Solidarité à sens unique

Editorial La Presse

S’exprimant lors d’une conférence de presse tenue à la Cité de la culture pour jeter la lumière sur les nouvelles mesures de la loi de finances pour l’année 2023, la ministre des Finances, Sihem Boughdiri, a annoncé que la révision à la hausse de la contribution sociale de solidarité pour les entreprises vise à soutenir les fondements de la solidarité nationale entre les différents groupes sociaux et en vue de consolider l’équilibre financier des caisses sociales afin de leur permettre d’honorer leurs engagements à l’égard de leurs affiliés. 

Certes, le budget est difficile à boucler, les dépenses de l’Etat dérapent et des choix doivent être faits pour faire face à ces défis. Le gouvernement à qui incombe la difficile tâche de gérer les affaires de l’Etat qui semble paralysé à l’idée de prendre des décisions impopulaires pour les personnes physiques a jeté son dévolu sur les entreprises. Il semble oublier que l’entreprise est le bras armé de l’économie et qu’en augmentant la pression fiscale, il détruit l’entreprise, le tissu économique national, fait fuir les investisseurs et ne fera par conséquent que grossir les rangs des chômeurs.

C’est pourquoi il faut être prudent et ne pas foncer tête baissée dans le panneau des ballons d’essai qui sont lancés à chaque nouvelle loi de finances sans se garder des portes de sortie, c’est-à-dire imaginer des moyens élégants de ne pas aller jusqu’au bout des mesures contre-productives de manière à ce qu’elle soit une énième bévue économique et sociale.

Nous ne doutons pas que ce gouvernement est animé de bonne volonté et que dans sa vision un effort de solidarité est nécessaire et pourrait enclencher une nouvelle dynamique citoyenne pour renflouer les caisses de l’Etat. Pour cela, on s’attendait que le gouvernement soit innovant et créatif dans ses propositions et non pas qu’il prenne les vieux mécanismes du passé et les réactive au mauvais moment. Car les Tunisiens gardent un mauvais souvenir de cette politique de prélèvement qui va pénaliser davantage les entreprises, qui déjà tirent le diable par la queue. En effet, les chefs d’entreprise savent que les années à venir seront lourdes d’enjeux, mais aussi ouvertes à tous les possibles et que pour passer les trous d’air, il faut être plus solidaires, plus patriotes. Pour cela, il fallait faire une lecture des prélèvements qui ont été effectués par le passé et s’expliquer sur leur utilisation au profit des couches vulnérables pour convaincre les Tunisiens et les chefs d’entreprise. Car pour le moment, les caisses sociales peinent encore à honorer leurs engagements et n’ont jamais amélioré leurs services au profit des citoyens. Même en temps de pandémie, elles ont failli à leur mission en refusant de prendre en charge les malades atteints de Covid. C’est pourquoi après tant d’années de prélèvements, rien n’a été fait pour améliorer la situation. Et si vraiment un élan de solidarité s’impose, il ne faut pas qu’il soit à sens unique.

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