Le réalisateur et producteur Mehdy Hmili à La Presse : «Le cinéma souffre de l’absence de création»

Réalisateur et producteur notamment de «Thala mon amour» et de «Streams», entre autres, Mehdy Hmili, nous  parle dans cet  entretien de son nouveau film «Les saisons de Jannet», en nous donnant son avis sur les réformes du cinéma tunisien.

On croit savoir que votre film «Streams» sera distribué en France…

En effet, le film sortira en France le 12 avril et il sera distribué par la «25e heure». Nous présenterons l’avant-première le 28 mars à Paris à l’Institut du Monde arabe. L’entrée sera libre et gratuite. Ensuite, il sera probablement sur Netflix avec lequel nous sommes en train de finaliser un accord. J’avais une proposition de Mubi qui est une plateforme de films d’auteurs, mais j’ai choisi Netflix pour que le film soit accessible à tous.

En Tunisie, on vous reproche toujours la violence verbale et physique dans «Streams»…

Oui, on me l’a reproché, en effet, et pas seulement en Tunisie, en France aussi où il sortira avec la mention «interdit aux moins de 16 ans». Sincèrement, je voulais créer cet électrochoc chez le spectateur. C’était intentionnel et je l’assume.

Je voulais montrer la réalité sans la maquiller. Je voulais montrer aussi la violence que j’ai subie personnellement et que j’ai fait subir à d’autres. C’est là où réside la sincérité du film à mon avis.

Vous allez continuer dans ce style…

Je pense que oui ! Le film que je prépare actuellement est un polar beaucoup plus stylisé. C’est un film que je fais pour le plaisir…

Parlez- nous des «Saisons de Jannet», votre prochain film…

Ce sera mon prochain «gros» long métrage. Un film cru et dur qui relate une révolte de femmes dans une usine. Le film est porté par le point de vue d’une femme, Jannet, qui donne son nom au film. Un film d’une durée de trois heures. 

Dans «Streams», j’ai voulu faire une sorte de procès de la société post-révolutionnaire, dans «Les saisons de Jannet», ce sera une sorte de procès du capitalisme sauvage. Le premier rôle sera attribué à une très grande actrice arabe. Pour le reste, je pense à un casting international. J’espère entamer le tournage à la fin de 2024.

Est-ce seulement les moyens qui empêchent le cinéma tunisien de décoller selon vous ?

Pas seulement. Il faut, certes, plus de moyens, mais il faut aussi plus de libertés et d’audace de la part des réalisateurs. Les réalisateurs tunisiens ne doivent pas donner seulement ce qu’on attend d’eux.

Parce que la coproduction par exemple est une arme à double tranchant. Certains producteurs européens imposent des choses et il y a des gens qui font cela pour eux… Quand on leur offre une nouvelle proposition jeune, il y a de la résistance, voire du mépris.

C’est pour cela qu’il faut s’ouvrir vers d’autres pays comme l’Égypte ou l’Arabie saoudite (avec laquelle un accord a été signé) pour la coproduction. Cela dit, je demeure optimiste en attendant des réformes sérieuses au cinéma. 

Mais il y a déjà des réflexions, voire une réforme du cinéma…

Quand on prétend faire des réformes, on ne s’entoure pas de producteurs qui ont tout raté ou qui n’ont rien fait depuis 20 ans. Il faut injecter du sang neuf.

Depuis des années, il y a de nouveaux noms qui produisent et qui réalisent les films les plus en vue et qui font les grands festivals du monde. «Streams» est l’un des rares films tunisiens qui a fait Lucarno et puis il y a Erige Sehiri, Ala Eddine Slim et Youssef Chebbi pour ne citer que ceux-là… C’est chez ces gens que réside l’avenir du cinéma… Je ne suis pas dans le conflit de générations et je dirais aussi qu’il y a beaucoup de jeunes qui ratent des choses et qui sont obligés de s’affaler derrière ces commissions ou de finir dans des combines… Moi, j’ai toujours aimé les films de Nacer Khemir ou de Nouri Bouzid et je leur dois un grand respect. Le cinéma souffre justement de ces gens qui ne sont pas dans la création et dans le travail d’arrache-pied sur les scénarios, ils sont dans l’attente du ministère des Affaires culturelles. C’est pour cela qu’ils ont beaucoup de temps libre !

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