désintérêt des électeurs et grossit les rangs des indécis. Le report des élections n’est pas sans danger sur le pays, il implique le prolongement de cette période de flou et la persistance sinon l’aggravation des facteurs de déstabilisation. Ce, au moment où tous les fronts politiques dénoncent une situation économique et sociale difficile et où les appels se font de plus en plus insistants pour redonner à l’économie la place qui lui revient désormais en tête des priorités nationales.

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Charger plus par Amel ZAIBI
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