Les industriels laitiers demandent à l’unanimité un effort de la part du consommateur pour supporter une nouvelle augmentation du prix du litre de lait demi-écrémé local. Ne vaudrait-il pas mieux à ce dernier d’acheter du lait local à 1,7 D que du lait importé à 3,2D ? Une question dont la réponse semble évidente, mais est-ce que les instances gouvernementales l’entendront-elles de cette oreille ?

Les industriels du lait sont désormais affectés dans leur activité de production et de traitement du lait, tout comme les éleveurs et collecteurs de lait venus montrer leur désarroi au cours d’une conférence-débat qui s’est déroulée, hier matin, et organisée par la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect). Cette conférence-débat a porté sur la filière laitière sur le thème : «Quelle sratégie pour une croissance durable ? ».

L’évènement a eu pour objectif de débattre des difficultés rencontrées par les acteurs de la filière lait et de développer une vision stratégique afin de pérenniser ce secteur important pour l’économie tunisienne.

La filière laitière passe par une crise sans précédent en Tunisie, au point que Tarek Cherif, président de la Conect, rappelle l’impérieuse nécessité de sauver la filière laitière, notamment en traçant de nouvelles perspectives, avant de céder la parole aux experts du lait pour présenter leurs communications et leurs analyses techniques.

Une augmentation de 400 millimes exigée

Parmi eux, Ali Klebi, membre du bureau exécutif national de la Conect et président du conseil d’administration de Vitalait Tunisie. Il dresse un tableau alarmiste de la situation et décrit le nœud du problème actuel : « Suite à la crise que traverse le monde entier, à cause du Covid-19 et de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, les prix des intrants et des aliments de bétail ont évolué de manière considérable. Ce qui fait que les petits éleveurs, pour la plupart, constatent que leurs coûts de production ont grimpé et se retrouvent dans une situation de déficit et travaillent à perte ».

Cela avant de rappeler que la distribution de lait sur le circuit a baissé de 12% en Tunisie au cours des quatre derniers mois. Une baisse significative de l’offre estimée entre 200 000 et 300 000 litres par jour et qui provoque donc la pénurie…

Les éleveurs ont tendance à se débarrasser de leur cheptel bovin pour commercialiser de la viande ou de le transférer hors des frontières. « Il faut réviser le prix à la production de manière urgente afin de redonner confiance aux éleveurs et retrouver petit à petit l’équilibre au niveau de cette filière et éviter le scénario catastrophe ».

L’autre solution qui consiste à importer du lait ne doit pas être envisagée parce qu’aujourd’hui le lait est à un euro le litre, d’après Klebi, soit l’équivalent de 3,2 à 3,5 dinars, alors que les industriels demandent une augmentation du prix à la consommation de 400 ou 500 millimes le litre. Sinon la Tunisie sera contrainte d’importer du lait à plus de deux fois son prix actuel de 1,350 D le litre.

Au cours de la conférence-débat, les travaux de discussion ont porté sur cinq panels dont :

Le Panel 1 sur le secteur laitier : « État des lieux d’un secteur porteur », a été présenté par M. Tarak Chérif.

Le Panel 2 sur les solutions proposées pour le développement et la pérennité de la filière, présenté par M. Kamel Rjaïbi, DG du Groupement interprofessionnel des viandes rouges et du lait – Givlait, chiffres à l’appui. Il a présenté les principales décisions stratégiques prises durant les deux dernières décennies de 1999 à 2019. M. Béchir Mestiri, président du Groupement professionnel de l’agriculture de la Conect, sur les possibilités de croissance avec le lait concentré et sa fabrication à partir d’ingrédients, comme l’orge, le maïs et le soja, et d’autres intervenants ont complété les débats et présenté leurs exposés à l’assistance. La modération a été assurée par Aslan Berjeb, membre du bureau exécutif national de la Conect. Les industriels laitiers demandent à l’unanimité un effort de la part du consommateur pour supporter une nouvelle augmentation du prix du litre de lait demi-écrémé local. Ne vaudrait-il pas mieux à ce dernier d’acheter du lait local à 1,7 D que du lait importé à 3,2 D ? Une question dont la réponse semble évidente, mais est-ce que les instances gouvernementales, comme le ministère des Finances, l’entendront-elles de cette oreille ?

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