La réforme du secteur de l’énergie ne peut plus attendre. Il est urgent de mettre un terme à l’aggravation de la dépendance énergétique de la Tunisie et de renforcer la résilience du secteur face aux chocs externes.

Les défis du secteur de l’énergie étaient au centre d’un débat, organisé récemment à Tunis, par le Global Institute 4 transitions ( GI4T). Diversification du mix énergétique, difficultés d’approvisionnement continue en énergie, détérioration du climat d’investissement… La rencontre était l’occasion de faire un tour d’horizon du secteur et de mettre l’accent sur les challenges à relever pour améliorer l’indépendance énergétique de la Tunisie.

Évoquant l’impact de la crise sanitaire Covid-19 ainsi que celui de la guerre en Ukraine sur l’activité d’importation des produits pétroliers, Fakhta Mehouachi, P.-d.g. de la Société tunisienne des industries de raffinage (Stir), a souligné que ces deux événements majeurs ont accéléré la tendance de la transition énergétique dans le monde et en Tunisie. Elle a, en ce sens, expliqué que lors de la crise Covid-19, l’abondance d’offres a généré des difficultés de stockage en Tunisie, tandis que le déclenchement de la guerre en Ukraine a provoqué une hausse sans précédent des prix des produits pétroliers. “La crise ukrainienne a constitué un bouleversement total pour le secteur parce qu’on n’a jamais vécu, sur le plan géopolitique, un événement pareil depuis 1973”, a-t-elle commenté. Elle a ajouté que les restrictions imposées par l’Europe sur l’importation du pétrole russe a engendré une baisse de la capacité de raffinage dans le bassin méditerranéen, profitant, de ce fait, à l’industrie de raffinage en Inde et en Chine qui absorbent, aujourd’hui, une grande partie du pétrole issu de la Russie. Ainsi, la réexportation des produits raffinés provenant de l’Asie a induit une hausse exponentielle des coûts de fret, fait-elle savoir. Mehouachi a précisé, dans ce contexte, que la Tunisie doit privilégier la diversification des sources des produits pétroliers, afin de réduire l’exposition du secteur aux chocs externes. Elle a ajouté que l’investissement au niveau de la raffinerie (dont la capacité de production devrait augmenter pour couvrir 50% des besoins du marché à l’horizon 2040) est devenu primordial. “Nous touchons à la fin de la deuxième phase des études et j’espère qu’en 2023 on va démarrer notre investissement pour la raffinerie”, fait-elle savoir. Pour la P.-d.g. de la Stir, la conclusion de partenariats à moyen et long termes avec les pays du Maghreb et d’Afrique, la maîtrise de la chaîne de distribution par la création de zones de stockage intermédiaires, la révision de la politique de stockage de sécurité, le renforcement des moyens de transport des produits pétroliers ainsi que la création d’un stock stratégique dans la région du Maghreb sont autant de mesures envisageables qui peuvent contribuer à la stabilisation de l’approvisionnement dans le futur.

De son côté, Mustapha Haddad, expert en énergie, a dressé un état des lieux du secteur. Il a souligné que la dépendance énergétique de la Tunisie a atteint 54% en 2020, contre une moyenne de 9% dans les années 2000 affectant lourdement la balance commerciale et alourdissant le poids des subventions dans le budget de l’Etat.  Selon Haddad, cette dégradation s’est déroulée dans des contextes, national en bouleversement, régional incertain et mondial en mutation où une transition énergétique respectueuse du climat s’affirme d’année en année.

“Le niveau de dépendance énergétique risque de fragiliser encore la souveraineté de notre pays”, a-t-il asséné. Haddad a ajouté, en somme, que plusieurs facteurs ont conduit à l’aggravation de la dépendance énergétique du pays. Il a cité, notamment, la détérioration du climat des affaires au cours de la dernière décennie, le manque de visibilité à moyen et long termes, l’instabilité politique (10 ministres en 10 ans),  le ralentissement excessif des décisions de l’administration, entre autres, dû à la confusion créée par l’article 13 de la constitution de janvier 2014 ainsi que la récurrence des mouvements sociaux intempestifs qui ont bloqué l’activité pendant un certain temps. Pour sortir de cette spirale, l’expert préconise de sécuriser l’approvisionnement en énergie du marché intérieur; supprimer , au cours des trois prochaines années, les barrières et mettre en œuvre les réformes structurelles permettant de libérer les initiatives; et réduire progressivement le poids de la subvention. A plus long terme, la priorité devrait être donnée, selon lui, à la construction d’un mix énergétique basé sur les énergies renouvelables et le gaz naturel tout en misant sur un système énergétique intégré régionalement. En se référant à l’étude “la sécurité énergétique de la Tunisie à l’horizon 2030”, qui a été réalisée par l’Ites en 2022, l’expert a fait savoir que la sécurisation de l’approvisionnement passe dans l’immédiat par 4 actions prioritaires. Il s’agit en effet de ramener la dépendance énergétique du pays à un niveau soutenable, assurer la protection des infrastructures vitales contre les risques de dégradation conduisant à de longs et fréquents arrêts, assurer des secours fiables afin de garantir la continuité de fourniture de l’énergie électrique, du gaz naturel et des produits pétroliers et, enfin, anticiper les changements et les mutations dans la région et dans le monde.

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