La stagflation est l’un des phénomènes les plus redoutés par les économistes. Car c’est un cercle vicieux où tout remède envisageable pourrait aggraver la situation. L’augmentation des taux directeurs pour maîtriser l’inflation risque de freiner la croissance. De plus, la stagflation impacte l’investissement des entreprises qui, en se murant dans l’attentisme, recrutent de moins en moins.

C’est dans les années 70 que les économistes ont mis des mots sur cette situation paradoxale, où la stagnation de la croissance économique cohabite avec la hausse des prix (inflation) sur une période assez longue (plusieurs trimestres), pour l’appeler stagflation. Le phénomène a touché tous les pays industrialisés lorsque les pays arabes producteurs de pétrole, et membres de l’Opep, ont décidé d’augmenter de 70% les prix du pétrole et d’instaurer un embargo sur les produits pétroliers à destination des pays européens et des Etats-Unis. Ce choc pétrolier a engendré une inflation généralisée et a affecté la productivité et, par ricochet, la croissance de ces pays. Pour juguler l’inflation, il était alors question d’augmenter les taux d’intérêt, ce qui a provoqué une récession mondiale et des crises financières dans les marchés émergents et les économies en développement dans les années 80. Ce choc pétrolier des années 70 rappelle-t-il la situation mondiale actuelle? Selon la Banque mondiale, les ressemblances se situent à trois niveaux : “des perturbations persistantes de l’offre qui alimentent l’inflation, précédées d’une période prolongée de politique monétaire très accommodante dans les principales économies avancées ; des projections de ralentissement de la croissance ; des économies émergentes et en développement vulnérables face à la nécessité d’un durcissement de la politique monétaire pour maîtriser l’inflation”. Mais l’institution de Washington nuance en soulignant que “plusieurs aspects distinguent l’épisode d’aujourd’hui de celui des années 1970 : le dollar est fort, alors qu’il était très faible à l’époque, l’ampleur des hausses de prix des produits de base est plus modérée et les bilans des principales institutions financières sont généralement solides”. En effet, dans ce contexte où les pressions stagflationnistes s’accentuent, le resserrement simultané des politiques monétaires des banques centrales accroît les risques d’une récession mondiale en 2023. “La hausse générale et simultanée des taux directeurs en réponse à l’inflation accentue le spectre d’une récession mondiale en 2023 et menace les économies de marché émergents et en développement de crises financières qui engendreraient des dommages durables”, avertit la Banque mondiale dans un communiqué publié au mois de septembre dernier.

Une décélération de la croissance, une inflation galopante

En Tunisie, plusieurs experts et économistes ont, déjà, posé le diagnostic “stagflation” sur la situation économique que traverse le pays. Ils estiment que tous les indicateurs pointent des tensions stagflationnistes. La décélération de la croissance se confirme  en 2022 avec un taux de 2,2% (selon les prévisions du FMI), après une reprise modeste en 2021 où le taux de croissance n’a pas dépassé les 3,1%. Un taux qui n’a pas permis à la Tunisie de réussir sa reprise technique après une chute historique de 8,8% du PIB et qui est, majoritairement, imputable à l’absence de marge de manœuvre pour financer les mesures de relance. De l’autre côté de la balance, il y a l’inflation qui a explosé passant de 6,7% en janvier 2022 à 9,2% au mois d’octobre dernier et le chômage qui persiste à un niveau très élevé. Il faut dire que la stagflation est l’un des phénomènes les plus redoutés par les économistes. Car c’est un cercle vicieux où tout remède envisageable pourrait aggraver la situation. L’augmentation des taux directeurs pour maîtriser l’inflation risque de freiner la croissance. De plus, la stagflation impacte l’investissement des entreprises qui, en se murant dans l’attentisme, recrutent de moins en moins, augmentant ainsi le taux de chômage, tandis que la persistance de l’inflation érode le pouvoir d’achat des ménages qui réduisent leur consommation, un des principaux moteurs de la croissance.

Quelles solutions face à ce spectre grandissant?

Dans un article publié en juin dernier, David Malpass, président du Groupe de la Banque mondiale, plaide en faveur d’une riposte globale pour contrer la stagflation, où les dirigeants, partout dans le monde, devront, entre autres, lutter contre la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires, en augmentant l’offre. “Tous les pays devraient conforter leurs filets de protection sociale et éviter les restrictions aux importations et aux exportations qui amplifient les hausses de prix”, indique-t-il. Il a également appelé à l’intensification des efforts d’allégement de la dette, étant donné les vulnérabilités des pays à faible revenu en matière d’endettement qui étaient déjà très fortes avant la pandémie. Pour le président de la Banque mondiale, les responsables doivent renforcer l’état de préparation sanitaire et intensifier les efforts pour contenir le Covid-19. L’expansion des campagnes de vaccination dans les pays à faible revenu doit figurer au premier rang des priorités mondiales. En outre, la transition vers des sources d’énergie bas carbone doit être accélérée.

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