La nécessité d’évoluer avec le temps n’est plus à démontrer. On ne peut plus travailler avec les mêmes méthodes et utiliser les mêmes moyens qu’avant. Notre pays est sur le point de relever de grands défis et il doit, par conséquent, se doter des outils susceptibles d’aider à surmonter les difficultés qui lui sont inhérentes.

La Tunisie fait à peine 164.000 km². Soit un peu moins que l’Etat du Wisconsin aux Etats-Unis (169.909 km² environ). Et pourtant, elle compte 24 gouvernorats contre 50 États aux USA. Donc, 24 gouverneurs pour veiller aux destinées du pays contre 50 gouverneurs pour diriger un aussi vaste pays de 9.3 millions km². On se demande, alors, si nous avons vraiment besoin d’autant de gouvernorats pour une si petite superficie.  

La population des USA a atteint, aujourd’hui, 335.612.000 personnes contre un peu moins de 12 millions pour nous. Certes, il n’est pas aisé d’établir un parallèle entre notre pays et les USA. Mais certains indices peuvent nous éclairer sur la gestion des affaires dans n’importe quel pays et quels que soient le nombre de sa population et la taille géographique.

Le modèle américain est différent du modèle français dont nous nous sommes inspirés depuis longtemps sans avoir pensé à le modifier ou à l’adapter. Ce pays européen se base sur un découpage partant de la commune aux régions en passant par les départements, les arrondissements, etc.

En réalité, nous avons construit, nous-mêmes, un découpage tout aussi complexe voire compliqué qui ne facilite en rien la vie des citoyens. 

La Tunisie a choisi depuis l’indépendance un système administratif assez centralisé. Ce choix était, à l’époque, justifié d’autant que le pays n’avait que 3.448.000 habitants en 1956, ce chiffre a presque triplé en 2005. À l’heure actuelle, il y a 12.115.000 habitants, selon le worldometers (site web qui calcule en temps réel sur la base d’algorithmes la population des pays). La gestion économique exigeait, de ce fait, une certaine rigueur et une maîtrise des affaires.

Comme les choses évoluent, on a commencé à parler de décentralisation. C’est-à-dire transférer, en quelque sorte, certaines prérogatives aux territoires et libérer le pouvoir central des affaires courantes afin qu’il se penche davantage sur les grands projets et tout ce qui concerne le niveau national.

Neuf districts au lieu de 24 gouvernorats

L’idée est sur les rails depuis belle lurette, mais elle tarde à se concrétiser. En effet, les décideurs politiques qui sont passés à la tête de nos institutions n’ont pas trouvé la bonne manière d’appliquer cette politique. Pis encore, on est en train d’exercer plus de pression sur les territoires. De plus, ces derniers ont montré leur incapacité à relever les défis de la décentralisation et de la gouvernance locale. Car, plus on libère l’initiative régionale, plus on rencontre de freins et de blocages dans les régions. Celles-ci n’arrivent pas à se prendre en charge et tout est laissé au bon vouloir des uns ou des autres. Personne ne sait qui est responsable de qui ou de quoi.

Nous avions évoqué lundi dernier (7 novembre 2022) dans notre article sur “les dérives et les caprices des élus”, à propos des conseils municipaux, l’incapacité des édiles choisis lors des dernières élections à gérer les affaires des communes. 

Le même constat peut être fait pour les gouvernorats. Tout au long de la décennie noire, les postes de gouverneurs ont été distribués par les partis politiques au pouvoir à leurs partisans et proches (tout comme les postes ministériels). Le choix ne s’est pas fait sur les compétences et le sens des responsabilités. Loin s’en faut ! C’est ce qui a coûté cher au pays qui continue de payer le prix de ces graves erreurs. Aujourd’hui encore, on ne peut pas se considérer libéré de ces entraves. Certaines voix s’élèvent pour demander la création de nouveaux gouvernorats dans le pays. C’est le cas pour Djerba. Pourtant, la raison nous incite à agir différemment. C’est, justement, l’inverse qui doit être fait. Bien sûr, il ne s’agit pas de supprimer les gouvernorats, mais il faut les réunir sous forme de districts. Ainsi, il y aura un nouveau découpage territorial et administratif à opérer pour créer ces nouvelles zones géographiques. Ces districts regrouperaient un ensemble de gouvernorats présentant une proximité géographique. 

Les indicatifs téléphoniques comme repère

On pense, ici, au découpage qui existe au niveau des communications téléphoniques. On dispose, en effet, des indicatifs téléphoniques qui vont de 1 à 9 placés après le chiffre 7 pour les téléphones fixes. Ce même découpage “téléphoniques” pourrait bien s’appliquer au découpage en districts du pays. Du coup, on aurait 9 districts au lieu de 24 gouvernorats.

Nous savons, justement, que les gouvernorats actuels ont été créés successivement après l’indépendance. Il y a eu, d’abord, 14 gouvernorats. Cinq autres s’y étaient ajoutés en 1974. Ce rythme de création a continué jusqu’à 2000 qui a vu le scindement du gouvernorat de Tunis (déjà un district) en trois. Notons, par ailleurs, que le plus grand gouvernorat par la superficie est celui de Kebili avec 22.454 km² et le plus petit est Tunis avec 288 km².

En cas de regroupement en districts, leur gestion sera plus aisée, notamment avec la politique de numérisation des activités administratives qui ne manquera pas de s’imposer et de se généraliser chez nous. Les moyens d’action seront plus importants lorsqu’on aura rassemblé toutes les potentialités des régions regroupées et qu’on leur aura donné toutes les chances de réussite.

L’efficacité sera plus évidente dans ces situations que lorsqu’on travaille avec des moyens limités. Ce sont, exactement, les mêmes problèmes que rencontrent, aujourd’hui, les petites municipalités. Elles manquent d’engins, de personnels et de matériels. Or, si on regroupait les gouvernorats en districts ou les municipalités on obtiendrait de meilleures performances dans l’action.

La nécessité d’évoluer avec le temps n’est plus à démontrer. On ne peut plus travailler avec les mêmes méthodes et utiliser les mêmes moyens qu’avant. Notre pays est sur le point de relever de grands défis et il doit, par conséquent, se doter des outils susceptibles d’aider à surmonter les difficultés qui lui sont inhérentes.

La France, elle-même, a choisi d’introduire des réformes administratives fondamentales. En janvier 2016, elle a procédé à un redécoupage lui permettant d’avoir 18 régions administratives pour un pays qui compte plus de 65 millions de personnes selon, toujours, le worldometers.  

Déléguer, avec la précipitation que l’on voit aujourd’hui, certaines prérogatives du pouvoir central aux régions n’est pas opportun. Il faut, d’abord, passer par une période transitoire et vérifier, par la suite, si le pays est prêt à décentraliser le pouvoir.

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