Le nouveau variant BF.7, qui sévit en Chine, soulève des inquiétudes et suscite la crainte que le scénario catastrophique d’il y a deux ans ne se reproduise à nouveau dans notre pays. Sommes-nous suffisamment préparés à faire  face à une nouvelle vague Covid? Le professeur  Rafik Boujdaria, Chef de service des urgences de l’hôpital Abderahmen Mami de l’Ariana, a bien voulu répondre à nos questions. Entretien

Pourquoi le nombre de contaminations a-t-il explosé en Chine, ces dernières semaines? On parle d’un million de contaminations par jour.  Le vaccin chinois serait-il inefficace? Y a-t-il un risque que le scénario catastrophique d’il y a deux ans se reproduise cette année en Tunisie et qu’on soit touché par une nouvelle épidémie du coronavirus?

La Chine a changé diamétralement de stratégie. Avant, elle ne tolérait aucun cas de Covid. Il s’agit de la stratégie zéro Covid. Aujourd’hui, alors que les autres pays du monde ont choisi la cohabitation avec le virus grâce à leur connaissance du processus de transmission virale, de la maîtrise de la vaccination et de la prise en charge des personnes contaminées ainsi qu’à l’application des mesures barrières, la Chine a mis en place des mesures drastiques et a maintenu la stratégie de confinement obligatoire pour éviter l’explosion du nombre de contaminations, à cause de la grande densité démographique. Donc, si au début de la pandémie, la Chine ne tolérait aucun cas de contamination, depuis quelques semaines, les autorités sanitaires chinoises ont changé de stratégie et ont décidé de lâcher du lest à cause des mouvements sociaux des Chinois qui se sont insurgés contre cette atteinte à leur droit de liberté individuelle. Cette sortie de confinement, qui aurait dû se faire progressivement  et de façon mesurée et non de façon brusque, a coïncidé  avec la saison hivernale propice à la circulation des virus, c’est ce qui explique l’explosion du nombre de contaminations dû notamment à la forte densité démographique de ce pays. D’un autre côté, il y a l’efficacité des vaccins. Je ne suis pas de ceux qui pointent l’efficacité des vaccins chinois qui sont des vaccins vivants atténués, toutefois certaines études ont montré que les vaccins ARN messager sont beaucoup plus efficaces que les vaccins chinois. Les mesures drastiques adoptées par la Chine au cours des deux dernières années, conjuguées à la longue période qui sépare la vaccination de masse et les rappels, n’ont pas permis à une immunité communautaire d’être créée.

La flambée du nombre de contaminations est-elle due au fait que les habitants n’ont pas été suffisamment vaccinés?

A cause du confinement obligatoire instauré pendant une longue période, les  Chinois n’ont pas été en contact avec le virus ce qui a empêché la création d’une immunité de groupe. Par ailleurs, il n’y pas eu suffisamment de rappels.

Pensez-vous maintenant que cette immunité de groupe va se développer?

C’est dans la nature des choses. Une immunité collective naturelle va se mettre en place. Mais cette explosion des contaminations en Chine va avoir des répercussions négatives. La mobilité des Chinois d’un pays à l’autre va entraîner la propagation du nouveau variant par voie terrestre et maritime. Nous devons nous attendre, par conséquent, avec le relâchement des restrictions et les échanges aux niveau des frontières, à une recrudescence des cas au niveau de l’Europe.

Risque-t-il d’y avoir une nouvelle vague en Tunisie due à ce nouveau variant qui sévit en Chine?

Bien sûr, nous risquons d’avoir une nouvelle vague de contaminations par ce nouveau variant, et ce, probablement au cours des prochaines semaines.

Le ministère de la Santé s’est-il préparé à ce scénario?

Je ne peux pas répondre à la place du ministère de la Santé. Les ministres de la Santé de l’Union européenne ont eu une réunion la semaine dernière au cours de laquelle il a été convenu que les pays de l’Union européenne  mettent en place de nouvelles mesures de prévention, en procédant notamment au dépistage de tous les voyageurs en provenance de Chine qui doivent, par ailleurs, présenter obligatoirement un test PCR négatif.

Qu’en est-il de la Tunisie? A-t-elle mis en place des mesures de prévention similaires?

A partir de ce mois, il faudra intensifier les efforts, en procédant au dépistage dans les aéroports et en  augmentant le nombre de prélèvements aléatoires et si les choses se précisent dans le sens d’une nouvelle vague, il faudra alors exiger la présentation d’un test PCR négatif des voyageurs en provenance de Chine.

Les vaccins présents sur le marché sont-ils efficaces, selon vous, contre le nouveau variant chinois?

C’est le nouveau vaccin bivalent mis sur le marché qui est efficace contre le nouveau variant du coronavirus. Les vaccins anciens disponibles ont été fabriqués pour protéger les populations contre la souche originale de Wuhan. Le nouveau vaccin a un double avantage. Il code contre le virus historique de Wuhan et le virus Omicron et ses sous-variants.

La chaîne de transmission du coronavirus sera-t-elle un jour rompue ou ce virus continuera-t-il à donner naissance indéfiniment à de nouveaux variants et sous-variants?

Au fil des années, il y aura une domestication de ce virus car  nous allons développer une immunité naturelle tout en continuant à protéger les personnes âgées et vulnérables et celles à risque qui ont des maladies chroniques en les vaccinant.

A-t-on commencé à se faire une idée sur les effets secondaires des vaccins contre le Covid-19?

Les effets indésirables des vaccins , même s’ils existent, sont beaucoup moins graves que les complications provoquées par une contamination par le coronavirus. Le vaccin a permis d’éviter des millions de morts dans monde. Des études scientifiques ont montré  en 2021 que le vaccin du Covid a permis de sauver plus de quinze millions de personnes dans le monde. C’est révolutionnaire pour un vaccin qui a été produit  grâce à une nouvelle technique prometteuse qui a permis un gain de temps précieux. Les vaccins ARN messager, qui ont été rapidement mis sur le marché, stimulent l’immunité naturelle contre la protéine S du virus. Il est évident que tout médicament ou vaccin donne des effets indésirables mais ils sont peu fréquents et les risques sont beaucoup plus faibles que les bénéfices liés à ces vaccins.

Le nouveau vaccin bivalent est-il disponible en Tunisie et dispose-t-on de quantités suffisantes pour pouvoir protéger la population en cas de nouvelle vague ?

Je voudrais remercier l’initiative Covax qui a permis à la Tunisie d’acquérir la semaine dernière 150 mille doses  du vaccin bivalent qui code contre le virus historique de Wuhan et le variant Omicron

Des symptômes similaires à ceux du coronavirus ont été observés ces dernières semaines chez plusieurs adultes et enfants: bronchite, angine, fatigue, fièvre….Malgré la prise d’antibiotiques, l’organisme de ces malades a développer une résistance ce qui explique, d’ailleurs, le fait, qu’ils aient mis beaucoup de temps pour guérir malgré la prise d’antibiotiques. Est-ce dû au virus de la grippe ou à des sous-variants du coronavirus?

La saison hivernale est propice à la propagation de virus qui attaquent directement le système respiratoire (bronchioles et poumons). Cette année, nous avons observé plusieurs atteintes respiratoires dues au virus de la grippe. Il s’agit du virus H3N2 qui appartient à la famille du virus de la grippe A responsable de l’épidémie qui a sévi au cours des sept dernières semaines.  Ce virus a été responsable en 1967 d’une pandémie communément appelée la grippe de Hong Kong. C’est un virus qui est plus rapide et plus virulent que les autres virus. A cause du confinement, nous n’avons pas été en contact avec le H3N2 au cours des deux dernières années. Par conséquent, notre système immunitaire a oublié ce virus c’est ce qui explique les cas de gravité cliniques, l’encombrement des hôpitaux au cours des sept dernières semaines et le taux élevé d’absentéisme dans les écoles et les administrations.

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