Un chantier stratégique : le développement régional en Tunisie. L’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives s’est penché sur cette thématique d’importance cruciale à travers un rapport intitulé «Indice de développement régional 2021» qu’il vient de publier où il a cherché à élaborer un indicateur qui pourrait mesurer le niveau de développement de chaque région et, par ricochet, le niveau de disparité entre les régions. L’indicateur de développement régional (IDR) a été conçu dans le but de dresser une classification des régions selon le niveau de développement et de discerner les éventuelles défaillances et inégalités régionales.

Les auteurs de ce rapport n’ont pas manqué de rappeler que «le développement continue de susciter l’intérêt des décideurs d’autant plus que l’on a adopté le concept du développement durable dont le mérite est d’accélérer la croissance tout en garantissant une répartition équitable de la richesse créée et de préserver les ressources naturelles pour garder l’intérêt des générations futures».

Et d’ajouter que le processus de développement est étroitement lié à la qualité de la vie, à l’accessibilité aux ressources garantissant des conditions de la vie décentes et au droit aux connaissances, au savoir et au savoir-faire. L’objectif ultime des politiques de développement est l’amélioration des conditions de vie des citoyens dans les domaines de la santé, la nutrition, l’éducation, le logement, la communication et la sécurité. «La promotion de ces conditions doit couvrir tout le territoire national. Cela nécessite un minimum de connectivité et d’intégration régionales qui constituent des axes privilégiés pour le développement de l’activité économique, en raison de leurs importances en tant que conducteurs des effets induits sur une distribution spatiale équitable de la richesse nationale et des fruits de la croissance».

Diagnostiquer les disparités

C’est dans ce contexte que s’inscrit le problème du déséquilibre régional, un des multiples défis prioritaires auxquels la Tunisie doit faire face. En effet, «tous les travaux traitant cette problématique s’accordent sur l’existence de disparités régionales considérables sur le plan économique, social et environnemental. Il y a lieu de souligner qu’un minimum de disparité est acceptable et qu’il serait impossible de mettre toutes les régions au même niveau», soulignent les auteurs du rapport. D’où, la question qui demeure en suspens est celle de «trouver l’indicateur qui permet de bien diagnostiquer ces disparités».

Dans ce sens, l’évaluation de l’état de développement économique dans les régions nécessite la mise au point d’un indice synthétique. En effet, l’élaboration de ce dernier s’appuie sur une conjugaison de plusieurs variables portant sur différents domaines en relation avec le développement économique et social.

Selon la même source, et en comparaison avec les résultats de 2018, l’analyse relative à l’année 2021 révèle que le niveau moyen de l’IDR a baissé, passant de 0.484 à 0.462. Les seuils enregistrés (minimum/ maximum) ont, également, connu une légère baisse de leur niveau.

«Ces contreperformances reflètent bien les mauvaises circonstances internes et externes connues par la Tunisie ces dernières années. Un tel résultat témoigne des diverses difficultés rencontrées par la Tunisie durant la période étudiée». En effet, cinq facteurs parmi les sept retenus ont enregistré un recul par rapport à 2018.

Les résultats indiqués dans le rapport montrent que le score relatif au facteur infrastructure et équipements de base a connu une légère amélioration suite à quelques travaux d’élargissement du réseau routier qui ont touché certaines délégations durant ces dernières années.

De même, le score relatif au facteur accès aux services de santé s’est amélioré suite aux efforts consentis par l’Etat pour renforcer les capacités du système sanitaire pendant la crise du Covid-19.

Les autres facteurs s’articulent autour du score relatif à l’accès aux services de loisir qui a connu un recul suite à l’accentuation des problèmes liés à la disponibilité et à la diversification, de la dimension sociale qui s’est détériorée davantage suite aux effets de la crise sanitaire. A ceux-ci s’ajoutent la baisse du score relatif au facteur capital humain qui peut être expliquée par la détérioration des conditions de scolarisation suite au manque d’infrastructures éducatives et ainsi que celui de la capacité d’absorption et étendue du marché de travail suite au recul de l’activité économique du pays, la faiblesse du taux de placement et la hausse du taux de chômage dans certaines régions. Cela sans oublier l’augmentation remarquable du nombre de familles nécessiteuses ainsi qu’une augmentation du taux de pauvreté.

Deux zones

Les résultats de l’analyse par gouvernorat, tels que mentionnés dans le rapport, montrent que le territoire national peut être divisé en deux zones qui diffèrent selon le niveau de développement. En effet, «les gouvernorats côtiers font partie des zones les mieux développées, tandis que les gouvernorats les plus marginalisés appartiennent à la zone dite de l’intérieur».

Par ailleurs, «les investigations montrent que les régions intérieures (Kasserine, Kairouan, Jendouba, Sidi Bouzid) occupent les derniers rangs dans la grille du développement régional, elles constituent les zones les plus défavorisées par rapport au reste du pays».

D’après cette analyse, les auteurs estiment que, malgré la stabilité relative dans le classement des gouvernorats qui occupent les premiers rangs, ainsi que ceux en bas de la liste, tous les gouvernorats ont enregistré une diminution au niveau de leurs scores entre 2018 et 2021. «Cette tendance baissière globale fait que certains gouvernorats peuvent connaître une montée en classe sans enregistrer une amélioration dans leur score à l’instar du gouvernorat de Béja».

S’agissant des délégations, les résultats ont permis de mesurer les inégalités intra-gouvernorats. Ces résultats montrent que plus de 100 délégations ont accusé un recul et 90 ont enregistré une amélioration de leur classement par rapport à celui de 2018.

Les pistes d’amélioration

Pour conclure, il est opportun de rappeler que cet indicateur visait, entre autres, le dressement d’une cartographie relative au niveau du développement régional selon les gouvernorats/délégations. « Cette typologie a été utilisée lors de l’élaboration du code d’investissement pour identifier les zones de développement régional», précisent les auteurs.

Cet indicateur a servi pour plusieurs utilisations pour la répartition de l’investissement public selon le principe de la discrimination positive en faveur des régions les moins développées.

«Plusieurs institutions publiques ont également eu recours à l’IDR dans leurs propres stratégies et programmes de développement. Le champ d’utilisation de l’IDR peut être élargi pour servir d’outil de sélection et de détermination des priorités dans les plans de développement régional». Parmi ces priorités :

– l’investissement dans l’infrastructure et la connectivité des différentes régions du pays pour doter celles défavorisées des prérequis pour le décollage économique afin d’assurer le rattrapage des zones «développées»

– l’amélioration des conditions de travail pour les métiers clés dans les régions, en l’occurrence les médecins et les enseignants

– l’octroi des Autorisations conditionnelles et/ou conventions avec les groupes commerciaux permettant des investissements dans les zones côtières en contrepartie de projets de développement dans les régions intérieures

– facilitation de l’accès à l’information pour tous les intervenants sur le marché du travail à travers l’intensification des cycles de formation, des séminaires, des workshops, etc.

-l’instauration des agences spécifiques d’aide et de soutien des entreprises dans les régions de l’intérieur

Les auteurs estiment, par ailleurs, que les investigations menées au cours de ce travail «permettent de dévoiler la situation des inégalités entre les régions. Toutefois, ce travail peut être amélioré en intégrant d’autres aspects, à savoir : l’environnement par délégation, l’utilisation des TIC, les indicateurs économiques (valeur ajoutée, investissement privé, etc.), le climat des affaires, la gouvernance locale…

(Source : ITCEQ)

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