Non-programmation de la pièce de théâtre «Ad libitum» aux JTC : Taoufik Jebali sort de ses gonds

 

Pour cause de non-programmation de sa pièce «Ad libitum» aux Journées théâtrales de Carthage (JTC), Taoufik Jebali, le grand homme de théâtre, dénonce vigoureusement «les doués d’intelligence» au ministère de la Culture qui s’obstinent «à mépriser nos réalisations durant des décennies», précise-t-il.

Quand Taoufik Jebali, l’un des plus grands hommes de théâtre de la Tunisie dans le domaine de la création, de la mise en scène, de la production, de la formation des acteurs et aussi des metteurs en scène et également considéré comme l’un des meilleurs acteurs du théâtre et du cinéma tunisiens, sort de ses gonds et exprime son ras-le-bol de ce qui se passe sur la scène culturelle  nationale et fait part de sa colère de ce que font les responsables au ministère de la Culture, il choisit la dérision, l’ironie, pour dire leurs vérités à ceux qui dirigent actuellement le département et imposent leurs approches (si réellement ils disposent d’une quelconque approche ou politique) et gèrent le fait culturel ou la vie culturelle comme bon leur semble et conformément à leurs propres intérêts.

Taoufik Jebali n’attaque pas en dénigrant les responsables du ministère de la Culture, plus particulièrement ceux qui gèrent depuis samedi dernier les Journées théâtrales de Carthage (JTC).

Ces derniers ont, en effet, décidé de ne pas programmer la dernière création de Taoufik Jebali intitulée «Ad libitum» pour la simple raison que dans le dossier présenté par Jebali pour que son œuvre soit retenue dans le programme des JTC, il manque — comme l’indique Taoufik Jebali lui-même — «un enregistrement vidéo de la pièce en question».

Donc, à saisir ce que Taoufik Jebali avance et assure que la commission lui a signifié personnellement, on pourrait comprendre que la commission de sélection des œuvres participante aux JTC (commission que Taoufik Jebali appelle la commission technique) n’a pas supervisé, c’est-à-dire n’a pas regardé l’œuvre de Jebali, et la décision de sa non-programmation est  à considérer comme une décision purement administrative, c’est-à-dire qu’on a traité le dossier d’une manière administrative dans le sens qu’il a  été rejeté parce qu’il manque une pièce, à savoir l’enregistrement vidéo.

Donc, les responsables en charge de la gestion des Journées théâtrales de Carthage, le rendez-vous tant attendu par les hommes de théâtre tunisiens, africains et arabes, voire parfois européens et  autres, pour se rencontrer, penser ensemble l’avenir du théâtre en Afrique et dans le monde arabe, ont légué leurs compétences (en matière de choix des œuvres participant au festival) aux agents de l’administration chargés de vérifier si les dossiers soumis par les aspirants à la participation contiennent tous les documents exigés ou si, par hasard, une pièce vient à manquer. Et dans ce cas, le  dossier est rejeté le plus ordinairement du monde sans  prendre la peine  d’en informer l’artiste ayant présenté le  dossier et lui  demander de fournir la pièce ou  le document manquant.

Taoufik Jebali met le doigt sur une erreur qui a malheureusement accompagné  la décision de non-programmation de sa pièce: aucune critique esthétique par les décideurs des JTC à l’encontre de «Ad libitum».

Et pourtant, ajoute Jebali, «certains parmi les premiers responsables de la gouvernance des affaires culturelles en  Tunisie ont assisté à la présentation de la même pièce à l’occasion de l’ouverture du festival international de Hammamet pendant la saison estivale écoulée.

Sauf que ces mêmes responsables à qui Taoufik Jebali colle l’appellation «les doués d’intelligence» s’étaient retirés sans se donner la peine  de saluer les acteurs à la fin de la représentation, comme l’exige le protocole.

Taoufik Jebali ne se contente pas de lancer ses fléchettes à l’encontre des «doués l’intelligence». Il passe à leur stigmatisation purement et simplement en dénonçant, fort et haut leur «obstination depuis des décennies à mépriser nos réalisations, à chercher des motifs illusoires et paranoïaques, à nous classer administrativement».

Et il éclaire ceux qui veulent s’informer sur les réalités de la rupture entre «les doués d’intelligence» et Taoufik Jebali et l’art qu’il produit.

La réponse est on ne peut plus claire et précise : «Ils sont dans l’incapacité de se représenter l’essence de l’art en général et du théâtre en  particulier».

Il conclut : «Nous sommes fiers des longues distances qui séparent nos pratiques esthétiques de leur bureaucratie et de ses champs sémantiques stériles».

Il ajoute encore : «Notre vœu est que le malentendu qui nous sépare perdure à jamais».

Laisser un commentaire