Le défi de l’approvisionnement en énergie de manière sûre, continue et au moindre coût pousse la Tunisie, comme de nombreux pays à travers le monde, à s’engager dans un processus de transition énergétique

Quels sont les enjeux de la transition énergétique, à l’heure de la révolution numérique ? Comment les différents acteurs du secteur de l’énergie s’adaptent-ils ? Quels sont les impacts et les contraintes de la transformation digitale sur le secteur de l’énergie ? Autant de questions auxquelles a tenté de répondre l’ancien ministre chargé de la Coordination et du Suivi des affaires économiques, Nidhal Ouerfelli, lors de sa récente participation à la 15e conférence annuelle de l’Asectu.

Que des défis !

Les défis de la transition énergétique sont de taille et de plusieurs natures : stratégique (conserver un niveau élevé de sécurité d’approvisionnement en énergie de manière continue et au moindre coût), social (garantie de la cohésion sociale, lutte contre la précarité et l’accès de tous à l’énergie), économique (rationalité économique et adoption d’un modèle de développement économique sobre de l’énergie), environnemental (rationalité écologique, notamment la lutte contre les changements climatiques et la protection de l’environnement)…

«C’est pour toutes ces raisons et pour plusieurs autres que la Tunisie, à l’instar de plusieurs pays du monde, a été contrainte de s’engager dans un processus de transition énergétique…En outre, il faut agir vite tout en garantissant une sécurité énergétique durable qui rassure et maintient la croissance ainsi que le niveau de vie, tout en assurant un accès à l’énergie à des coûts abordables et bien évidemment préservant l’environnement», indique Ouerfelli.

L’ancien ministre ajoute que cette transition peut être résumée par les 3 D, trois dimensions qui redéfinissent le monde de l’énergie, dans le cadre d’une vision intégrée et prospective: décentralisation, décarbonisation et digitalisation. «Les mettre en place, c’est donner à chacun la possibilité de ‘’vivre mieux l’énergie’’. Mais on constate toutefois que l’énergie est en retard par rapport aux autres secteurs, alors que la révolution numérique ne date pas d’hier. Ainsi, le changement de paradigme nécessite une digitalisation de la transition énergétique et une traçabilité de l’efficacité énergétique, le tout dans le cadre d’une vision claire », affirme-t-il.

A cet effet, la révolution numérique de l’énergie ou la digitalisation de la transition énergétique apparaît très intéressante car allier ‘’EnR’’ (énergies renouvelables), ‘’EE’’ (énergie électrique) et ‘’NTIC’’ (nouvelles technologies de l’information et de la communication) est considéré comme la solution permettant de relever tous les défis cités. « C’est une nécessité immédiate pour notre région car elle constitue une opportunité de création de la richesse et de croissance économique. Donc, la digitalisation de la transition énergétique est pour notre région une transition industrielle et sociale, s’accompagnant d’une ‘’transition du paradigme’’ », explique l’ancien ministre.

D comme…

décentralisation

Le réseau classique passe par une production fossile centralisée, sans aucune forme de stockage et avec réseaux électrique et de gaz séparés.  Résultat : la dépendance énergétique en Tunisie a atteint 53%, avec des pertes techniques entre 2.5 et 3% pour le réseau transport contre 15% pour le réseau distribution.

A cet égard, le changement du paradigme nécessite le passage d’un modèle centralisé vers un modèle décentralisé. C’est aussi le passage d’un système pyramidal vers un système réparti et ce, afin de maximiser la flexibilité. Donc, la production d’électricité décentralisée permet de s’engager dans la lutte contre le changement climatique, de choisir la provenance de l’énergie ou encore de diminuer la facture d’électricité.

D comme…

décarbonisation

L’évolution du système énergétique exige le passage vers une vision décarbonée, digitalisée et distribuée. L’énergie électrique participe sur le court terme avec plus de 70% dans la réduction des émissions de GES (gaz à effet de serre) et fournit le plus faible coût pour la réduction des GES. C’est, également, une ressource financièrement attrayante qui aide les pays à s’approprier des financements.

La décarbonisation pourrait être gérée selon un modèle décentralisé par une infrastructure intelligente (compteurs et planification intelligente), comprenant de la flexibilité via des centrales pilotables (centrales à gaz, à fioul, nucléaires, hydroélectriques) et du stockage (batterie, H2, Step…), où le consommateur est aussi producteur rendant alors cette configuration spécifique aux besoins et aux ressources du territoire.

D comme…digitalisation

La modernisation et la digitalisation du secteur énergétique semblent la meilleure voie pour les industriels soucieux d’optimiser leurs performances économiques et écologiques. La digitalisation passe, ainsi, par le développement de nouvelles technologies connectées; une communication du réseau et pilotage intelligent, un stockage en réseau électrique, une voiture électrique, abstraction de l’énergie fossile, un transport d’énergie intelligent, une industrie 4.0 pour une efficacité énergétique, gaz avec un maximum d’apports provenant de sources renouvelables…

«Le traitement de l’ensemble revient à optimiser des sources énergétiques disponibles au niveau local et une meilleure maîtrise de leur utilisation. Ceci nécessite des passerelles entre les différents acteurs (producteurs-consommateurs) et une flexibilité comme le stockage dans l’usage des sources (thermique en particulier)», souligne l’ancien ministre.

Opportunités

et contraintes…

La digitalisation des systèmes énergétiques reste une arme à double tranchant. Parmi ses opportunités : la création d’un écosystème autour de la chaîne de valeur des technologies de l’information pour l’énergie, l’amélioration de l’efficacité énergétique à travers l’enrichissement de données et de leur exploration, le client devient un acteur du secteur de l’énergie (optimisation de sa consommation, production de l’énergie), une meilleure maîtrise du coût énergétique et attractivité financière…De l’autre côté, plusieurs contraintes et enjeux s’imposent : économiques (les solutions de stockage d’électricité actuellement connues ne sont soit pas économiquement viables ou difficilement implantables), la protection des données et l’acceptabilité sociale (les données touchent le quotidien des clients et le pilotage distant génère le risque de cyber attaque), une géopolitique bien plus complexe (métaux spécifiques non renouvelables et moins de 1% sont recyclés).

Face à ces défis, il existe des facteurs clés pour dynamiser la recherche et le développement (R&D) en Tunisie. Ceci passe par la révision des priorités nationales (feuille de route R&D de l’efficacité énergétique avec une loi d’orientation), le renforcement de capacités, une problématique transversale multi-acteurs (fédérer les acteurs autour de la recherche), une R&D pluridisciplinaire (droit, social, économie), la territorialisation de la réflexion et développement, une collaboration régionale basée sur l’innovation (projets collaboratifs, démonstrateurs et industriels)…

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