Transport urbain : Régression, déclin et solutions de replâtrage

 

La Transtu (plus connue sous son ancien nom «Snt») passe par les plus grandes difficultés à l’instar des principales entreprises publiques. La corruption, la mauvaise gestion et d’autres facteurs sont à l’origine de cette situation inconfortable. Les responsables de ce désastre sont les différents gouvernements qui se sont succédé durant, surtout, la sinistre décennie suite à ce qui s’est passé depuis 2011.

Le dernier rapport publié par la Transtu montre à quel point cet opérateur de transport est touché dans toutes ses structures et tous les domaines. Le document en question donne un grand nombre d’informations sur les conditions dans lesquelles évolue cette société et apporte un nouvel éclairage très utile aussi bien pour les observateurs que pour le simple citoyen. 

Détérioration du matériel roulant

Il est évident que chacun de nous comprend qu’il n’est pas facile pour la Transtu de remplir sa mission avec les moyens dont elle dispose. C’est ce qui explique ses nombreuses contre-performances et son incapacité à soutenir le rythme de la demande. 

On sait que dans les années 80, cette société disposait de plus d’un millier de bus pour une population moins élevée qu’aujourd’hui. On se rappelle que les agents se bousculaient pour assurer le plus grand nombre de dessertes et gagner des heures supplémentaires. A l’heure actuelle, la société ne parvient plus à satisfaire le minimum des services en raison du nombre réduit de son parc roulant.

Qu’on en juge! En 2010, on comptait 744 bus en circulation. Aujourd’hui, il n’y en a que 437. Et pas toujours dans les meilleures conditions.

Concernant les rames de métro on assiste à une réduction de moitié de la flotte. Celle-ci est passée de 118 rames à seulement 57 aujourd’hui. Sur la ligne Tgm (Tunis-Goulette-Marsa) il n’y a plus que 5 convois contre 11 en 2010.

Selon les responsables, cet état des choses serait dû aux retards cumulés dans la rénovation de la flotte et du manque d’entretien et de maintenance du parc roulant tant pour les bus que pour les métros ou le train Tgm.

En effet, cette situation a empiré depuis 2011, puisque les gouvernements successifs n’ont presque rien fait pour maintenir le rythme d’évolution de cette entreprise nationale. Pis encore, ils ont contribué à son déclin et à la détérioration de ses moyens et de ses capacités. Toute la stratégie élaborée avant 2011 a été mise en stand-by au profit de programmes suspects qui ont eu pour effet de stopper net tout progrès et ont accéléré même sa régression.

Nouvelles acquisitions

On constate depuis octobre 2022 la mise hors service de près de 239 bus entraînant une aggravation de la situation et une plus grande difficulté à répondre à une demande en hausse constante.

Malgré des solutions de replâtrage en 2015-2016 avec l’acquisition de 490 bus d’occasion (le ministre de l’époque appartenait à l’un des principaux partis de la coalition au pouvoir). Il semble qu’on va recourir au même procédé pour la période à venir grâce à l’achat de 300 véhicules auprès de la Ratp. Les annonces de l’achat de plus de 1000 nouveaux bus par ce même ministre sont restées des promesses en l’air. 

Les mêmes promesses sont faites, aujourd’hui, puisqu’on nous dit qu’il y aura de nouvelles acquisitions de 718 bus au cours de la période … 2023-2026 dont 175 d’ici fin 2023. Wait and see!

Sur un autre plan, on envisage la réhabilitation de 89 bus et 13 voitures de métro. De plus, un autre programme, s’étalant sur la période 2024-2026, vise à réhabiliter entre 50 et 80 bus et l’acquisition de 54 nouvelles rames de métro. On nous parle aussi (cela fait des années et des années!) de l’achat de 18 nouvelles rames pour la ligne Tgm. Cette ligne fonctionne, ainsi, depuis 1977 !

Le RFR encore et toujours !

Devant ces évidences, on ne peut être que trop dubitatifs quant à la crédibilité de ces nombreuses promesses dont rien ne garantit qu’elles seront honorées un jour. Le Tunisien est habitué à ce genre de politiques et de faux-fuyants. Il espère, en tout cas, que les responsables seront au niveau de la situation et qu’ils tiendront leur parole. Car dans les faits rien ne milite dans ce sens. 

Il ne croit plus en la capacité de ceux qui veillent à la destinée de grands projets élaborés avant 2011 de les mener à leur terme. Les blocages du programme du Rfr en sont la plus grande illustration. Jusqu’à l’heure actuelle, personne n’est en mesure de nous éclairer sur les énigmatiques et mystérieuses péripéties qui entravent la réalisation du plus grand projet jamais réalisé en Tunisie. 

Qui a peur du lancement de cet important programme ? Pourquoi cette opposition frontale d’un conseil municipal à l’exécution d’un des principaux tronçons sous des prétextes divers ? Pourquoi, également, y a-t-il des voix qui s’élèvent, précisément, à ce moment, pour mettre en garde contre des risques au niveau de la sécurité en cas de mise en service de la ligne E ?

Les autorités soutiennent que tout est en place pour le démarrage du premier tronçon, mais ne peuvent avancer aucune date. La réunion, jeudi 2 mars, d’un CMR au Palais de La Kasbah a, justement, traité de la question de la ligne E du Rfr. On s’attend à ce que les choses bougent et que des mesures concrètes soient prises pour le lancement de la première étape de ce vaste réseau ferroviaire. L’idée d’une inauguration en grande pompe le 20 mars prochain (période de vacances scolaires et précédant le mois de Ramadan de trois jours) circule. Les 600.000 futurs usagers n’en seront que plus heureux !

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