L’agriculture a longtemps été la grande oubliée des négociations internationales sur le changement climatique. Le secteur est pourtant clé, à la fois en termes d’émissions de gaz à effet de serre, d’atténuation et d’adaptation.

A quelques jours de la tenue de la 27e conférence des parties à la Convention Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 27), qui aura lieu à Sharm El Sheikh-Egypte du 6 au 18 novembre 2022, tous les regards sont déjà tournés vers ce rendez-vous crucial pour le futur de notre planète, et, à cet égard, la Tunisie croit fermement que l’ambition et l’action sont les clés de réussite de cet évènement, et témoigne, une fois de plus, de son engagement pour une action climatique plus ambitieuse et d’un engagement reconfirmé pour les enjeux climatiques planétaires à travers une Contribution déterminée au niveau national (CDN) actualisée, et avec une stratégie nationale bas-carbone visant à atteindre la neutralité carbone en 2050.

Cet évènement d’envergure reflète, d’une édition à l’autre, l’engagement le plus prononcé de toute la communauté internationale pour une action renforcée, qui sera à la hauteur des menaces et défis actuels des changements climatiques.

Participation tunisienne

La Tunisie présentera, lors de COP 27, sa stratégie de neutralité carbone et de résilience au changement climatique à l’horizon 2050 dont l’élaboration a duré deux années.

Une délégation tunisienne participera à la COP27, regroupant des représentants de plusieurs ministères (Affaires étrangères, Environnement, Finances, Economie, Industrie, Agriculture, Santé, Tourisme, Enseignement supérieur …), outre des organisations nationales (Utica et Ugtt), de la société civile, des experts nationaux et internationaux, et des jeunes négociateurs. Cette délégation se déplacera à Sharm El-Sheikh (Egypte) pour contribuer à la prise de décision relative à l’exécution, le suivi et l’évaluation des conventions des Nations unies sur le changement climatique.

La Tunisie prévoit l’organisation de trois ateliers techniques. Le premier atelier se tiendra en partenariat avec le Pnud ayant pour thème: «La participation du secteur privé et le rôle de l’investissement privé dans la réalisation des politiques environnementales». Deux autres ateliers techniques sont prévus, dans le cadre de la COP 27, en partenariat avec l’Organisation internationale du travail (OIT), l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et l’Organisation islamique pour la sécurité alimentaire (Oisa). Ces évènements auront pour thème : «Le rôle des structures environnementales et les plans de travail pour renforcer l’ambition climatique» et «L’impact du changement climatique sur la sécurité alimentaire». Ces évènements constituent une occasion pour évaluer les besoins et les difficultés auxquelles fait face la Tunisie, notamment les impacts des changements climatiques et une opportunité pour tirer profit des expertises des autres pays dans ce secteur.

La Tunisie neutre en carbone et résiliente au changement climatique

La «Stratégie nationale bas carbone et résiliente au changement climatique» (SNBC-RCC) constitue la feuille de route du pays pour aboutir à un développement durable, à faibles émissions de GES et résilient au changement climatique. La Tunisie a opté pour l’élaboration d’une stratégie intégrant la composante transition bas-carbone, d’une part, et la résilience au changement climatique, d’autre part, en se fixant un horizon précis : 2050.

Pourquoi élaborer une SNBC-RCC ? L’élaboration d’une telle stratégie constitue une opportunité pour adopter un modèle de développement favorisant la croissance économique et le bien- être général de la population du pays dans un contexte imposant une réactivité forte aux risques climatiques.

En même temps, elle permettra au pays de respecter ses engagements pris à l’échelle internationale, notamment envers l’Accord de Paris (AP) qu’elle a ratifié en 2016. En effet, l’AP invite les parties à communiquer au secrétariat de la Convention cadre des nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc) sa stratégie nationale de développement à faible émission de carbone construite pour le milieu du siècle (2050). La Tunisie a également marqué sa volonté de mettre la résilience au Changement climatique au centre de ses priorités et a opté pour le développement d’une stratégie combinant transition bas-carbone et résilience au Changement climatique «Snbcrcc».

Adhésion à la coalition «NDC Partnership»

Le NDC Partnership (ou le Partenariat) est une coalition internationale de pays et d’institutions qui collaborent pour mener une action transformationnelle sur le climat par le biais du développement durable.

Cette coalition est ouverte aux pays et aux institutions internationales qui se sont engagés à mettre en œuvre de manière ambitieuse les Contributions déterminées au niveau national (CDN) dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat et des objectifs de développement durable à l’horizon 2030.

Pour rappel, le NDC Partnership a été lancé à l’occasion de la COP22 (organisée à Marrakech- Maroc en 2016) et compte désormais plus de 200 membres, dont des pays développés et en développement ainsi que des institutions internationales et des acteurs non gouvernementaux de premier plan. Il est régi par un Comité directeur actif qui représente les divers membres et son travail est facilité par une unité de soutien basée au «World Resources Institute» à Washington et au secrétariat de la Ccnucc à Bonn, en Allemagne.

Actuellement, le Partenariat travaille directement avec les gouvernements nationaux, les institutions internationales, la société civile, les chercheurs et le secteur privé pour accélérer les actions en matière de climat et de développement.

Les membres désignent des Points focaux nationaux qui assument la responsabilité de la coordination interne. Le Partenariat offre un accès à une gamme flexible de services orientés vers la mise en œuvre des CDN, à travers une assistance technique ciblée et le renforcement des capacités, des produits de connaissance pour combler les lacunes d’information  et un soutien financier accru.

Pour mobiliser davantage l’appui technique et financier nécessaire à la mise en œuvre des actions inscrites dans la CDN, la Tunisie a joint la coalition mondiale NDC Partnership en 2017. Le point focal du pays est représenté par les ministères de l’Environnement et des Finances. Le travail dans le cadre du Partenariat a commencé en 2018.

L’analyse de la situation nationale a mis en évidence l’intérêt de la Tunisie à se concentrer sur le renforcement des capacités nationales liées à l’adaptation, en particulier dans la planification, le suivi et l’examen de celle-ci. Dans le domaine de l’atténuation, les efforts seront axés sur le secteur de l’énergie, les autorités tunisiennes ayant décidé d’aller de l’avant avec un processus de transition énergétique basé sur un renforcement sans précédent de l’agenda de la maîtrise de l’énergie et de ses deux piliers qui sont l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Dans ce contexte, le ministère de l’Environnement a conduit, avec l’appui du Pnud, un large processus de concertation avec les différents acteurs clés qui a débouché, en juin 2019, sur une feuille de route qui permettrait d’accélérer la mise en œuvre de la CDN. Dans la continuité de ce processus, le ministère a ensuite lancé une mission pour élaborer un Plan de Partenariat (PP) selon le modèle de la NDC Partnership pour appuyer la mise en œuvre de la CDN en Tunisie. Ce plan a été élaboré sur la base de la feuille de route et des stratégies sectorielles et horizontales existantes, y compris la stratégie nationale sur le changement climatique, la stratégie d’efficacité énergétique, le Plan solaire tunisien et les stratégies d’adaptation d’un éventail de secteurs et de domaines (dont le littoral, l’agriculture, les ressources en eau, la santé et le tourisme).

Ainsi, la Tunisie a finalisé la troisième étape qui consiste à réaliser et à valider le Plan de Partenariat. Ce dernier reflète les priorités du pays en termes de besoins d’appui pour faciliter la mise en œuvre des actions de lutte contre les changements climatiques. Il intègre, également, les initiatives matures qui sont en cours de mise en œuvre et/ou planifiées en Tunisie.

Finalisé en 2021, ce plan sert d’outil pour mobiliser, optimiser et coordonner l’assistance technique et financière des partenaires au développement et permettra de faciliter les services d’appui de la NDC Partnership au niveau national, en fournissant un cadre clair qui permettra aux partenaires nationaux de travailler ensemble à la réalisation des objectifs communs.

Ainsi, le Plan de Partenariat se veut un document dynamique qui doit évoluer dans le temps pour refléter, d’une manière assez fidèle, les priorités du pays en termes de projets d’investissement mais aussi en termes de besoins d’appui technique et financier en vue de la mise en œuvre accélérée de la CDN et la réalisation des objectifs fixés.

L’agriculture et l’alimentation à l’agenda des négociations

La COP27 verra, pour la première fois dans l’histoire de la Conférence des parties sur le climat, l’avènement d’un pavillon sur les systèmes alimentaires. Il sera aussi question cette année de l’aboutissement du processus de Koronivia (action commune pour l’agriculture), qui doit potentiellement déboucher sur des engagements étatiques dans le secteur agricole. Des négociations depuis longtemps attendues pour un secteur à la fois victime et porteur de solutions face aux changements climatiques.

L’agriculture a longtemps été la grande oubliée des négociations internationales sur le changement climatique. Le secteur est pourtant clé, à la fois en termes d’émissions de gaz à effet de serre, d’atténuation et d’adaptation. Les questions agricoles ont finalement été considérées au travers de l’action conjointe de Koronivia. Tout l’enjeu aujourd’hui est de lui donner une suite pour que l’agriculture et l’alimentation ne soient plus ignorées dans le contexte actuel du dérèglement climatique.

Charger plus par Najoua Hizaoui
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