Sur 4 jours, Nafta vit au rythme de son festival, «Rouhaniyet» qui souffle sa 6e bougie, attire et séduit. Un parcours intense est construit autour de multiples visites, entre concerts intimistes, d’autres plus populaires et des Maqam de saints protecteurs… Dans la ville des 100 coupoles, la musique résonne, la vie se régénère et l’on respire l’air d’une terre hors du temps.

En grande pompe, la 6e édition de «Rouhaniyet» a été ouverte mardi 1er novembre dans la Place centrale du souk de Nafta avec parades et étendards arborant des couleurs des 100 saints protecteurs de la ville et ses alentours. Et c’est avec l’incontournable spectacle «Ziara» de Sami Lajmi que le coup d’envoi a été donné devant un public nombreux et enthousiaste. Danses, rythmes frénétiques, percussions et couleurs flamboyantes animent ce spectacle intemporel et indémodable.

La deuxième journée du festival a commencé dans la matinée avec une conférence sur la poésie soufie et ses figures les plus marquantes du monde arabe, présenté par la professeure de littérature arabe ancienne, Samia Dridi. Dans sa présentation, la professeure a présenté une analyse à partir des caractéristiques et des différentes thématiques de la poésie préislamique, évoquant notamment la poésie de la flatterie de par sa valeur historique et son aspect rentable, puisque c’était une activité, ou une production poétique rémunérée. Elle en fait un parallèle avec la poésie soufie qui est aussi louanges et éloges du divin. La question de la poésie soufie comme éloge du divin, et voie que suit le soufi dans son cheminement progressif de l’abandon à la révélation, comment est-elle vécue, quels en sont les glissements et les dangers et quelle récompense les attendent, ou attendent-ils au bout du chemin. Pertinente et instructive fut cette conférence qui a suscité un large débat et un bel échange.

En soirée et dans la magnifique demeure Dar El Ouadi dans la Médina de Nafta, un public passionné et mélomane a répondu présent à la proposition de Mariem Azizi. Un concert intimiste choisi soigneusement par le festival «Rouhaniyet».

«Rouhaniyet» est un concept qui ne s’enferme pas dans les formes traditionnelles de chant et de musique soufis ou sacrés, il s’ouvre sur des propositions nouvelles et innovantes plus contemporaines dans leur démarche et leur approche.

Mariem Azizi entre voix et luth, explore des pistes nouvelles dans ce domaine et inscrit sa démarche dans une forme de spiritualité venue tout droit de sa relation avec l’instrument et son interprétation musicale qu’elle qualifie de l’ordre du sacré.

Une relation fusionnelle qu’elle entretient avec les sonorités qu’elle produit avec la complicité d’un partenaire Marwen Blue qui offre à l’ensemble un écrin électronique.

Ce projet d’électro-oud nous offre une virée entre l’instrument et la voix, du chant pour interpréter des textes anciens de Hallej et des poétesses andalouses revisités à sa manière.

Un work in progress qui se construit par strates, des pièces qui s’imbriquent pour aboutir à un ensemble compact, un air mystique qui traverse le temps et épouse parfaitement les lieux si chaleureux de Nafta, la mystique.

Après un méga concert avec la troupe syrienne des Maraachli, au théâtre de la ville, encore une belle communion entre le public et la troupe. L’ambiance était festive et le répertoire familier. Un travail de recherche sur le patrimoine oriental soufi, une scénographie soignée et des costumes étudiés. Les voix étaient sublimes et l’échange était parfait.

La soirée s’est poursuivie avec d’autres rencontres liturgiques dans la Zaouia de Sidi Bouali Essunni, transe et dépassements, danses curatives ont été les ingrédients d’un spectacle hors temps, un moment suspendu entre ciel et terre.

Le festival s’est poursuivi sur les deux jours qui ont suivi entre expérimentation, fusion et des ouvertures sur des voies de la création musicale. Des expériences diverses qui empruntent une démarche basée sur la recherche et l’innovation. Des pistes qui mènent à leur tour vers une spiritualité renouvelée donnant la main aux traditions, mais ouvrant le spectre sur une plus grande contemplation de l’univers.

«Rouhaniyet» 2022, c’est aussi de nouvelles perspectives avec des projets comme ceux de Abir Nasraoui ou de Jihed Khémiri, elle se veut aussi un lieu de réflexion, de méditation et de synergie.

Nafta, terre des 100 coupoles, terre d’asile et de paix, havre des différentes confréries, sous un ciel étoilé et une palmeraie à perte de vue, les voix des Monshidynes s’élèvent avec des louanges, de rythmes qui ébranlent les âmes… on retient notre souffle lorsqu’on assiste à une Hadhra, une veillée loin de la ville, où seul l’être est face à l’univers.

A la Zaouia de Sidi Bouali Essunni, à Sidi Marzoug ou à Sidi Hassen Ayed ou d’autres encore, les âmes se défoulent, s’apaisent, retrouvent paix et réconfort. La transe est une vibration curative, la croyance est un refuge et la contemplation est une des voies impénétrables du divin. Nafta avec «Rouhaniyet» est une immersion dans ce monde hors du temps, une découverte d’une terre et de soi, au-delà d’une programmation artistique, Nafta une expérience de vie.

Nefta est une ville quasi mystique où la spiritualité est vécue comme un mode de vie, elle doit son caractère serein à ses 100 coupoles propices à la méditation.  Deuxième ville sainte de Tunisie, la cité est connue pour sa célèbre «Corbeille», une palmeraie nichée dans un creux. Un endroit magique, une oasis dans l’oasis, où touristes et habitants viennent se mettre au frais. Parmi ces derniers, beaucoup possèdent un lopin de terre et cultivent des fruits et des légumes. La «Corbeille» cache aussi une source qui alimente un lac artificiel.

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