Avant-hier, l’Institut français de Tunisie a organisé un débat avec l’historien Pascal Blanchard et le spécialiste d’histoire coloniale et post-coloniale française Nicolas Bancel, les deux auteurs de l’ouvrage colossal collectif «Sexe, Race et colonies».
Malgré qu’il ait été publié en 2018, ce livre ne cesse de créer une polémique vu son fond riche en illustrations anecdotiques. Il contient 1200 images, entre peintures et photographies, que certains ont qualifiées de choquantes et d’autres de troublantes.
Mais selon les écrivains, leur but a été atteint car ces dernières ont été minutieusement choisies pour créer un impact provocant.
Ces photos abondantes, d’une part agressives et d’une autre brutales, ont figuré le rapport  à la fois hiérarchique et hégémonique entre colons et colonisés. Leur omniprésence a été volontairement imposée afin d’engendrer un effet sur le lecteur.
Les textes, ainsi, scandalisent les excès commis par les colonisateurs européens du XVe siècle, arrivant à aujourd’hui, pour, in fine, dévoiler les actes inhumains qui exposent la nudité qu’on ne pouvait guère montrer pour une femme blanche, mais  qui était pourtant exhibée au grand public et partout, dans les magazines populaires par exemple quand il était question d’une femme de couleur.
Une critique acerbe s’impose aussi quand il s’agit de la maltraitance du corps non seulement féminin mais aussi masculin. Blanchard, lui, noue la possession des terres à celle des corps,  quand il affirme que l’impérialisme avait des conséquences majeures sur les colons métropoles ainsi que les colonisés occidentaux et que les photographies ne sont rien d’autre qu’un «safari sexuel». L’historien met la lumière sur les femmes noires  opprimées sexuellement et visuellement non seulement autrefois, lorsque leurs corps étaient expédiés, mais aujourd’hui encore.
Bancel révèle qu’à présent, les fantasmes coloniaux, hérités de l’époque esclavagiste, continuent de s’exercer dans les images les plus innocentes. Entre mode, publicités, rap, cinéma et littérature érotique: les femmes «indigènes» demeurent chosifiées, voire considérées comme des trophées de chasse dans un pays où tous les verrous moraux se brisent, un pays où tout est permis. Les présents ont eu l’opportunité de poser leurs questions qui étaient accompagnées d’idées plus ou moins divergentes. Cette différence d’avis a rapporté une effervescence au débat dans lequel les deux auteurs se sont trouvés face à un public hétéroclite de plusieurs nationalités.
«Sexe, Race et colonies» est  dorénavant le porte-parole des victimes oubliées et la voix des sans-voix, il traite un sujet tabou qui incite à la réflexion afin de «déconstruire un imaginaire colonial toujours présent».
Ghozlene Karmaoui

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