Insertion des jeunes dans l’espace francophone: L’Europe ouvre ses portes aux non-qualifiés

Le projet consiste à faciliter et à organiser des rencontres B2B entre des professionnels tunisiens et français en vue de construire des partenariats et favoriser les échanges et la connectivité à travers l’accompagnement et la formation des jeunes et des femmes pour faciliter leur insertion professionnelle en France dans les métiers en tension à travers l’entrepreneuriat.


Dans le cadre du 18e Sommet de la Francophonie qui se tient actuellement à Djerba, l’Anate (Réseau des professionnels franco-tunisiens) organise, du 18 au 20 novembre, un séminaire sous le thème « La formation, outil de valorisation de la mobilité et de l’insertion des jeunes dans l’espace francophone ».

L’événement a pour objectif la mise en relation entre des groupements professionnels en France et des centres de formation en Tunisie en vue d’étudier les possibilités de la mise en place de formations qualifiantes pour faire monter en compétence une main-d’œuvre non qualifiée, capable de répondre à la problématique des métiers en tension en France et en même temps de contribuer directement à baisser le taux de chômage en Tunisie et indirectement à réguler l’immigration clandestine.

Résoudre le problème des métiers en tension en France

A l’ouverture des travaux de ce séminaire, la présidente de l’Anate, Ishraf Zaoui, a indiqué qu’en tant qu’association, l’Anate compte accompagner tous les professionnels que se soit en France ou en Tunisie souhaitant résoudre — en partie — cette problématique de chômage en Tunisie et celle des métiers en tension en France (viticulteurs, arboriculteurs salariés, cueilleurs, serveurs de café, de restaurant, agents d’entretien de locaux, agriculteurs salariés, ouvriers agricoles, ouvriers non qualifiés de l’emballage et manutentionnaires…).

« A travers cette initiative, on veut adresser un message ciblé à nos jeunes : oui à la libre circulation des personnes, mais non à la migration illégale ! Oui pour valoriser l’immigration par la formation. Oui à une migration circulaire. Oui aux projets gagnant/gagnant… C’est dans cette logique qu’on essaie de mettre en place des projets permettant aux entreprises françaises de répondre à la problématique de recrutement des jeunes et de résoudre la problématique du chômage des non-qualifiés en Tunisie », a-t-elle souligné.

Un avis partagé par la trésorière de l’Anate, Abir Boumiza, qui a ajouté que l’association vise principalement à favoriser la formation professionnelle pour retenir et attirer les jeunes qui continuent toujours à traverser la mer d’une façon clandestine et en grand nombres. Donc, l’initiative vise à cet égard à valoriser la mobilité à l’international par la formation professionnelle.

« Cette initiative, la première déjà en Afrique du Nord, vise la main-d’œuvre non qualifiée. Et d’ailleurs, le contexte est bénéfique dans les deux sens parce que l’Europe a un grand besoin de main-d’œuvre dans les métiers en tension, alors que le taux de chômage ne cesse d’augmenter en Tunisie et les chiffres ne manquent pas dans ce sens-là. Et comme l’Anate est une association de réseautage, on a rassemblé autour d’une même table de discussion les représentants syndicaux français (métiers de la plasturgie, de l’agriculture…), les centres de formation professionnelle en Tunisie, l’Aneti, des représentants de l’Office français de l’immigration et de l’intégration… pour créer ce lien de coopération et d’échange. En un mot, ce projet traduit l’ADN de l’association qui est le réseautage et l’accompagnement des partenaires économiques des deux pays », a-t-elle expliqué.

18.000 emplois à pourvoir

Le secrétaire général de Plastalliance (la plus ancienne organisation représentative des industries plastiques françaises), Joseph Tayefeh, a, pour sa part, précisé que l’industrie française a besoin d’énormément de main-d’œuvre en termes d’emploi et de recrutement et qu’on compte sur la Tunisie pour pouvoir les aider à ce sujet.

« On est là aussi pour donner les cahiers des charges sur les formations que les jeunes et les moins jeunes devraient effectuer aujourd’hui en Tunisie pour pouvoir suivre les prérequis en France… On connaît, aujourd’hui, les emplois en tension en France : on a des opérateurs, des chefs d’équipe, des régleurs … Ce sont des métiers qui sont connus, mais qui ne sont malheureusement pas très bien pourvus en France. On est donc là pour donner aux centres de formation les axes sur lesquels il faudrait former ces jeunes pour pouvoir ensuite faire des demandes de migration vers la France », a-t-il précisé.

A une question sur la possibilité de faciliter les procédures de migration pour les jeunes tunisiens, M. Tayefeh a affirmé que de cette manière, les procédures de migration se facilitent d’elles-mêmes à deux niveaux. Tout d’abord, parce que le gouvernement français va mettre en place un système de titre de séjour pour les métiers en tension. En outre, un examen de français sera demandé et obligatoire alors que les Tunisiens sont très francophones et c’est déjà un grand atout par rapport à d’autres pays d’Afrique.

Quant à la formation, elle sera assurée par des centres de formation tunisiens pour adapter l’emploi à la demande et avoir par la suite des candidats ayant une notion de l’industrie. Pour le financement, le syndicat n’intervient pas directement. « On va faciliter les choses et encourager le gouvernement à faciliter les tâches car il y a aujourd’hui des fonds européens créés à cette fin et qui sont mis à disposition pour aider à la création de centres de formation et pour que les centres actuels puissent se développer et proposer de nouvelles formations pour répondre aux besoins de différents emplois », a-t-il encore précisé.

A une question sur le choix de la Tunisie, M. Tayefeh a précisé qu’en tant qu’industriel, la société est ouverte à tous les pays. « Mais les Tunisiens ont été très actifs et ils ont commencé à prendre des contacts chez nous pour avancer avec des pas solides dans ce projet. Il est vrai qu’on a commencé avec la Tunisie cette première expérience, mais certainement d’autres pays vont suivre. Mais là, il faut dire que la Tunisie va être un vrai laboratoire de formation », a-t-il souligné, tout en ajoutant que les besoins en main-d’œuvre sur les 5 prochaines années varient entre 10.000 et 18.000 emplois à pourvoir.

L’agriculture aussi visée

La chargée de mission emploi formation (Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles), Marion Missaoui, a indiqué que le secteur agricole français est confronté à une crise face au manque de main-d’œuvre. Pour ce faire, la fédération a signé une convention avec l’Aneti pour recruter des Tunisiens dans des métiers en tension en France.

« On travaille spécifiquement sur la région Rhône-Alpes où il y a une grosse activité saisonnière et on est confronté à des difficultés de recrutement particulières. On est donc présent aujourd’hui à cet événement pour essayer de rétablir des ponts, mettre en place des méthodes de travail plus efficaces pour à la fois satisfaire les besoins en main-d’œuvre sur les postes en tension et pouvoir résoudre cette problématique du chômage et d’immigration clandestine en Tunisie », a-t-elle affirmé.

Meriem KHDIMALLAH

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