Antithèse de ses prédécesseurs, elle procédera à un changement de style radical au ministère des Affaires culturelles, aime jouer ses partitions plus discrètement sans, toutefois, être en retrait des lignes de feu.


La Tunisie s’est donné un devoir républicain fondamental : assurer un accès égal de tous ses citoyens à la culture. La ministre des Affaires culturelles, Dr Hayet Ketat- Guermazi, s’est attelée à cette tâche et bien d’autres pour assurer la mission qui lui incombe. Depuis, elle fait l’objet de plusieurs attaques en coupe réglée car elle essaye tout simplement de redéfinir la relation d’engagement réciproque et de responsabilité entre l’État et ses partenaires culturels, et aussi de donner un contenu à la défense du pluralisme culturel. Car quand on apprend que le chiffre d’affaires culturel en Tunisie est de l’ordre de 1,5 milliard TND, ce qui représente 0,7% du PIB, mais que le tiers de ce CA est réalisé dans l’informel, il faut bien agir pour redonner au secteur son lustre. Pour y parvenir, une lutte pour instaurer les règles de la transparence et la bonne gouvernance a été engagée.

D’où ces interminables changements de responsables à la tête de plusieurs départements. C’est dans ce climat électrique que Dr Hayet KetatGuermazi a essayé d’aller à l’attaque du mal de face en provoquant de nouvelles synergies à même de rallumer les moteurs d’une culture en panne et de faire rebomber le torse à un secteur que les investisseurs fuient comme le diable l’eau bénite. Pour parvenir à ses objectifs, elle a puisé dans son mental d’universitaire et son aisance avec les médias pour proposer les réformes les plus audacieuses et tenter des mesures jugées impopulaires. Antithèse de ses prédécesseurs, elle procédera à un changement de style radical au ministère des Affaires culturelles, aime jouer ses partitions plus discrètement sans, toutefois, être en retrait des lignes de feu.

En effet, malgré le caractère ingrat d’un portefeuille ministériel qui fait grincer des dents des plus petits imprésarios aux plus grandes vedettes… ses propos de ministre sont aimables, délicats, mesurés, sans sacrifices ni affection. Le sourire ne quitte ses lèvres que pour reparaître plus franc, plus fin et plus séduisant. Car, même si avec elle le ton a changé et est devenu plus policé, les discussions qu’elle mène n’en seront pas moins difficiles et que l’emploi des phrases chocs figure forcément à l’ordre du jour. Il n’empêche, son pragmatisme et son habileté à trouver, à attirer et à utiliser les compétences, sa bonne maîtrise des dossiers et son aptitude à contrôler l’évolution de ses projets, forment quelques-uns des atouts qui forcent l’estime. On la côtoyant de près, on découvre un secret latent de la personnalité de cette femme dont la volonté est constamment tendue vers l’action et la création.

Elle a ainsi souhaité abattre de nombreuses barrières, quand d’autres aujourd’hui veulent élever de nouvelles frontières, en donnant place aux cultures émergentes, comme les musiques et danses urbaines et de répondre à cet objectif de repérage de nouveaux courants esthétiques, de nouveaux artistes et aussi de nouveaux modes d’être dans la société. Elle ouvre aussi les espaces et les rencontres possibles avec la diversité. Chose qui déplaît aux caciques. Sa vision ?

Elle s’adresse principalement aux acteurs et opérateurs culturels publics et privés en vue d’instaurer de nouveaux modes de gouvernance, indispensables au renforcement du secteur et à sa réforme. Ella a pour objectif d’identifier les recoupements, les enjeux communs et de mettre en perspective les possibilités de collaboration entre les différents projets identifiés par le ministère des Affaires culturelles comme prioritaires et structurants. Ces projets, qui sont portés par des EPNAs et de différentes directions du MAC, mobilisent des dizaines d’experts tunisiens et étrangers. En effet, le ministère des Affaires culturelles marque un tournant historique pour ses politiques culturelles publiques qui s’inscrivent dans une politique de réforme du ministère où les projets sont implémentés dans une dynamique qui reflète une volonté de changement. L’objectif étant de trouver les connexions entre les différentes missions, de partager les compétences et les savoirs et de faire un échange de connaissances.

A cet effet, une vision de long terme est élaborée, dotée d’un plan de suivi et d’une évaluation permanente des indicateurs à moyen et long termes pour s’assurer que l’impact du travail mené aboutisse aux objectifs escomptés. Ainsi, plusieurs institutions sont bénéficiaires de ces réformes à l’instar du Centre national du cinéma et de l’image, du Musée d’art moderne et contemporain, de l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle, de la Bibliothèque nationale, du Centre des musiques arabes et méditerranéennes et le Théâtre de l’Opéra de Tunis, etc.

Les actions portent sur la digitalisation, l’élaboration de plusieurs stratégies, la valorisation du patrimoine et des musées. Il s’agit entre autres de la numérisation du Guichet Unique du Centre national du cinéma et de l’image (Cnci), de la réalisation d’une plateforme digitale de gestion des subventions publiques attribuées par le MAC, du développement d’une plateforme digitale pour le réseau des bibliothèques publiques, de la mise en service du chèque culturel, de l’ouverture du Musée d’art moderne et contemporain, d’effectuer un diagnostic et d’élaborer une stratégie d’action pour les festivals au profit de l’Etablissement national pour la promotion des festivals et des manifestations culturelles et artistiques (Enpfmca).

Il est également question de réaliser une stratégie de communication pour le patrimoine au profit de l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (Amvppc), de la mise en place du projet du Musée du patrimoine écrit initié par la Bibliothèque nationale (BNT), du lancement d’une plateforme digitale pour la gestion de la collection nationale d’arts plastiques ainsi que d’une plateforme de diffusion et de valorisation de musique traditionnelle pour le Centre des musiques arabes et méditerranéennes (Cmam). Il est à noter qu’un plan stratégique pour le Théâtre de l’Opéra de Tunis et un autre pour l’établissement d’une Feuille de route pour développer les industries culturelles et créatives en Tunisie sont en cours.

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