Production agricole saisonnière: Peut-on gérer la surabondance ?

Alors que la production agricole a tendance à progresser d’une année à l’autre et  que les agriculteurs réalisent,  lors de certaines saisons, des prouesses, les deux  questions de la gestion de l’abondance et de la pénurie de certains produits agricoles reviennent inévitablement  comme  un leitmotiv tant les pouvoirs publics n’arrivent ni à absorber le flux de surproduction, ni à pallier le manque  en cas de sous-production ou d’années de vaches maigres. Cela a même tendance à devenir un casse-tête pour les autorités qui doivent, dans les deux cas, se presser le citron et réfléchir longuement, et rapidement même, pour mettre en place les solutions appropriées

Les secteurs de la céréaliculture,  des agrumes, des  laitages, de l’huile d’olive, des  solanacées et même de  l’arboriculture sont devenus des filières  à problème tant l’on assiste, durant certaines saisons, à la réalisation d’excédents de production qui, lorsque la richesse des ressources d’une région les fait dégager, posent problème car l’on n’arrive  pas à leur trouver les débouchés nécessaires  pouvant faire profiter les agriculteurs et les producteurs et les mettre à l’abri des années de  vaches maigres.
C’est, en tout cas, le triste constat auquel semble vouée, cette année, la campagne des moissons des grandes cultures qui nourrit, cependant, l’espoir de réaliser des  résultats éloquents, partant de l’importance des superficies réalisées (1,2 million ha) et de l’état des emblavures qui poussent à l’euphorie dans le milieu agricole, céréalier de surcroît, avec un immense sentiment de bien-être suscité par le bonheur croissant résultant des premiers rendements obtenus sur certaines parcelles  d’emblavures céréalières.

Nombre de silos insuffisant et problème de stockage
Du coup, l’on voit surgir les problèmes de collecte et de stockage des céréales moissonnées. Et n’eût été une petite prouesse de dernière minute de la part du gouvernement qui a réussi à ménager la chèvre et le chou, en accordant aux collecteurs une petite hausse de leur marge bénéficiaire et une augmentation des prix des céréales à la production, une partie de la récolte aurait été probablement perdue d’autant plus que les producteurs ont annoncé, dans un premier temps,  leur intention  de ne pas passer à l’action et de boycotter la campagne des moissons.
Après qu’une issue a été trouvée à la première crise, voilà que le  manque cruel de silos et centres de stockage a pesé lourd sur la campagne des moissons d’autant plus que l’investissement dans ce secteur est pratiquement nul et  que la capacité de stockage de la production des régions  est très faible aussi bien pour les céréales que pour les fruits et légumes, à l’image de la pomme de terre ou des oignons qui n’ont pas été récoltés, il y a  deux ans à Jendouba après la chute de leurs prix du fait de la surproduction et l’absence de mesures appropriées pour exporter les excédents d’appoint ou les stocker.


Actuellement, des silos de fortune, à ciel ouvert, ont été créés dans certaines régions comme au Kef où l’on remarque des monticules de céréales à même le sol, et sans couverture, ce qui pourrait endommager une partie de la récolte en cas de pluies ou d’orages de saison. Le problème principal réside dans la mise en place de centres de stockage et  de mécanismes de gestion de la surproduction quand elle survient, d’autant  plus, comme l’explique  le président du syndicat des agriculteurs du Kef, «ce ne sont pas les marchés qui manquent, d’autant plus qu’on pourrait facilement trouver  des débouchés pour notre production dans les pays voisins».
A long terme, le gouvernement doit consolider les capacités de stockage, y compris pour les fourrages car le manque  d’alimentation se fait parfois sentir lors de certaines saisons difficiles.
Les structures régionales de l’agriculture, comme les unions régionales de l’Utap, ont, à leur tour, beau  appeler à la création de nouveaux centres de collecte ou de stockage, comme les silos pour la partie céréale, et les chambres frigorifiques pour les fruits et légumes ; tous les efforts déployés, ces dernières années pour renforcer cette activité,  sont  restés encore, selon elles,  en deçà des attentes et surtout  insuffisants pour absorber le surplus en période de surproduction saisonnière et gérer les crises, comme celles des pertes subies par les cultivateurs céréaliers, ou les producteurs de fruits qui ont été affectés par les chutes de grêle cette année et les années précédentes.
Le gouvernement a beau annoncer la mise en place d’un fonds d’indemnisation des agriculteurs sinistrés, aucune indemnisation n’a été effectuée, jusque-là, par ce nouveau-né sur lequel beaucoup d’espoirs ont été fondés par les agriculteurs pour couvrir une partie de leurs pertes.
Le gouvernement a annoncé la fin de ce mois comme date butoir pour l’entrée en vigueur de ce fonds, mais les agriculteurs sont sceptiques et estiment que les ressources dont dispose actuellement l’Etat ne pourraient probablement pas permettre au gouvernement d’honorer ses engagements vis-à-vis des céréaliculteurs qui ont pourtant entamé, à partir de l’année écoulée, leur participation à ce fonds avec le dégrèvement de 580 millimes sur chaque quintal de céréales livré aux centres de collecte.
Le gouvernement saura-t-il enfin en finir  avec la politique de pilotage à vue et  de la sourde oreille  face aux revendications de professionnels du secteur agricole? Car il vaut mieux apprendre à distinguer le bon grain de l’ivraie que de patauger éternellement dans la gadoue, dans un pays où pourtant tout pourrait parfaitement marcher si et seulement si…

Jamel Taibi

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