Lors de leurs cinq participations à  la phase finale de la Coupe du monde, les Aigles de Carthage  n’ont pas réussi à aller au-delà du premier tour. Feront-ils l’exploit au Qatar et réussiront- ils à briguer le précieux billet pour le second tour ?

On ne participe pas à une phase finale de Coupe du monde (un fait marquant dans la carrière de tout joueur et de tout sélectionneur) sans avoir l’ambition et la volonté de parier sur une grande performance, d’écrire l’histoire et d’entrer dans la légende. Une participation à un Mondial est un privilège qui ne s’offre pas plusieurs fois dans la carrière de footballeurs et de techniciens. L’attaquante vedette de l’équipe de France féminine de football, Eugénie Le Sommer, n’a pas eu tort quand elle a qualifié la présence à un tel sommet mondial de «rendez-vous de la vie ». C’est avec ce ressenti et cet état d’âme et d’esprit que Jalel Kadri et ses joueurs doivent entrer demain en lice dans cette Coupe du monde avec le premier match couperet contre le Danemark. La charge émotionnelle est importante dans des épreuves pareilles. L’attente de toute une nation qu’on a sur le dos et qu’il faut rendre heureuse et l’hymne national qui fera vibrer et chavirer les nombreux fans de l’équipe de Tunisie. Cette tension toute particulière,  il faut s’en servir comme une force, comme un atout de poids pour ne pas être tétanisés jusqu’à perdre les pédales sous le coup de la forte pression. Le rôle de Jalel Kadri sera donc  déterminant sur le plan mental pour diffuser au sein de l’effectif un message de sérénité et de confiance. Nous ne devons pas chercher à nous cacher derrière les habituelles excuses en se disant qu’on est petits dans un groupe fort, face aux deux favoris en puissance que sont le Danemark et la France. Nous ne devons pas nous résigner,  comme si c’était une fatalité, à nous contenter d’une bonne prestation lors du premier tour sans avoir pour objectif majeur d’aller bien au-delà et d’obtenir une place parmi les heureux qualifiés pour le second tour. Jalel Kadri ne doit pas laisser l’appétit venir en mangeant mais doit fixer d’emblée le cap et mettre tout l’effectif dans le même état de forme physiquement et psychologiquement pour le franchir. Il ne doit pas  se contenter d’un système de jeu trouillard d’équipe venue uniquement pour limiter les dégâts et sortir du premier tour avec peu d’égratignures. Une élimination après 3 matches et un retour à la maison en moins de deux semaines ne seront pas acceptables ni digérables, cette fois, et seront vécus comme un dur retour à la réalité et comme un nouveau rêve brisé. En 1978, notre première victoire en Coupe du monde par 3 buts à 1 sur le Mexique nous a comblés de joie. En 2022, 44 ans après, nous sommes en droit et même devant l’obligation de faire beaucoup mieux, de viser plus haut.

Se surpasser pour bien débuter

La composition de notre groupe avec un premier duel costaud avec le Danemark ne nous a pas donné d’autre choix que de bien démarrer la compétition. La défaite face à cet adversaire nous est carrément  interdite et même le nul serait un résultat mi-figue mi-raisin. C’est pourquoi l’approche et la gestion tactique de ce match couperet avec les redoutables Danois qui ont donné tant de frissons aux Bleus de Didier Deschamps seront importantes. La balle est dans le camp du staff technique de l’équipe de Tunisie  qui doit bien cogiter pour trouver la bonne alchimie du groupe, les meilleurs ingrédients de la réussite. Jalel Kadri, qui a tout analysé, tout anticipé et prévu tous les scénarios possibles et préparé le plan de départ et les solutions de rechange, n’a pas droit à l’erreur. Le bon et difficile équilibre qu’il doit trouver, c’est de bien muscler la défense tout en mettant de l’huile et des atouts dans le jeu d’attaque. Cet équilibre passe par une colonne vertébrale solide du onze sur la pelouse avec un joueur moteur par ligne.

Le premier maillon fort de la chaîne est un gardien fiable et rassurant qui peut préserver pour longtemps sa cage inviolée et faire douter l’adversaire par des arrêts cruciaux. Le choix s’est fixé sur Aymen Dahmen qui doit mesurer la lourdeur de la tâche qui pèse sur ses épaules. On attend de lui un grand boulot sur les arrêts sur la ligne, sur les sorties, les centres et le jeu aérien. Le deuxième élément moteur de la charnière défensive à trois ne peut être que l’indiscutable Montasser Talbi, un défenseur au jeu propre et sans déchets et qui est très bon dans la relance et la reconversion rapide défense- attaque. Le quatuor Nader Ghandri, Yassine Meriah, Dylan Bronn et Bilel Ifa brigueront à armes égales les deux autres postes d’arrières centraux. Puis vient dans un système en 3-5-2 en phase offensive l’apport des deux latéraux qui, tout en faisant leur boulot défensif en phase de repli et retour à une défense à cinq, doivent monter en permanence, presser haut ,se transformer en ailiers de débordement. Les options ne manquent pas selon la physionomie de la rencontre avec la paire Drager – Kechrida, côté droit, et le duo Maâloul- Abdi sur le flanc gauche. A l’entrejeu, deux leaders sont indispensables pour assurer l’équilibre du dispositif. Le premier sur le plan défensif avec ratissage des ballons et fermeture des espaces et ça ne peut être que Issa Laidouni et à un degré moindre Elyès Skhiri et le second comme rampe de lancement des opérations offensives et il n’ y a pas d’autre postulant que Youssef Msakni pour être le patron de ce secteur. Le capitaine des Aigles de Carthage dispute sa dernière Coupe du monde et son désir et son intérêt à finir en beauté lui seront un parfait catalyseur. Reste l’élément moteur pour la finition et là le doute plane encore en l’absence d’un vrai parasite des défenses et d’un buteur-machine à marquer des buts. Wahbi Khazri avec ses hauts et ses bas, Taha Yassine Khénissi pas très régulier dans l’efficacité devant les buts, Seïfeddine Jaziri, un buteur d’intermittence et pas de métier et Issam Jebali, encore en début de parcours avec l’équipe resteront en ballottage constant pour le poste de numéro 9. Dans cette Coupe du monde et spécialement dans le groupe de la Tunisie, chaque rencontre sera une partie d’échecs où il va falloir bien positionner ses pions pour gagner. Si Jalel Kadri arrive à mettre les bons moteurs dans le groupe et à bien huiler le jeu de son équipe, en trouvant le parfait équilibre entre tâches défensive et offensive et profils de joueurs propres à chaque match, il aura de fortes chances de s’en sortir. La barre ne peut pas être placée au-dessous de cet objectif. Espérons qu’après cinq tentatives avortées en cinq participations, cette fois sera la bonne.

Charger plus d'articles
Charger plus par Hédi JENNY
  • CA: Renouer avec le succès

    A Radès, face à la lanterne rouge, les Clubistes doivent repartir de l’avant afin d’acheve…
  • UST: Requinqués et confiants 

    Après leur exploit devant le CSS qui les a hissés à la troisième place, les Tataouinis aff…
  • CAB : Le match de l’espoir

    Les Bizertins jouent, cet après-midi, leur place au play-off. Décidément, tous les matches…
Charger plus dans Sport

Laisser un commentaire