Entre la colère des enseignants alimentée par les syndicats et l’ire justifiée des parents d’élèves et de l’opinion publique, le bras de fer opposant le ministère de l’Education à la Fédération générale de l’enseignement de base (Fgeb) se poursuit.

Les mouvements de «désobéissance» de près de 20.000 enseignants soutenus par la Fédération générale de l’enseignement de base (Fgeb) entrent dans leur septième semaine. Et on ne voit pas, encore, le bout du tunnel. C’est, en effet, depuis la rentrée scolaire que plusieurs dizaines de milliers de nos écoliers sont privés de cours. Du jamais vu en Tunisie !

Que peuvent les familles ?

Les familles tunisiennes sont excédées et la société civile (prompte à réagir dans des situations moins graves) ne bouge pas ou trop peu. A l’exception de quelques positions molles et trop évasives, on ne constate aucune évolution de la situation. Les parents, eux, sont désorientés et craignent pour l’avenir de leur progéniture face aux menaces sans cesse répétées de la Fgeb de recourir à tous les moyens pour faire aboutir ses exigences. Lesquelles exigences sont impossibles à réaliser dans les termes où elles sont présentées par le syndicat et dans la conjoncture politique et économique actuelle.

Quand on passe devant les établissements scolaires, on rencontre des parents impuissants qui ne décolèrent pas et qui s’interrogent sur les intentions de ceux qui traitent ainsi leurs enfants. Ils n’hésitent pas à parler de « crime ». Chaque jour, un bon nombre de dames viennent et restent à discuter devant les écoles où leurs enfants ne peuvent plus étudier. Des cercles de discussion se forment, alors, pour débattre des possibilités de sortir de l’impasse. Mais que peuvent-elles faire devant l’incapacité des autorités à gérer la situation et devant l’entêtement des autres ?

Pourtant, lors de ces discussions qui prennent l’allure de vraies tables rondes, on propose des solutions. «S’ils bloquent les cours pourquoi n’irions-nous pas bloquer leurs activités dans leurs locaux ?» D’autres suggestions sont faites par les participant(e)s à ces débats de rue. «Nous disposons d’une arme. Il ne faut pas autoriser les retenues opérées sur nos salaires au profit de l’Ugtt». Et d’autres ajoutent: «Faisons des sit-in devant l’Ugtt…».

En somme, ces discussions semblent traduire le désarroi des uns et des autres face à une situation inextricable qui envenime le climat général et aggrave le quotidien des Tunisiens.

Pendant ce temps, la Fgeb continue de mener les actions de protestation programmées et projette même de les durcir au fil des prochains jours. Des «jours de colère» au niveau régional puis national sont au menu suivis de rassemblements et de sit-in devant les différents commissariats régionaux de l’éducation.

Le premier novembre connaîtra un rassemblement qui s’élancera de Bab Bnat (siège du ministère de l’Education) vers la Place de La Kasbah.

Mais il ne faut pas oublier les conséquences dramatiques que subissent les élèves (on parle de 120.000 à 400.000 élèves voire plus) qui n’ont pas droit à l’enseignement. Une bonne partie d’entre eux devait connaître son premier jour à l’école ! Dommage pour eux. Ils garderont, toute leur vie, ce cauchemar.

En tout cas, la Fgeb ne bronche pas et ne s’embarrasse pas des positions de certaines organisations et des parents de mettre fin à ce triste scénario. C’est devant cette levée de boucliers d’une partie de la société civile que les responsables syndicaux ont fait semblant de montrer leur «compréhension» des inquiétudes des parents d’élèves.

Augmenter la pression

Tout en maintenant leur dispositif de pression sur le ministère (suspension indéterminée des cours, boycott administratif et pas d’examen pour le deuxième trimestre), ils promettent qu’il n’y aura pas d’année blanche !

Qui va croire à ces promesses alors que nos enfants ont perdu un mois et demi ? Ces responsables promettent, aussi, que les cours seront remplacés. Comment ? Le commun des mortels sait que cela sera impossible tant matériellement que de manière pratique. Déjà, les élèves concernés ont perdu plus de 40 jours d’école à raison de six jours par semaine et plus de 180 à 200 heures de cours à raison de 30 à 35 heures/semaine, selon les emplois.

De telles promesses ne peuvent que partir en fumée. Mais aussi saugrenu que cela puisse paraître, on est dans la mesure d’affirmer qu’il n’y aura jamais d’accord «parfait» mettant définitivement un terme à cette très longue et interminable épreuve de force.

Déjà, justement, des revendications supplémentaires sont à l’ordre du jour. Même si on parvient à satisfaire toutes les demandes formulées actuellement par le syndicat, on ne manquera pas d’ouvrir d’autres rounds de tours de force. Les syndicats sont faits pour ça ! A preuve, on peut citer cette demande de réduction des heures de cours hebdomadaire qui devrait passer selon certains enseignants de 25 à 18 ! Qui dit mieux ?

D’ailleurs, les horizons pour aboutir à un accord sont sombres vu le durcissement des positions syndicales et la détermination des responsables de la Fgeb à «satisfaire la demande de ses adhérents».

Comme on l’a rappelé tout au long des articles publiés sur nos colonnes, les négociations ou les rencontres formelles entre la Fgeb et le ministère n’ont rien donné de positif et tant que les positions resteront ce qu’elles sont, aujourd’hui, il y a très, très peu de chance de trouver une solution.

Et tant que le rapport de force sera caractérisé par ce déséquilibre entre des syndicats superpuissants et des autorités gouvernementales sans aucune marge de manœuvre et sans soutien, ce sera aux familles tunisiennes et aux générations futures de payer les caprices des uns et des autres. Car, comment expliquer que des responsables syndicaux doués, apparemment, d’un esprit de discernement puissent s’aventurer ainsi dans de telles actions de déstabilisation de tout un pays sans en mesurer les graves conséquences ?

Pourquoi, justement, un tel nombre de mouvements en cette période ? Le secteur du transport est paralysé par des opérations de protestation d’une durée de 2 heures quotidiennement pendant la semaine en cours (de 4 heures à 6 heures du matin). Les usagers des métros et des bus sont ainsi pénalisés et les cours dans les universités, les établissements scolaires, les établissements de santé, le travail dans les entreprises économiques et administratives en subissent lourdement les retombées.

Dans les régions, ce sont les provocations nocturnes dans plusieurs quartiers avec les doutes que cela suppose concernant les mobiles. Les blocages des productions ou des lignes de chemin de fer ou encore les menaces sur les trafics (taxis, louages et trains de la Sncft…) se succèdent. Trop de mouvements en si peu de temps pour ne pas supposer qu’il y a quelque chose de louche derrière. Des milliards de nos millimes partent en fumée, chaque jour, à cause de ces actions.

Ceci sans parler de la situation sociale et économique, notamment le pouvoir d’achat des citoyens. Sur ce plan, les agents de ces parti(e)s font leur travail à merveille. Les prix de tous les produits sont en roue libre et les dérives sont monnaie courante. Les pénuries touchent tous les secteurs (pas de sucre, pas de lait, pas d’huile…).

S’il y a une chose à dire pour terminer, c’est que les moyens de l’opposition de certaines parties qui étaient au pouvoir disposent, encore, d’une force de frappe intacte.

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