L’organisation de ce festival n’est pas une mince entreprise et ne tient pas à la seule programmation des artistes et aux meilleures conditions de spectacle… Le défi lancé est bien plus important et touche sensiblement aux questions cruciales des politiques culturelles. Un festival n’est pas un simple événement éphémère, mais toute une stratégie et une locomotive pour le développement. La culture en est un fer de lance, les festivals une force d’impulsion.

Ça s’active du côté du Kef ! Et la volonté des forces vives de la région ne tarit pas. Les coups durs supportés pendant la crise sanitaire sont maintenant loin, malgré les séquelles et l’on remonte la pente à pas de géants. Avec cette même détermination, l’équipe du collectif de Siccavenria a tout de même réussi une belle édition de Siccajazz en mars dernier; en septembre aussi il y a eu le live factory, une sorte d’édition zéro des montagnes acoustiques dans une version numérique… une expérience très vite devenue virale et qui, certainement, a contribué à mettre en place la première édition des montagnes acoustiques qui aura lieu les 22, 23 et 24 septembre au pied de la table de Jugurtha.

Durant 3 jours, les projecteurs seront braqués sur cette région longtemps oubliée et qui redevient l’épicentre d’une belle agitation autour d’un événement musical, mais pas que cela. Des artistes tunisiens et internationaux seront là pour donner un coup de pied dans la fourmilière et tout l’écosystème suivra.

La première édition des montagnes acoustiques durera trois jours. Un choix tributaire des facteurs climatiques propres à la montagne de Kaalet Snane, plutôt propice pendant cette période de l’année, ciblant jeunes, adultes et familles pour un nombre estimé à 1.500 festivaliers par soirée.

Imed Alibi et Khalil Hentati

Plusieurs performances de musique électronique d’artistes tunisiens et étrangers de grande renommée se dérouleront chaque jour entre 12h00 et 19h00. Leur notoriété contribuera ainsi à la promotion du site historique —la table de Jugurtha— et attirera un grand public local régional et international avisé et amateur de ce style musical, ce qui, inévitablement, propulsera l’économie locale et l’impact sur la région.

L’organisation de ce festival n’est pas une mince entreprise et ne tient pas à la seule programmation des artistes et aux meilleures conditions de spectacle… Le défi lancé est bien plus important et touche sensiblement aux questions cruciales des politiques culturelles. Un festival n’est pas un simple événement éphémère, mais toute une stratégie et une locomotive pour le développement. La culture en est un fer de lance, les festivals une force d’impulsion.

Comment rendre la région attractive aux festivaliers ? Comment mettre en avant le potentiel exceptionnel qu’elle a ? Comment attirer le public vers une région dépourvue d’infrastructures hôtelières ? Comment rassurer les gens et titiller leur curiosité ?

Il fallait être inventif, créatif et trouver des alternatives. A tous les niveaux : hébergement, transport et restauration.

Les solutions sont là ; pour la difficulté du lieu et son inaccessibilité et pour assurer la sécurité des festivaliers, il ne sera possible de se rendre sur le site des performances qu’en bus fourni par le festival. A cet effet, un parking gardé au centre-ville de Kalaat Senane sera mis à la disposition des festivaliers et le festival prendra en charge le transport au site (10 km). Un centre médical équipé sera également installé sous la tutelle de la Protection civile et de médecins bénévoles. Et toujours cherchant l’originalité, les organisateurs, dans le cadre d’un partenariat avec la Sncft, dépoussièrent le train présidentiel de Bourguiba qui assurera le transport de Tunis à Kalaâ El Khasba aller-retour pour la journée du 24 septembre.   Pour l’hébergement, le repérage est fait par les organisateurs, qui n’ont pas omis de mettre à la disposition des intéressés une liste d’hôtels, maisons d’hôtes, gîtes ruraux, chez l’habitant, en plus d’un camping sur site.

Les montagnes acoustiques ne se limitent pas aux soirées musicales et la table de Jugurtha sera une scène et un atelier ouvert à de nombreuses autres expressions artistiques, telles que les arts plastiques. Ainsi, des installations, des graffitis et des calligraphies seront mis en œuvre par l’artiste Hosni Hertelli “Shoof”. Des fresques et tableaux seront produits et exposés au public tout au long du festival.

Le Live factory se poursuit aussi. Il consiste à programmer des performances musicales combinant la musique électronique et les sons les plus enracinés de la région, exprimés par la musique et les chants de montagne. Inéluctablement, les performances artistiques, au lieu de s’imposer, épouseraient la montagne en provoquant une fusion entre la musique électronique et les cachets sonores locaux . Ainsi, la manifestation sera un espace artistique cosmique trouvant ses sources dans les chants de montagne. Pour cette expérience inédite, la direction de l’événement alloue un espace conséquent pour les Résidences Artistiques — un espace de rencontre favorisant le tissage de nombreuses expériences musicales, qui seront propices à un enracinement du patrimoine culturel et musical de la région. La ville de Djerissa et ses anciennes mines seront dédiées comme espaces de répétitions, résidences et studio d’enregistrement. A la fin de chaque résidence, le public de Djerissa sera au rendez-vous avec les artistes en avant-première.

Autour des soirées musicales, toute une vie et des activités gravitent avec des pavillons en marge du festival. Un village mobile sera mis en place avec différents espaces :  un pavillon d’expositions d’artisanat et de produits forestiers et du terroir,  un espace commercial  de restauration et fooding,  des sanitaires de base, la Protection civile et l’équipe médicale, les forces de sécurité nationale, un espace pour les campeurs, aménagé pour les visiteurs souhaitant séjourner dans leurs propres tentes et un espace pour les campeurs en 4X4.

Les montagnes acoustiques sont un des projets parmi tant d’autres lancés et développés par la Société Siccaveneria d’exploitation et d’investissement touristique et culturel, l’Association Culture et Développement et le projet “Siccaveneria” complètent la vision mise en place depuis des années.

«Afin de soutenir la région du Kef et participer à son essor, nous avons créé trois structures : l’Association cultures et développements qui travaille sur la décentralisation culturelle et les industries créatives, la Société Siccaveneria d’exploitation et d’investissement touristique et culturel “Siccainvest” et le projet “Siccaveneria” qui est une agence de communication et de promotion de la région du Kef», précise Ramzi Jebabli, le directeur et fondateur de ces structures.

«Ces structures œuvrent pour faire de cette région une destination pour les investissements locaux, nationaux, internationaux et une destination pour le tourisme intérieur et extérieur, en organisant des séminaires, des manifestations culturelles, touristiques et sportives, tous axés sur la mise en valeur du patrimoine historique, culturel et naturel de la région. Incontestablement, la région du Kef regorge d’un patrimoine naturel, forestier et historique très important, à l’instar de la table de Jugurtha, récemment inscrite sur la liste préliminaire du patrimoine mondial. L’idée d’organiser un événement musical contribuera, certes, au rayonnement touristique et culturel de la région et à l’impact économique local», poursuit-il.

Le style musical, proposé dans le cadre de la manifestation “Les Montagnes Acoustiques”, touche non seulement le public de la musique électronique très large tant au niveau local qu’au niveau international, mais aussi, et dans une démarche de décentralisation culturelle, il est capital de veiller à son ascension dans la région du Nord-Ouest.

Au beau milieu d’un lieu insolite, s’imprégnant des voix des hauteurs et s’inspirant des vents des montagnes, Siccaveneria lance son festival de musique électronique.

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