Pour Radhi Meddeb, la dimension économique et sociale est, aujourd’hui, fondamentale dans les exigences des populations de l’espace francophone, notamment les jeunesses africaines. C’est pourquoi la francophonie, selon lui, doit savoir épouser cette dimension  et se doter de plus de solidarité.

Ouvrant  la première édition du Festival de l’Intelligence économique francophone (Fief2022), qui s’est tenu récemment à Djerba en marge du 18e Sommet de la Francophonie, Radhi Meddeb, expert en économie, est revenu sur les défis économiques auxquels fait face, aujourd’hui, l’espace francophone. Il a souligné, en somme, que cette manifestation, qui a réuni des acteurs économiques venus des quatre coins du monde et ayant le français en partage, a pour vocation de “pousser la francophonie à investir le champ de l’économie”. Pour lui, cette initiative, qui a été prise par Cavie, vise à donner des clés pour que la francophonie emprunte la voie de l’économie et pour que l’exigence économique s’impose à tous, dans la satisfaction des besoins des jeunes des pays francophones, notamment africains. “ Ces jeunes sont porteurs d’énergie, de transformation, sur les décennies à venir. L’avenir leur appartient. Nous devons être capables de répondre à leurs besoins, faute de quoi,le français et la francophonie risquent d’entrer en léthargie”, a-t-il enchaîné.

En Afrique, l’éducation et la culture ne sont plus suffisantes 

Rappelant les valeurs prônées par les pères fondateurs de la francophonie, Meddeb a indiqué que la francophonie devrait contribuer à l’épanouissement des peuples. Il a expliqué que cet épanouissement, qui passait au lendemain des indépendances par l’éducation et la culture, exige aujourd’hui l’intégration de la dimension économique et sociale afin de pouvoir exaucer les aspirations des jeunes Africains, qui sont la principale composante de l’espace francophone.

“Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, si nous voulons être fidèles à l’esprit des pères fondateurs de la francophonie, nous devons pousser la francophonie à investir le champ de l’économie. Parce qu’être fidèle à l’esprit des pères fondateurs, c’est vouloir contribuer à l’épanouissement des peuples. L’épanouissement des peuples passait, au lendemain des indépendances, par l’éducation et la culture qui restent fondamentales. Aujourd’hui, on ne pourra rien faire sans l’éducation et la culture. Mais aujourd’hui, elles ne sont plus suffisantes”, a-t-il asséné. Dans ce contexte, Meddeb a rappelé, qu’aujourd’hui, l’essentiel de la francophonie se passe et se passera de plus en plus en Afrique. En 2050, 85% des locuteurs du français seront en Afrique. Evoquant les atouts mais aussi les aspirations des jeunes Africains, le parrain du Fief a fait savoir qu’il s’agit d’une jeunesse de plus en plus éduquée, connectée, qui veut  faire partie du reste du monde et  accéder à une citoyenneté globale et dont les seules exigences sont de nature économique et sociale. “La jeunesse africaine est trépidante, impatiente et ses seules exigences — nous l’avons vécu en Tunisie en 2011, et certainement d’autres pays l’ont vécu et devraient le vivre — sont de nature économique et sociale.

Ce que nous avons résumé en Tunisie, sous le terme de la dignité mais auquel nous n’avons pas su donner un contenu réel sur les dix dernières années, c’est d’abord l’accès à un emploi digne, à l’opportunité économique et enfin à de meilleures conditions sociales. C’est de cela que la jeunesse a besoin”, a affirmé Meddeb. Revenant sur les besoins de l’Afrique, l’expert en économie a souligné que le continent fait face à de multiples défis, notamment en matière d’infrastructures de qualité, de services urbains, d’électricité, d’eau, d’ internet et assainissement, de logement mais aussi de santé, d’emploi et d’agroalimentaire.

Des transitions mises à rude épreuve 

 “La dimension économique et sociale est fondamentale dans les exigences des populations aujourd’hui, et il faut que la francophonie sache épouser cette dimension-là, sache la faire sienne si nous voulons que le français demeure la langue de référence”, fait-il observer tout en soulignant que les jeunesses africaines se détournent de plus en plus de la pratique de  la langue française et préfèrent maîtriser l’anglais qu’elles considèrent comme étant la langue de l’innovation, la technologie, la citoyenneté globale et du soft power global. 

Pour Meddeb, les transitions (écologique, démographique et digitale), que l’Afrique est appelée à réussir au même titre que le reste du monde, se compliquent aujourd’hui par l’apparition de nouveaux défis, tels que la guerre en Ukraine. “ Les transitions se compliquent aujourd’hui par l’apparition de nouveaux défis qu’on croyait dépassés totalement. Qui imaginait que la guerre pouvait ressurgir en Europe.

On pensait que le temps des conflits armés et violents était largement dépassé et que la place n’était plus que celle des escarmouches locales et que ces conflits  étaient réservés aux pays du tiers monde que nous sommes. Ce qui se passe en Ukraine depuis le mois de février est la démonstration que, ne nous trompons pas, rien n’est acquis dans ce monde. Il faut sans cesse se remettre à l’ouvrage pour être sûr de pérenniser, construire et continuer à capitaliser.

Les pays francophones sont soumis à ces mêmes exigences, à ces mêmes défis”, a-t-il souligné. Meddeb a, dans ce contexte, fait savoir que la francophonie devrait se doter de solidarité, laquelle n’existe pas suffisamment aujourd’hui, selon ses dires. “ Quand je vois comment la gestion des visas est faite aujourd’hui, par moments je pleure la francophonie”, a-t-il conclu.

Charger plus d'articles
Charger plus par Marwa Saidi
Charger plus dans Economie

Laisser un commentaire