«La vérité n’est pas forcément dans la réalité, et la réalité n’est peut-être pas la seule vérité». Haruki Murakami

Un seul et premier regard porté sur une œuvre de Amira Lamti est suffisant au recul obligatoire, signifiant l’existence d’un univers pictural digne de visite.

Habillant les nouvelles cimaises de Yosr Ben Ammar Gallery, dans le cadre de la biennale d’Art Contemporain «Jaou Tunis», qui est dédiée cette année à la photographie, Borderless est la première exposition personnelle de l’artiste tunisienne Amira Lamti, grandie dans la captation par l’art de ce qui incarne la vie.  «… plongez dans l’eau et voyez si vous nagez ou si vous coulez», dit Haruki Murakami, grand romancier du temps présent, et dont la philosophie de l’écriture me rappelle particulièrement la démarche plastique de l’artiste photographe Amira, entretenant avec son art un réalisme tel que la préméditation en devienne presque insignifiante.

Amira Lamti ne transcrit pas son environnement proche de vie en clichés, elle donne plutôt à l’observer à travers ce qu’elle choisit de centrer, de retenir, de pâlir, de relever, de tronquer ou de retourner, parmi ce qu’elle cherche et ce qu’elle trouve, quotidiennement. Son projet dans l’art use, certes, d’une délicatesse reconnaissable en termes de tenue plastique, mais il continue de pousser, tel un arbre, dans l’esprit de son cultivateur. C’est pour ce genre de délectations, indéfiniment interprétatives, qu’elle s’amuse à découper ses réalités en rêves et qu’elle construit, par une démarche narrative d’une plasticienne contemporaine, un récit photographique libre.

L’artiste de Borderless insinue, par la variation de son objet d’intérêt, que l’unité n’est point affaire de vision nette sur un sujet d’envergure. Il s’agit plutôt de regards multiples, de réajustements, de relectures, de désistements et de sacrifices réalistes, dans une poétique propre, qui tend vers l’universalité essentielle à la consommation et à la résistance artistique contemporaine.

Asma Ghiloufi (plasticienne)

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