Un faux-semblant d’institution d’enseignement et de socialisation. Une déchéance à bien des égards. Quitte à devenir un milieu scolaire insécurisé, où prolifèrent tous les comportements à risque, en l’occurrence l’absentéisme, les différentes formes de violence, la consommation des stupéfiants …

On n’a jamais imaginé ou réalisé que l’école publique, jadis reconnue pour être un véritable ascenseur social, aurait pu, un jour, niveler ainsi par le bas. Pis encore, elle avance à reculons ! Au cours de ces deux dernières décennies, l’école tunisienne, si déclassée soit-elle, n’est plus ce qu’elle était, à son apogée. Aujourd’hui, sa dégringolade n’est plus à démontrer. Le constat est bien là, mais on n’en est pas assez conscient. Et encore moins habilité à mieux assimiler les conséquences d’un tel échec cuisant.

L’école du bon vieux temps

Comment doit-on agir pour franchir ce cap ? Que doit-on faire pour remettre les pendules à l’heure ? L’école court à sa perte. Qu’attend le ministère de tutelle pour prendre les choses en main, à même de passer à l’action? Il est appelé à revoir tout et penser à l’école de demain. A quoi aspirent parents et enseignants, d’autant plus que l’essor des nations se mesure, entre autres, par leur niveau d’apprentissage et d’éducation. Toutefois, cet appel ne date pas d’hier, alors que la situation perdure dans le temps. Silence radio ! Et c’est dangereux, du fait que l’Etat, lui-même, semble souvent aux abonnés absents ! Il n’a pas été en mesure de rectifier le tir pour remettre en état l’école de Bourguiba. Celle qu’on avait connue si bien accueillante et compétente. Celle qu’on a toujours qualifiée de gratuite, obligatoire, mais aussi inclusive. Et c’était elle qui a dû nous libérer, sortir tout un pays du carcan de l’ignorance et de l’illettrisme et nous favoriser les conditions du savoir et de l’excellence. Bref, c’est l’école d’antan qui fonda l’Etat d’aujourd’hui. Ce dernier lui doit prestige et souveraineté.

Réforme éducative, une urgence !

Pourquoi en est-on arrivé là ? A défaut de continuité et de bonne volonté, un tel prestigieux temple du savoir et de formation a perdu son éclat. Sans moyens ni politique de modernisation, l’école publique, dites-vous, n’a pas su résister aux aléas des mutations. Son système éducatif, qu’elle a usé et qu’elle continue de produire n’est, en fait, qu’une fabrique de chômeurs, ne mène guère au marché de l’emploi. Elle s’est trouvée, in fine, à la croisée des chemins, encore loin d’épouser son temps, et plus souvent mise à l’écart de toute œuvre de modernisation. Rien n’est fait jusque-là ! Et c’est dangereux ! Lorsque cela impacte, d’une manière ou d’une autre, l’avenir proche de nos enfants et pourrait compromettre le destin de toute une génération, une réforme éducative demeure, alors, plus que nécessaire. Ce chantier si chaud et tant attendu ne devrait plus tarder. Sa réalisation n’est pas uniquement du ressort du ministère, elle doit se faire en toute concertation avec tous les acteurs intervenants. Syndicats, corps enseignant, experts en éducation, société civile, élèves et parents à part entière.

Revendications syndicalistes l’emportent !

Autant dire, un vrai franc débat de société, pure et simple. Cela refait surface, à chaque nouvelle rentrée scolaire. D’ailleurs, c’est pour la énième fois qu’une réforme éducative au niveau du fond et de la forme se pose en revendication sociétale. Une question toujours d’actualité, dont la réponse fut reléguée en arrière-plan. Pourtant, l’Etat est parfaitement conscient de ce que devient l’école tunisienne : à peine un héritage architectural marginalisé, avec des murs et des classes voués à l’abandon et d’autres toitures menaçant ruine. Un faux-semblant d’institution d’enseignement et de socialisation. Une déchéance à bien des égards. Quitte à devenir un milieu scolaire insécurisé, où prolifèrent tous les comportements à risque, en l’occurrence absentéisme, toute forme de violence, consommation de stupéfiants et d’autres tentatives criminelles. Dans ce climat empoisonné, l’éveil pédagogique souffre d’un état léthargique. Et l’enseignant censé donner l’exemple d’un bon tuteur s’est trouvé, à notre époque, au plus près de ses intérêts que ceux de ses écoliers. En effet, revendications syndicalistes l’emportent sur l’opération éducation. Au point que leur syndicat, si tellement mécontent, qu’il continue à menacer, à protester et à agir contre vents et marées. Hier, à La Kasbah, la fédération de l’enseignement de base avait observé une journée de colère. Cela fut, d’ailleurs, annoncé dans un récent communiqué.

L’école buissonnière, un cas de figure ! Selon des statistiques, plus de 100 mille élèves quittent chaque année les bancs de l’école. Cela fait des années que l’abandon scolaire est devenu un phénomène. Pour qui sonne le glas ? C’est un crime d’Etat ! Que feront les pauvres parents ? Rien. A moins qu’ils tentent de digérer la crise de leurs enfants. Et là, l’école privée se présente comme une alternative, en lieu et place de l’école publique. Malgré ses frais exorbitants, le secteur d’éducation privé semble avoir pris le dessus. Même si ses résultats ne sont pas assez probants. De plus, l’école privée n’est pas accessible à tous les ménages. Plus de 60 ans d’indépendance, s’inscrire à l’école tunisienne demeure un vrai dilemme : ou apprendre ou quitter !

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