Pour que la stratégie nationale pour l’amélioration du climat des affaires puisse atteindre les objectifs escomptés, il est nécessaire de parer aux problèmes de gouvernance et d’efficacité opérationnelle qui ont jalonné les processus antérieurs de réformes, estime Walid Ben Salah, président de l’Ordre des experts comptable de Tunisie.

Intervenant lors de l’atelier-débat qui s’est tenu la semaine dernière, à l’occasion de la présentation de la stratégie nationale pour l’amélioration du climat des affaires, le président de l’Ordre des experts comptables de Tunisie, Walid Ben Salah, a, en somme, mis l’accent sur l’importance du processus d’implémentation des réformes  comme gage de réussite de ladite stratégie. Notant que le taux de réalisation des mesures  adoptées dans le cadre de cette feuille de route  (185 mesures approuvées en conseil des Ministres) n’a pas dépassé les 7%, l’expert-comptable a précisé que c’est au niveau de la réalisation que le bât blesse.  “Lorsqu’on parle de processus d’implémentation des réformes, il faut se poser les bonnes questions. Pourquoi on réussit la conception des stratégies, l’identification des problèmes et tout ce qui est diagnostic et on propose des solutions différentes, mais par la suite ça bloque ? C’est au niveau de la mise en place, et  de la concrétisation des différentes propositions que ça bloque”, a-t-il fait savoir. Selon Ben Salah, ce cafouillage s’explique par un problème de gouvernance, mais aussi d’efficacité opérationnelle.

Mettre en cohérence avec les autres réformes

S’agissant de la gouvernance, l’intervenant a en somme indiqué que la stratégie en question doit être, d’abord,  mise en cohérence avec les autres réformes engagées, étant donné que sa concrétisation est tributaire de l’aboutissement  de ces mêmes réformes. Il s’agit, entre autres, de la réforme fiscale, des entreprises publiques, de l’administration … “ Est-ce que nous avons aujourd’hui un processus d’une vraie réforme fiscale qui sous-tend les mesures d’amélioration du climat des affaires? A  mon avis, en l’état actuel des choses, non. Est-ce que nous avons, déjà commencé, à mettre en place une vraie réforme de la fonction publique? Parce que de toute façon la mise en place de cette stratégie pour l’amélioration du climat des affaires dépend des  administrations publiques.  Est-ce qu’aujourd’hui, nous avons commencé à mettre en place une vraie réforme au niveau de la fonction publique pour permettre à cette administration de fonctionner convenablement et efficacement par rapport à l’implémentation de ces mesures de réforme? Je pense que non”, s’est-il interrogé.

Pour l’expert-comptable, la question de la gouvernance intervient également au niveau de la pléthore de structures qui travaillent en silo sans interconnexion, alors qu’elles relèvent parfois du même département. “Nous avons l’API, l’Apia, la TIA. Nous avons, par ailleurs, plusieurs structures de contrôle, qui relèvent d’autres ministères. Donc, il y a un cloisonnement total entre les différentes structures qui doivent être porteuses du même projet de réformes. C’est pour cette raison que, sur le plan gouvernance, il y a du pain sur la planche pour pouvoir assurer l’efficacité nécessaire à ce projet”, a-t-il expliqué.

Viser la qualité et non la quantité

Ben Salah a, par ailleurs, évoqué le sujet de la digitalisation. Pour l’expert-comptable,  il faut jouer la carte de la qualité et non de la quantité, car  la ribambelle des plateformes mises en place n’était pas forcément synonyme d’efficacité. “Est-ce qu’on a besoin d’autant de plateformes pour ensuite passer par la case interopérabilité?  J’évoque ce point  parce que nous sommes passés, par le passé, par de mauvaises expériences. Je vais citer l’exemple du fameux projet de l’identifiant unique, dont on parle depuis plusieurs années.  Des travaux même ont été entamés, mais à ce jour,  on n’arrive pas à mettre en place un tel système qui aurait dû nous faciliter la tâche à tous les niveaux”, a-t-il indiqué.

La réglementation est le dernier facteur de réussite évoqué par l’expert-comptable. Pour lui, il serait judicieux de changer d’approche pour pouvoir réformer efficacement: au lieu de procéder à l’amendement des  réglementations et les lois en vigueur  pour pouvoir changer et appliquer les centaines de mesures identifiées dans le cadre de la stratégie nationale, il faut mettre en place “une loi organique qui énonce les concepts et les principes de base applicables à tout investissement avec un guide méthodologique pour tout projet et abroger toutes les lois contraires  à ces dispositions”. Selon Ben Salah, cette approche permet d’assurer beaucoup plus d’efficacité et d’avoir une implémentation rapide de certaines mesures. “La stratégie propose plusieurs vagues, moi, je pense qu’on a besoin d’un tsunami pour pouvoir changer d’approches par rapport à ce que nous sommes en train de faire”, a -t-il conclu.

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