L’examen des résultats de la session principale du baccalauréat 2019 nous amène aux conclusions suivantes : d’abord, le gouvernorat de Sfax, ses deux commissariats régionaux à l’éducation confondus, demeure toujours indétrônable, caracolant comme à l’accoutumée à la tête du classement à l’échelle de la République.
Ensuite, c’est la marche résolue de nouveaux pôles compétitifs comme ceux de Monastir, de l’Ariana et à un degré moindre de Sousse et de Nabeul, en l’occurrence de grands centres urbains situés sur le littoral Est, ne cesse de se confirmer, tandis que les régions de l’intérieur du pays occupent les dernières places au classement général en raison de la conjugaison de facteurs multiples entre éducatifs, économiques et sociaux, auxquels s’ajoutent l’instabilité du cadre éducatif ainsi que les conditions de travail dans les établissements.
Pour ce qui est du commissariat régional à l’éducation Sfax 2, qui ne s’est pas fait ravir la vedette par son concurrent direct, le commissariat régional à l’éducation Sfax 1, auteur lors du baccalauréat  2018 d’un époustouflant exploit, rétablit la hiérarchie accoutumée depuis la scission administrative de l’ancien commissariat unique. Sfax 2 est l’auteur d’une autre distinction non moins méritoire, qui consolide la crédibilité de ses résultats, dans la mesure où il ne compte que cinq cas de tentatives de fraude au baccalauréat session principale de juin 2019, alors que dans certains autres commissariats les chiffres sont étonnants : 72 et même 119 cas. Si l’on partait de l’hypothèse que le nombre de cas ayant échappé à la vigilance des enseignants surveillants pourrait être plus élevé, il y aurait de quoi se sentir ahuri !

Mohamed Bouattour : meilleure moyenne à l’échelle régionale (19,36)
Par contre, au niveau des lauréats nationaux, c’est le néant! Les meilleurs classements des candidats du gouvernorat de Sfax à l’échelle nationale reviennent à quatre élèves relevant tous du commissariat régional à l’éducation Sfax 1 : en l’occurrence, deux élèves du Lycée Pilote, section maths, à savoir Mohamed Bouattour, meilleure moyenne à l’échelle régionale soit 19,36, classé troisième à l’échelle nationale, et Abdallah Krichène 19,35, classé quatrième, en plus  du candidat Moez Moalla, 19,30, section sciences expérimentales, placé quatrième à l’échelle nationale, et Mohamed Ibn Abdelfattah, section Sport, lycée Aboulhacen Ellakhmi, classé cinquième avec une moyenne de 16,51.
Or, même si ces lauréats régionaux ont sauvé la face, le commissariat régional à l’éducation Sfax 1, se voit relégué à la troisième place, lui qui a l’habitude de signer constamment un bail avec la place de dauphin, se permettant même le luxe de se hisser au sommet de la hiérarchie en 2018. Certains observateurs sont enclins à penser que les aptitudes et potentialités des élèves doués sont restées en jachère étant mal exploitées.
Ils y pointent du doigt les pratiques éculées du bachotage et y voient la conséquence inéluctable de la tendance générale au laisser-aller, à l’absentéisme et surtout à la tendance chez les parents et les élèves de compter de façon abusive sur les cours particuliers: « Cette fâcheuse tendance est décelable chez une catégorie d’élèves issus de familles embourgeoisées qui croient pouvoir tout acheter avec leur argent. Ces familles se montrent de plus en plus permissives, tolérant les absences de leurs enfants et comptant sur les cours de rattrapage, alors que rien ne vaut la présence en classe et la participation active aux cours. », fustige un enseignant syndicaliste, qui poursuit : « D’ailleurs, les incartades, affaires de mœurs et certains cas de délinquance relevés dans certains établissements du centre-ville sont à la fois un témoignage du laisser aller de plus en plus manifeste et des signes avant-coureurs de déliquescence qui guettent une catégorie aisée de nos élèves. N’eussent été le lycée pilote, le lycée Taieb Mhiri, le lycée Mahmoud Megdiche, et à un moindre degré le lycée 15 Novembre et le lycée Hédi Soussi qui résistent encore à ce souffle de désinvolture et de débridement, la situation aurait été pire, ce qui n’est pas le cas pour les lycées Magida Boulila, Habib Mâazoun et le lycée technique où une prise de conscience des parents et des élèves est d’une grande nécessité. »

Les régions à la traîne
Toujours selon certains observateurs appartenant au domaine de l’enseignement, d’autres facteurs sont derrière ce faux pas, d’ailleurs prévisible et conforme à la logique, du commissariat régional l’éducation Sfax1. En effet, les résultats médiocres des établissements  dans les délégations rurales relevant de la compétence territoriale et administrative du commissariat sont de nature à peser lourd dans le décompte final. Ces résultats sont eux-mêmes la résultante de facteurs objectifs.
À titre d’exemple, on constate que les résultats sont très insatisfaisants dans les régions démunies de Ghraïba, Agareb, Bir Ali Ben Khlifa et Menzel Chaker,  où le rendement des enseignants ne saurait être au niveau requis soit parce qu’il s’agit de professeurs suppléants, soit parce qu’il s’agit de professeurs qui font quotidiennement la navette dans des conditions de transport souvent aléatoires. Or, selon nos sources la délégation de Skhira, qui est, soit dit en passant, une zone transitoire marginalisée depuis longtemps, compte pas moins de trois grands établissements.
Pour sa part, le lycée de Menzel Chaker a enregistré cette année un arrêt des cours de deux mois en raison de protestations contre l’état de vétusté avancée qui le caractérise. Idem pour l’un des établissements secondaires de Bir Ali, qui a connu à son tour des perturbations des cours pour les mêmes raisons qui d’ailleurs expliquent  la décision  de le fermer  pour ce qui est de la prochaine année scolaire. Sans oublier, les interruptions des cours dans certains rétablissements des zones rurales pour des raisons liées à la coupure de l’eau courante. Autant de perturbations qui s’ajoutaient aux grèves générales qui ont émaillé l’année scolaire 2017/2018.
Selon les mêmes sources, le rendement des établissements secondaires de Sfax en général  est lourdement affecté par la pléthore des effectifs dans les classes du fait de la désorganisation de la nouvelle pyramide laquelle se résume en ceci : plus d’élèves et moins de professeurs !
Enfin, le commissariat régional à l’éducation Sfax 1 est,  par ailleurs, pénalisé par l’importance des effectifs des sections Lettres.
Or, comme on le sait, le taux de réussite réalisée par cette section à l’échelle nationale, qui est fortement applaudi, n’est que de 21,82%, sachant que ce taux s’est situé au cours des quatre dernières sessions du baccalauréat autour d’une moyenne de 14 %.

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